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L’Allemagne a accordé 800 millions d’euros de licences d’armes à Israël en cinq mois

L’Allemagne a accordé 800 millions d’euros de licences d’armes à Israël en cinq mois
L’Allemagne a accordé 800 millions d’euros de licences d’armes à Israël en cinq mois

Berlin a approuvé près de 800 millions d’euros de licences d’exportation d’armements vers Israël sur les cinq premiers mois de 2026, soit davantage que sur les vingt mois précédents réunis. Plus de 60 % de cette somme est destinée à un unique projet maritime non nommé, vraisemblablement un sous-marin nucléaire livré à la marine israélienne la semaine dernière.

Les chiffres ont été confirmés par le gouvernement allemand en réponse à une question parlementaire du parti d’extrême droite Alternative für Deutschland. Selon la réponse du ministère fédéral des Affaires étrangères, la quasi-totalité des approbations ont été accordées en avril et en mai 2026.

Le projet maritime qui concentre l’essentiel des fonds correspond, selon les analystes, à l’INS Drakon, un sous-marin de classe Dolphin II construit par le fabricant allemand TKMS dans ses chantiers de Kiel, sur la mer Baltique. Ce bâtiment, dont la valeur est estimée à 480 millions d’euros, a effectué son premier voyage l’an dernier et a été officiellement remis à la marine israélienne la semaine dernière, selon des médias allemands. Sa commande remonte à 2012.

L’appareil pourrait être équipé d’un système de lancement vertical, permettant le tir de missiles de croisière ou balistiques à têtes nucléaires. Israël deviendrait ainsi la deuxième marine au monde, après la Corée du Sud, à disposer d’un tel système sur un sous-marin à propulsion anaérobie conventionnelle. Lors des essais en mer, la tourelle du bâtiment avait été recouverte de bâches et de plaques en fibre de verre pour dissimuler sa configuration d’armement aux observateurs extérieurs.

Stratégiquement, des sous-marins de cette classe offrent une capacité de frappe nucléaire en second — c’est-à-dire la possibilité de riposter après avoir subi une attaque nucléaire. Ruth Rohde, de l’organisation de recherche britannique Shadow World Investigations, juge que ce transfert « donnerait à Israël un outil supplémentaire dans son arsenal de destruction massive », à un moment où le pays « mène des guerres brutales contre ses voisins et commet un génocide à Gaza ».

Le ministère des Affaires étrangères et le ministère de l’Économie, compétent en matière de licences d’exportation d’armements, ont tous deux refusé de commenter. Max Mutschler, chercheur au Centre international de Bonn pour les études sur les conflits, déplore « le manque de transparence typique entourant les exportations d’armes » et regrette que les considérations économiques priment sur les questions relatives aux crimes de guerre.

La politique de Berlin envers Israël a connu plusieurs revirements depuis octobre 2023. En août de la même année, le chancelier Friedrich Merz avait annoncé la suspension des nouvelles licences pour les équipements susceptibles d’être utilisés dans la bande de Gaza. Cette restriction avait été levée dès novembre, le gouvernement revenant à un examen au cas par cas. Même pendant la période de suspension, des livraisons antérieurement approuvées avaient continué : en septembre, une cargaison d’armements d’une valeur de 794 000 dollars avait atterri à l’aéroport Ben Gourion, près de Tel-Aviv.

En mai, TKMS a signé un mémorandum d’accord sur une future collaboration avec Elbit Systems, le premier groupe privé de défense israélien. Par ailleurs, des enquêtes judiciaires israéliennes portent depuis des années sur des allégations de corruption liées aux contrats de sous-marins avec l’Allemagne, impliquant des proches du Premier ministre Benyamin Netanyahou.

Sur le plan industriel, l’Allemagne a accordé au premier semestre 2026 des licences d’armements pour un total de 13,87 milliards d’euros, soit plus de quatre fois le montant de la même période en 2025. L’Ukraine reste le premier destinataire de ces exportations. Ce boom profite à une industrie de défense en pleine expansion, alors que Berlin s’est fixé l’objectif de porter ses dépenses militaires à 3,5 % de son PIB, ce qui en fait désormais le premier budget militaire d’Europe hors Russie.

TKMS a également été retenu ce mois-ci par le Canada comme soumissionnaire privilégié pour la construction de douze sous-marins, dans ce qui constituerait la plus grande commande de l’histoire du fabricant, estimée entre 12 et 18 milliards d’euros.

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