Coral Hart, romancière quadragénaire, a bâti un modèle économique entier autour des outils d’intelligence artificielle générative, produisant des centaines de romans en moins de deux ans et revendiquant un million de dollars de chiffre d’affaires. Une démarche qui suscite autant de fascination que de haine.
371 romans en vingt mois. Le chiffre suffit à résumer l’ampleur du phénomène Coral Hart, auteure sud-africaine qui a fait de l’intelligence artificielle le moteur central de sa production littéraire. Loin de s’en cacher, elle revendique publiquement cette méthode et en a même fait un service commercial : moyennant 260 dollars, elle génère un roman sur commande pour ses clients ; une trilogie coûte 705 dollars, une saga de six volumes, 1 335 dollars.
Le processus qu’elle décrit suit une logique industrielle assumée. Elle commence par établir les grandes lignes narratives, les personnages et la structure d’ensemble, puis soumet ces éléments à un premier outil d’intelligence artificielle chargé de produire un texte. Ce premier jet est, selon ses propres mots, systématiquement « mauvais ». Un second outil prend alors le relais pour harmoniser la continuité du récit et corriger les incohérences. Un relecteur humain clôt la chaîne, avec la possibilité de réécrire certains passages.
Coral Hart jongle entre plusieurs plateformes selon les besoins : ChatGPT pour les dialogues, Claude pour la qualité de la prose, et Grok pour les scènes à caractère explicite, qu’elle décrit comme « totalement désinhibé ». Ce découpage fonctionnel entre les outils constitue, à ses yeux, le cœur de son savoir-faire.
Avant de trouver cette méthode, l’auteure dit avoir rédigé 96 nouvelles de manière traditionnelle, « phrase après phrase », sans jamais parvenir à les vendre. L’intelligence artificielle lui a ouvert une voie que l’écriture classique lui avait fermée. Elle affirme aujourd’hui avoir dépassé le million d’exemplaires vendus et atteint un million de dollars de chiffre d’affaires en 2026.
Ce succès commercial ne s’accompagne pas d’une adhésion du public. Coral Hart confie avoir reçu « des dizaines de milliers » de messages haineux et plusieurs menaces de mort depuis qu’elle a rendu sa méthode publique. « Aujourd’hui, si je le dis, on va me haïr, ajouter mon nom à une liste et me menacer », résume-t-elle, avant d’ajouter que les lecteurs, eux, « ne lisent pas les mauvais livres, ils les renvoient », sous-entendant que le marché reste son juge le plus objectif.
Son cas relance un débat que le monde littéraire peine à trancher : celui de la place du processus créatif dans la définition même de l’acte d’écrire. Réduire la rédaction à l’agencement d’idées soumises à une machine interroge la nature de ce qui fait un auteur, une question que ni les plateformes de vente ni les algorithmes ne sont en mesure de résoudre.

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