POLITIQUE

Roumanie : une coalition fragile pour éviter la faillite et contenir l’extrême droite

Roumanie : une coalition fragile pour éviter la faillite et contenir l’extrême droite
Roumanie : une coalition fragile pour éviter la faillite et contenir l’extrême droite

La Roumanie tente de reprendre son souffle politique et économique. Ce lundi 23 juin, le nouveau Premier ministre désigné Ilie Bolojan affronte un vote de confiance au Parlement, dernière étape pour faire valider une large coalition censée sortir le pays d’une impasse institutionnelle qui dure depuis des mois. À la clé : stabiliser les marchés, éviter une crise budgétaire majeure et bloquer la poussée de l’extrême droite.

Le contexte est tendu. Avec le déficit public le plus élevé de l’Union européenne, une monnaie en chute libre et une confiance internationale érodée, Bucarest est sous pression constante de Bruxelles, des agences de notation et des marchés financiers. L’Union européenne et l’OTAN, dont la Roumanie est membre, s’inquiètent à voix haute de l’instabilité d’un État stratégique à la frontière de la zone de guerre ukrainienne.

Le gouvernement Bolojan, soutenu par une coalition hétéroclite — Parti libéral, sociaux-démocrates, Union pour sauver la Roumanie et UDMR (parti ethnique hongrois) — rassemble environ 70 % du Parlement. Mais cette majorité de façade repose sur un accord bancal : les partis se sont entendus pour faire tourner le poste de Premier ministre tous les deux ans. Bolojan devra donc céder sa place en avril 2027 à un social-démocrate, ce qui, dans un pays déjà instable, ressemble davantage à une bombe à retardement qu’à une feuille de route crédible.

Côté fiscal, le gouvernement annonce la couleur : rigueur budgétaire, hausses d’impôts à venir, coupes dans les dépenses publiques et, pour calmer Bruxelles, quelques réformes cosmétiques. La TVA standard reste à 19 %, mais les taux réduits seront consolidés, et de nouvelles hausses sont dans les tuyaux : accises, impôts fonciers, taxation des dividendes, suppression des niches fiscales… Un programme digne d’un ajustement structurel piloté par l’étranger, sans le dire.

Mais la vérité, c’est que ce gouvernement est né davantage de la peur que d’un projet : peur d’une crise financière, peur d’une dégradation de la note souveraine, peur de voir l’extrême droite nationaliste accéder au pouvoir par défaut. Ilie Bolojan incarne la figure technocratique de la dernière chance, mais sa légitimité réelle repose sur un compromis de partis discrédités par des années de clientélisme.

Les mois à venir seront cruciaux. Si les hausses d’impôts provoquent une révolte populaire — comme en 2018 — ou si la rotation du pouvoir programmée dégénère en guerre de clans, la Roumanie pourrait retomber dans un chaos politique… aux conséquences régionales bien plus larges. En attendant, Bruxelles croise les doigts et ferme les yeux sur la fragilité de ce nouvel édifice.

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