L’Union européenne a adopté le 23 juillet son 21e paquet de sanctions contre la Russie, visant plus de 56 entités liées au complexe militaro-industriel russe. Deux priorités se dégagent : le réseau de production des drones de longue portée Garpiya et le système de satellites Rassvet, présenté comme l’alternative russe à Starlink.
Plus de trente désignations d’un coup : c’est l’approche retenue par l’UE pour frapper la filière des drones Garpiya. Un haut responsable européen a expliqué que Bruxelles a « cartographié tout le réseau de fabrication et d’approvisionnement » de ces appareils avant de le cibler globalement. Les 37 inscriptions couvrent des entreprises produisant des ogives, des propulseurs de fusée, des catapultes et d’autres composants nécessaires au déploiement de ces armes.
La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a justifié ces mesures lors de leur adoption : « La Russie n’acceptera de négocier pour mettre fin à sa guerre illégale et cesser de tuer des civils que si elle y est contrainte. Les sanctions contribuent à cette pression. » Après l’expiration d’une trêve de trois jours soutenue par les États-Unis en mai, la Russie avait lancé plus de 200 drones de longue portée contre l’Ukraine, frappant des infrastructures énergétiques, des immeubles d’habitation et une école maternelle.
Le chercheur Jacob Funk Kirkegaard, du groupe de réflexion Bruegel, salue l’orientation militaire du paquet tout en tempérant les attentes. « La Russie dispose de plusieurs types de drones de longue portée », rappelle-t-il. Cibler un seul modèle « ne va pas, à lui seul, changer fondamentalement la menace stratégique qui pèse sur l’Ukraine ». L’effort reste pertinent, précise-t-il, mais ne doit pas faire illusion.
Le second volet notable du paquet concerne le système de satellites en orbite basse Rassvet, développé par la société aérospatiale russe Bureau 1440. Seize satellites ont été lancés en mars 2026, avec l’objectif d’en déployer 250 d’ici 2027 et 900 d’ici 2035. Les médias russes présentent ce projet comme une alternative nationale à Starlink, destinée à offrir un accès internet haut débit.
Pour Jacob Funk Kirkegaard, bloquer ce programme revêt une importance stratégique directe. Lorsque la Russie a perdu l’accès à Starlink en février 2026, cela a eu « des conséquences très significatives sur ses performances sur le champ de bataille ». Priver Moscou d’une alternative domestique affaiblirait donc ses capacités militaires en Ukraine, mais aussi sa capacité à menacer l’Europe à plus long terme. « Alors que l’Europe se prépare à dissuader la Russie par ses propres moyens, il est très important d’entraver ses capacités militaires dans les trois, quatre ou dix années à venir », insiste-t-il.
Le paquet cible par ailleurs des fournisseurs de biens et technologies à double usage dans des pays tiers, notamment en Chine et en Inde, des composants qui se retrouvent régulièrement dans les missiles, drones et chars russes. Kirkegaard souligne toutefois que ce qui renforce le plus concrètement l’Ukraine sur le terrain reste le financement direct de ses drones de longue portée et de ses missiles, une démarche portée principalement par les Pays-Bas, l’Allemagne et les pays nordiques.
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