La guerre contre les fuites budgétaires provoque une polémique sur la liberté de la presse. Agacé par la publication dans Les Échos de pistes étudiées par le gouvernement pour le budget 2027, Sébastien Lecornu a transmis un signalement à la procureure de Paris. Une démarche vivement critiquée par Le Monde, qui dénonce ce samedi un « accès d’autoritarisme préoccupant » et s’inquiète d’une menace sur la protection des sources journalistiques.
À l’origine de la colère de Matignon : les révélations des Échos concernant une piste visant à soumettre à cotisations une partie de l’épargne salariale, notamment l’intéressement, la participation ou certains abondements. Le gouvernement assure qu’il ne s’agissait que de « travaux internes » n’ayant fait l’objet d’aucun arbitrage définitif.
Sébastien Lecornu a pourtant décidé d’aller devant la justice. Matignon a transmis un signalement au titre de l’article 40 du code de procédure pénale à la procureure de la République de Paris, estimant que la transmission de documents internes pourrait notamment constituer un « abus de confiance » ou une « violation du secret professionnel ».
Le Monde dénonce un « accès d’autoritarisme »
Dans un éditorial particulièrement sévère, Le Monde considère que la décision du Premier ministre porte atteinte à la protection du secret des sources, principe essentiel à la liberté d’informer. Le quotidien s’étonne également de l’argument de Matignon selon lequel « la conception du budget relève des intérêts supérieurs de l’État et de la Nation, et doit être protégée ».
La polémique est d’autant plus forte que certaines pistes budgétaires sont parallèlement évoquées publiquement par des membres du gouvernement. Roland Lescure avait ainsi reconnu que la taxation de l’épargne salariale faisait partie des hypothèses examinées, tandis que Sébastien Lecornu a lui-même détaillé plusieurs orientations du budget dans une lettre adressée aux chefs d’entreprise.
Matignon veut identifier l’origine des fuites
Du côté du gouvernement, l’argument est différent. Matignon estime que la diffusion de documents non arbitrés peut provoquer des réactions économiques sur la base d’informations qui ne correspondent pas nécessairement aux décisions finales. Le gouvernement évoque même le risque d’effets sur les décisions d’investissement et sur les conditions auxquelles la France emprunte.
L’affaire dépasse donc désormais largement la seule question de l’épargne salariale. À quelques semaines de la présentation d’un budget particulièrement sensible et alors que le gouvernement cherche environ 30 milliards d’euros d’économies, la volonté de Sébastien Lecornu de traquer les fuites ouvre un nouveau front : celui de la protection des sources et de la liberté des journalistes d’informer sur les décisions préparées au sommet de l’État.

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