Aleksandar Vucic a annoncé dimanche sa démission de la présidence serbe, renonçant à son mandat pour se porter candidat aux élections législatives d’octobre. Ce basculement politique intervient après près de deux ans de mobilisation populaire née d’une catastrophe ferroviaire.
C’est devant le palais présidentiel, sous les acclamations de ses partisans, qu’Aleksandar Vucic a prononcé dimanche 27 septembre les mots attendus depuis des mois : « Je démissionne de mes fonctions de président. » Le lendemain matin, il devait remettre officiellement son mandat au président de l’Assemblée nationale, ouvrant une période de transition inédite pour la Serbie.
Élu pour la première fois à la présidence en 2017, puis réélu en mai 2022, le dirigeant populiste de droite a choisi d’écourter son second mandat de cinq ans pour prendre la tête de la liste électorale de son parti, le Parti progressiste serbe. La loi ne l’y contraignait pas, mais Vucic a justifié ce choix par une volonté affichée de se présenter « comme un homme ordinaire, comme l’un des membres du peuple ».
Ce retournement politique s’inscrit dans un contexte de forte pression sociale. Depuis novembre 2024, la Serbie est traversée par un mouvement de contestation d’une ampleur rare, déclenché par l’effondrement d’une marquise à la gare de Novi Sad, qui avait coûté la vie à seize personnes. La catastrophe, largement attribuée à la corruption dans la gestion des chantiers publics, avait d’abord suscité des appels à une enquête transparente, avant que les manifestants, parfois plusieurs centaines de milliers dans les rues, n’exigent des élections anticipées. Ces scrutins, initialement prévus en décembre 2027, ont finalement été avancés à fin octobre, après que Vucic eut reconnu début septembre l’existence de « turbulences importantes sur la scène politique intérieure ».
Quelques minutes avant de rendre publique sa démission, le président sortant a exercé l’une de ses dernières prérogatives constitutionnelles en accordant sa grâce à 49 personnes, dont 23 impliquées dans des incidents survenus lors des manifestations, parmi lesquelles des étudiants et des membres de son propre camp.
Conformément à la Constitution serbe, la présidente du Parlement, Ana Brnabic, assure désormais l’intérim de la présidence pour une durée maximale de trois mois, délai durant lequel une élection présidentielle devra être convoquée. La Serbie entre ainsi dans une séquence électorale à double enjeu, législatif et présidentiel, qui s’annonce décisive pour l’avenir politique du pays.

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