La France pourrait connaître, d’ici à 2040, le plus important transfert de patrimoine de son histoire contemporaine. C’est la perspective avancée par un rapport publié en novembre 2024 par la Fondation Jean-Jaurès, qui estime à plus de 9 000 milliards d’euros les richesses transmises entre 2025 et 2040. Repris ce dimanche 27 septembre par Le Particulier sur Boursorama, ce chiffre accompagne le vieillissement des générations du baby-boom. Il désigne un montant cumulé sur quinze ans, comprenant des biens et des actifs financiers, et non une somme immédiatement disponible pour les héritiers. Il reste également une estimation, dont la réalisation dépendra notamment de l’évolution de la valeur des patrimoines.
Derrière ce total spectaculaire, les écarts sont considérables. Dans une note publiée en décembre 2021, le Conseil d’analyse économique estimait que la moitié des individus d’une génération recevraient moins de 70 000 euros de transmissions patrimoniales sur l’ensemble de leur vie, une partie ne recevant rien. À l’autre extrémité, les 1 % les mieux dotés percevraient en moyenne plus de 4,2 millions d’euros nets de droits. Ces estimations, qui excluent les transmissions entre conjoints, ne constituent pas une prévision spécifique pour 2040. Elles montrent cependant pourquoi la « grande transmission » ne peut pas être assimilée à un enrichissement général : son bénéfice dépend d’abord du patrimoine détenu dans chaque famille.
Les petits-enfants peuvent être aidés plus tôt, à condition d’avoir un patrimoine familial
L’autre enjeu concerne le moment où l’argent arrive. L’analyse du Particulier examine plusieurs moyens de transmettre directement aux petits-enfants, notamment les donations, l’assurance-vie et la donation de nue-propriété avec conservation de l’usufruit. Cette dernière permet, par exemple, de transmettre des droits sur un logement tout en continuant à l’occuper ou à en percevoir les loyers. Ces mécanismes répondent toutefois à des règles distinctes et ne procurent pas tous une aide financière immédiate. Une donation d’argent peut soutenir un achat immobilier ou des études ; recevoir la nue-propriété d’un bien dont les revenus restent aux grands-parents n’offre pas la même disponibilité.
Transmettre plus tôt peut ainsi faciliter les projets de certains jeunes, sans réduire nécessairement l’écart avec ceux dont les proches n’ont rien à donner. C’est cette différence entre circulation du patrimoine dans les familles et redistribution à l’échelle de la société qui nourrit le débat fiscal. Les auteurs du rapport de la Fondation Jean-Jaurès proposent de renforcer la contribution des très grandes transmissions pour financer des investissements collectifs. Il s’agit d’une proposition, pas d’une réforme acquise. L’ampleur du transfert annoncé place donc deux questions au centre des prochaines années : la répartition des richesses entre héritiers et la part qui pourra bénéficier, par les recettes publiques, à l’ensemble de la population.

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