Après avoir été l’un des premiers pays à légiférer sur l’accès des adolescents aux réseaux sociaux, l’Australie s’attaque désormais à un autre rouage central des plateformes : leurs algorithmes de recommandation. Le gouvernement de Canberra souhaite obliger les réseaux sociaux à proposer à leurs utilisateurs une option permettant de désactiver la personnalisation des contenus. Un projet de loi instaurant un « devoir de vigilance numérique » doit être présenté au Parlement dans les prochains jours, avec l’ambition de redonner aux internautes une part de contrôle sur ce qui apparaît dans leur fil.
L’enjeu est loin d’être anecdotique pour les plateformes. Les systèmes de recommandation sont au cœur de leur fonctionnement, puisqu’ils sélectionnent en permanence les vidéos, publications ou comptes susceptibles de retenir l’attention de chaque utilisateur. En permettant de revenir à un affichage moins personnalisé, Canberra entend donc agir directement sur un mécanisme qui favorise la consommation prolongée des contenus. La ministre australienne des Communications, Anika Wells, reconnaît d’ailleurs que cette personnalisation peut être appréciée pour son confort et son efficacité. Mais selon elle, le choix devrait revenir aux utilisateurs, plutôt que d’être imposé par défaut par les géants de la technologie.
Après les mineurs, Canberra s’attaque au fonctionnement des plateformes
Cette nouvelle offensive intervient quelques mois après une réforme beaucoup plus spectaculaire. En décembre, l’Australie a interdit l’accès à de nombreux réseaux sociaux aux moins de 16 ans, au nom notamment de la protection contre le cyberharcèlement et les mécanismes de recommandation jugés particulièrement nocifs pour les plus jeunes. Une mesure observée avec attention à l’étranger, alors que plusieurs gouvernements cherchent eux aussi à mieux encadrer les effets des plateformes sur les adolescents. Mais l’efficacité de cette interdiction soulève déjà des interrogations : des données issues d’une application de contrôle parental ont récemment suggéré que l’usage des réseaux sociaux avait de nouveau progressé chez les moins de 16 ans malgré la réglementation.
Avec la désactivation des algorithmes, l’Australie change donc de terrain. Il ne s’agit plus seulement de déterminer qui peut accéder aux plateformes, mais de s’intéresser à la manière dont celles-ci organisent l’attention de leurs utilisateurs. C’est une évolution importante dans le débat sur la régulation numérique : plutôt que de considérer l’algorithme comme une simple composante technique, le législateur cherche désormais à en faire un sujet de choix individuel. Reste à savoir comment les plateformes appliqueront concrètement cette obligation et si les utilisateurs choisiront réellement de renoncer à des recommandations conçues précisément pour rendre leur navigation plus fluide et addictive.

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