POLITIQUE Justice et scandales 

Accusé d’antisémitisme, Jordan Bardella contre-attaque: «Le nouvel assaut de Mediapart est l’accusation la plus ignoble qui m’ait jamais visé»

Accusé d’antisémitisme, Jordan Bardella contre-attaque: «Le nouvel assaut de Mediapart est l’accusation la plus ignoble qui m’ait jamais visé»
Accusé d’antisémitisme, Jordan Bardella contre-attaque: «Le nouvel assaut de Mediapart est l’accusation la plus ignoble qui m’ait jamais visé»

Jordan Bardella passe à la contre-offensive. Visé depuis lundi par des accusations d’antisémitisme après la publication de messages privés qui lui sont attribués et remonteraient aux premières années de son engagement au Front national, le président du Rassemblement national a publié ce mercredi 30 septembre un très long texte pour répondre à cette affaire. Il y dénonce une campagne destinée, selon lui, à provoquer son « exécution politique » et assure que les accusations portées contre lui atteignent directement son « intégrité morale et intellectuelle ».

Cette prise de parole fait suite à plusieurs jours de confrontation. Jordan Bardella avait déjà rejeté les écrits qui lui sont attribués, les qualifiant de « faux grossiers », avant d’engager une procédure judiciaire. Il avait également affirmé sur CNews : « Ces propos sont parfaitement délirants. Ils ne sont pas les miens. » Le président du RN avait détaillé sa défense au lendemain des accusations.

« Je ne supporte pas cet affront »

Dans son nouveau texte, Jordan Bardella ne se contente plus de contester les propos qui lui sont attribués. Il replace l’affaire dans le climat politique précédant l’élection présidentielle de 2027 et accuse directement Mediapart de mener une campagne politique contre lui et le Rassemblement national.

Le président du RN avait déjà considérablement durci le ton en parlant des « prémices d’une guerre totale » et en qualifiant Mediapart de « journal d’extrême gauche, composé de fanatiques ». Jordan Bardella avait également annoncé une riposte judiciaire et évoqué une possible opération de « barbouze ».

Dans sa déclaration publiée ce mercredi, il revient également sur son engagement contre l’antisémitisme, évoque son déplacement en Israël et assure qu’il ne laissera pas les accusations actuelles s’installer sans répondre.

La déclaration intégrale de Jordan Bardella

« Non, tout n’est pas permis

Salissez, salissez, il en restera toujours quelque chose.

C’est le lot de la vie publique, dira-t-on. Elle offre autant d’occasions d’être loué que d’être calomnié et lynché. Je le sais et je le vis depuis de nombreuses années. À mesure que les responsabilités se sont accrues, les attaques se sont faites plus violentes et rapprochées dans le temps. C’est d’abord à ma façon d’être que mes détracteurs s’en sont pris, agrémentant leur fiel de beaucoup de mépris social.

Puis, ils sont passés au registre judiciaire, tâchant désespérément d’accoler mon nom à des affaires. Ils continuent d’ailleurs, en vain. Ils n’ont pas manqué non plus d’étendre le domaine de la lutte jusque dans ma vie privée, traquant faits et gestes et s’autorisant toutes les caricatures infondées. Je n’apprendrai à personne que le journalisme n’est parfois qu’un déguisement, et qu’à l’encontre de certaines femmes et de certains hommes politiques il est le prolongement, voire l’avant-garde, du combat politique dans lequel tout semble permis.

La dernière campagne de Mediapart qui me cible le démontre. Elle est d’abord à considérer dans une temporalité tout à fait extraordinaire : la campagne présidentielle bat d’ores et déjà son plein. Et la candidate soutenue par la formation politique que je préside n’a jamais atteint un tel niveau dans les sondages, tant au premier qu’au second tour de l’élection, et cela face à n’importe quel concurrent, qu’il soit du centre ou de l’extrême-gauche.

L’offensive de Mediapart, dont les auteurs tiennent à préciser qu’ils la préparent depuis des mois, avait probablement été pensée comme devant viser le candidat à l’élection présidentielle que j’aurais pu être si Marine Le Pen avait été empêchée. Qu’importe, ils ont décidé de s’en prendre à une moitié du binôme que nous formons. Cela ne nous étonne en rien.

Pour autant, si l’exposition médiatique et la guérilla psychologique menée par certains organes de presse vous blindent, il y a des accusations qui franchissent certaines bornes et qui ne peuvent demeurer sans réponse, quand bien même leur excès devrait les rendre insignifiantes. Lorsque Mediapart me présente comme un antisémite, c’est mon intégrité morale et intellectuelle qu’ils mettent en cause. C’est elle que je veux défendre, car je n’ai pas l’intention de laisser une once de soupçon me salir éternellement.

Je ne fais pas de politique avec un masque. Et je n’en faisais pas à 17 ans ; je commençais ma vie. Mes idées sont celles que j’affirme publiquement haut et fort, celles que je partage avec tous les Français que j’ai la chance et le bonheur de rencontrer, en présence ou en l’absence de caméras.

Quel homme politique serais-je, et quel homme tout court, si je pouvais regarder une mère de famille franco-israélienne dans les yeux, la laisser me raconter les derniers instants de son mari et d’un de ses fils assassinés le 7 octobre 2023 par les terroristes du Hamas, tout en colportant les pires horreurs antisémites ? Si le gouvernement de l’État d’Israël a fait de moi l’invité de la grande conférence de lutte contre l’antisémitisme à Jérusalem en 2025, c’est parce qu’il sait pertinemment que nous sommes en France le meilleur bouclier face à ce fléau. Comment pourrais-je avoir fait très tôt de la protection de nos compatriotes de confession juive une cause fondamentale, moi qui ai vu leur exode de Seine-Saint-Denis devant la poussée islamiste, si j’étais intimement conquis par les thèses les plus abjectes à leur endroit ?

Je ne supporte pas cet affront. J’accepte toutes les règles du jeu politique et médiatique, mais je ne tolèrerai jamais les campagnes orchestrées qui ont pour seul objectif l’exécution politique d’un homme.

C’est l’ensemble du personnel politique qui devrait observer la plus grande prudence avant de se faire le relais de telles machinations. Ils se sont pourtant en bonne partie vautrés dans la fange de la diffamation, y voyant une bonne occasion de tenter d’obtenir ce que les méthodes démocratiques ne leur ont jamais permis d’obtenir : notre anéantissement.

Le nouvel assaut de Mediapart est l’accusation la plus ignoble qui m’ait jamais visé. J’ai décidé d’y répondre pour défendre ma probité et pour ne pas laisser la vérité de mon engagement être discréditée et travestie de la sorte. Pas plus que je n’accepterai les moindres leçons de morale d’un média dont des journalistes furent condamnés pour avoir financé les djihadistes et dont le fondateur glorifia le massacre d’athlètes israéliens aux Jeux olympiques de Munich en 1972.

Cette épreuve, j’en suis convaincu, ne fera que renforcer chez des millions de Français de tous bords la certitude qu’il existe un traitement déloyal, injuste et mensonger réservé à notre famille politique par des militants d’extrême gauche à carte de presse.

Les Français seront juges. »

Mediapart maintient ses accusations, Bardella les conteste

Les positions restent opposées. Mediapart affirme disposer de dizaines d’échanges écrits remontant notamment à 2013 et dit avoir procédé à un travail d’authentification. Le média attribue à Jordan Bardella plusieurs propos antisémites et complotistes. Le président du RN affirme au contraire que ces propos ne sont pas les siens et conteste l’authenticité des éléments présentés.

Jordan Bardella a choisi de porter l’affaire sur le terrain judiciaire. La question de l’authenticité des documents et la portée des accusations devraient donc également être débattues dans le cadre des procédures engagées.

L’affaire a parallèlement suscité de nombreuses réactions politiques. Marine Le Pen a apporté son soutien au président du RN, tandis que plusieurs responsables politiques ont réagi aux accusations formulées contre lui.

Son ex-compagne prend également sa défense

La défense de Jordan Bardella s’est aussi enrichie du témoignage de son ancienne compagne Kelly Betesh, qui affirme n’avoir jamais entendu de propos antisémites durant leur relation entre 2013 et 2015.

« Je ne l’ai jamais entendu tenir le moindre propos antisémite, ni exprimer de convictions allant dans ce sens », a-t-elle déclaré. L’ancienne compagne de Jordan Bardella, d’origine juive, a pris publiquement sa défense.

Jordan Bardella entend désormais faire de sa longue déclaration une réponse politique aux accusations qui le visent, tout en poursuivant sa contestation sur le terrain judiciaire. Mediapart maintient pour sa part ses accusations. L’affrontement entre le président du RN et le média est donc loin d’être terminé.

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