Jean-Paul Huchon, ancien président socialiste de la région Île-de-France et figure historique de la deuxième gauche, est décédé dans la nuit du jeudi 22 au vendredi 23 octobre 2026, à l’âge de 80 ans, des suites d’un cancer. Sa disparition a été annoncée vendredi matin par l’un de ses fils à l’Agence France-Presse. Ancien directeur de cabinet de Michel Rocard à Matignon, maire de Conflans-Sainte-Honorine puis président de la région Île-de-France pendant dix-sept ans, il laisse derrière lui le souvenir d’un responsable politique profondément attaché à la décentralisation, au dialogue social et à une gauche réformiste et gestionnaire.
Né le 29 juillet 1946, diplômé de Sciences Po Paris et ancien élève de l’ENA, Jean-Paul Huchon commence sa carrière à la direction du Budget en 1971. Mais c’est auprès de Michel Rocard qu’il construit l’essentiel de son parcours politique. Entré au Parti socialiste unifié avant Mai 68, il accompagne Rocard au Parti socialiste en 1974 et devient progressivement l’un de ses collaborateurs les plus proches. Leur compagnonnage durera plusieurs décennies. Lorsque Michel Rocard devient Premier ministre en 1988, Jean-Paul Huchon prend la direction de son cabinet à Matignon, fonction qu’il occupe jusqu’en 1991. Il participe alors aux grandes réformes du gouvernement, notamment à la création du revenu minimum d’insertion (RMI), de la contribution sociale généralisée (CSG) et aux accords de Matignon sur la Nouvelle-Calédonie.
Le fidèle de Michel Rocard devenu président de l’Île-de-France
Jean-Paul Huchon appartient à cette génération de socialistes qui défendaient une gauche pragmatique, soucieuse de concilier justice sociale, efficacité économique et responsabilité budgétaire. Proche de Michel Rocard sur le plan personnel comme politique, il partageait avec lui la conviction que la transformation de la société passait autant par le compromis et la négociation que par les grandes réformes. Cette fidélité à la deuxième gauche marque toute sa carrière. En 1994, il succède à son mentor à la mairie de Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines, avant de conquérir quatre ans plus tard la présidence de la région Île-de-France, alors dirigée par la droite.
À la tête de la première région française, de 1998 à 2015, Jean-Paul Huchon s’impose comme l’un des principaux responsables socialistes des collectivités territoriales. Réélu en 2004 puis en 2010, il consacre une grande partie de son action aux transports publics et à l’aménagement du territoire. Son nom reste notamment associé au développement du réseau de tramways francilien, au lancement du Grand Paris Express et à la mise en place du tarif unique du passe Navigo. Il défend également la culture et contribue à la création, en 2003, du festival Rock en Seine, reflet d’une passion personnelle pour la musique qui ne le quittera jamais.
Une gauche réformiste qui n’hésitait pas à s’affranchir de son camp
Après dix-sept années à la tête de l’Île-de-France, Jean-Paul Huchon quitte la présidence régionale en 2015, lorsque Valérie Pécresse remporte l’élection. Les deux responsables, longtemps adversaires, développeront progressivement une relation d’estime et d’amitié. En 2018, Valérie Pécresse lui fait attribuer le titre de président honoraire de la région, saluant son engagement au service des Franciliens. En 2021, Jean-Paul Huchon surprend une partie de la gauche en apportant son soutien à son ancienne adversaire contre la liste d’union de la gauche. Il avait également soutenu Emmanuel Macron lors de la présidentielle de 2017, illustrant son éloignement progressif d’un Parti socialiste dont il contestait certaines orientations.
Retiré de la vie politique active, cet amateur de cinéma, de bons vins et de rock’n’roll avait trouvé une nouvelle activité dans l’enseignement. Il donnait notamment des cours consacrés aux institutions publiques et à l’histoire du rock, cultivant une curiosité intellectuelle qui dépassait largement le cadre de ses anciennes responsabilités. En 2024, son parcours avait toutefois été marqué par une condamnation à huit mois de prison avec sursis pour prise illégale d’intérêts, dans une affaire concernant une subvention régionale accordée en 2014.
L’annonce de sa disparition a suscité plusieurs hommages. Valérie Pécresse a exprimé sa tristesse, évoquant un ancien adversaire politique devenu son ami. François Hollande a également salué la fidélité de Jean-Paul Huchon à Michel Rocard et à une conception de la transformation sociale respectueuse des réalités économiques. Au-delà des clivages partisans, sa disparition marque la fin du parcours d’un acteur important de la gauche française des dernières décennies, témoin de l’époque où le rocardisme cherchait à imposer une autre manière de gouverner.

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