Le ministre délégué à l’Europe Gunther Krichbaum plaide pour une refonte profonde du budget européen et d’un processus d’adhésion qu’il juge inadapté. L’Allemagne exige une réduction drastique de l’enveloppe proposée par Bruxelles pour 2028-2034.
L’enveloppe de 1 700 milliards d’euros sur sept ans proposée par la Commission européenne pour le cadre financier pluriannuel 2028-2034 ne passe pas à Berlin. Gunther Krichbaum, ministre d’État chargé de l’Europe au ministère allemand des Affaires étrangères, réclame une réduction de 400 milliards d’euros. Les marges de manœuvre sont « limitées », répète-t-il, et les États membres le ressentiront lors de négociations qu’il qualifie lui-même de « très complexes ».
La croissance atone de l’économie allemande pèse sur la position de Berlin. Krichbaum espère malgré tout qu’un accord pourra être conclu avant la fin de l’année 2026. « Je suis incapable de prédire tout ce qui arrivera en 2027, et un compromis pourrait alors devenir encore plus difficile », justifie-t-il. Autrement dit, mieux vaut trancher maintenant.
Sur la question des priorités budgétaires, le responsable allemand appelle à un changement de cap radical. Il propose de regrouper la politique agricole et la politique de cohésion dans un seul pilier, laissant ensuite aux États membres le soin de répartir les fonds. L’agriculture resterait financée, mais d’autres secteurs prendraient le dessus : « la sécurité, la défense, la cybersécurité, mais aussi l’espace, l’intelligence artificielle, la compétitivité », énumère-t-il. « Si nous devions réinventer aujourd’hui l’Union européenne, nous ne commencerions pas par la politique agricole. C’était le bon choix dans la seconde moitié du siècle dernier, mais aujourd’hui, ce sont d’autres questions qui passent au premier plan. »
Sur l’élargissement, Krichbaum soutient la proposition du chancelier Friedrich Merz de créer un statut de membre associé pour l’Ukraine, la Moldavie et les pays des Balkans occidentaux. Ses détracteurs y voient un « salon d’attente » ou une adhésion au rabais. Il balaie ces critiques : les pays concernés pourraient participer aux séances du Parlement européen sans droit de vote, « et cela ne coûterait pas un seul euro ». Ce serait aussi, selon lui, un signal adressé à la Chine et à la Russie, signifiant que ces États « font partie de notre camp, celui de l’Union européenne ».
Krichbaum critique par ailleurs la méthode d’adhésion actuelle, qu’il compare à un concours de saut en hauteur dont la barre aurait été relevée sans prévenir. L’acquis communautaire, cet ensemble de lois et d’obligations qu’un pays candidat doit reprendre intégralement, s’est considérablement alourdi en vingt ans, notamment en matière de protection des consommateurs et de l’environnement. « Nous devons sortir de cette logique », tranche-t-il. Il propose un système par paliers, tout en précisant que la « gare terminus reste et restera la pleine adhésion à l’Union européenne ».
Merz et le président français Emmanuel Macron s’étaient prononcés début juin, lors du sommet UE-Balkans occidentaux au Monténégro, pour une accélération du processus. Krichbaum partage cet objectif d’accélération, mais insiste sur la nécessité de réformer la méthode. Il cite l’exemple polonais pour relativiser le coût de l’élargissement : d’anciens bénéficiaires nets sont devenus contributeurs, et « l’économie polonaise est en plein essor ».
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