MONDE

La Chine et Qatar resserrent leurs liens sur fond de guerre contre l’Iran

La Chine et Qatar resserrent leurs liens sur fond de guerre contre l’Iran
La Chine et Qatar resserrent leurs liens sur fond de guerre contre l’Iran

Le Premier ministre qatari Sheikh Mohammed bin Abdulrahman Al Thani a achevé une visite de deux jours à Pékin, les deux pays annonçant l’entrée dans une nouvelle « décennie dorée » de leur relation. Derrière les accords économiques, la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran a dominé les discussions.

Pékin a qualifié le Qatar de « partenaire stratégique important » au Moyen-Orient et dans le Golfe. Les deux parties ont convenu d’élargir leur coopération dans les domaines de l’énergie, de l’investissement et des technologies avancées. Mais c’est la crise iranienne qui a structuré l’essentiel des échanges.

« Il n’est pas acceptable d’avoir cet état de ni-guerre ni-paix. Ce n’est pas bénéfique pour la région, les pays de la région et les peuples », a déclaré Ibrahim bin Sultan al-Hashmi, directeur du département des médias et des communications au ministère qatari des Affaires étrangères, à l’issue des réunions. « Le Qatar travaille dur avec ses partenaires, dont la Chine. Des efforts diplomatiques sont déployés et de nouvelles idées sont discutées. »

Pékin a promis de renforcer sa coordination avec Doha pour contribuer au rétablissement de la paix régionale. Le Qatar, de son côté, a assuré à la Chine qu’il privilégierait son approvisionnement énergétique malgré les difficultés actuelles.

Les perturbations dans le détroit d’Ormuz ont considérablement alourdi les enjeux pour les deux capitales. Le Qatar figure parmi les plus grands exportateurs mondiaux de gaz naturel liquéfié (GNL), tandis que la Chine est le premier importateur mondial de pétrole brut. Environ un cinquième du pétrole et du GNL mondiaux transitent normalement par ce détroit.

L’énergie constitue le socle de la relation bilatérale. La Chine est le premier partenaire commercial du Qatar, avec des échanges évalués à 23,8 milliards de dollars l’an dernier. Le Qatar représente la deuxième source d’approvisionnement en GNL de la Chine, avec 19,4 millions de tonnes livrées en 2025. QatarEnergy a signé des contrats d’approvisionnement en GNL sur 27 ans avec les géants publics chinois CNPC et Sinopec, qui ont également pris des participations dans le gigantesque projet d’expansion du champ gazier North Field.

Malgré ces intérêts communs, Doha et Pékin n’adoptent pas la même posture vis-à-vis de Téhéran. La Chine a régulièrement soutenu les efforts de médiation qataris, mais s’est abstenue de critiquer directement les attaques iraniennes ou les perturbations dans le détroit d’Ormuz. Elle impute systématiquement la responsabilité première du conflit aux États-Unis et à Israël. Pékin demeure par ailleurs le principal partenaire économique et diplomatique de Téhéran, dont elle achète le pétrole depuis des années et contre lequel elle s’oppose aux sanctions unilatérales.

Lors de ses entretiens avec Al Thani, le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi a réitéré son appel à une solution diplomatique : « La pression exercée par des moyens militaires n’est pas une solution ; le dialogue et les négociations sont la seule voie viable. »

Le Qatar, lui, a publiquement condamné Téhéran pour ses attaques sur son propre territoire et sur les États voisins du Golfe. Le 3 mars, l’Iran a tiré deux missiles balistiques sur le Qatar : l’un a été intercepté, l’autre a touché la base américaine d’Al Udeid sans faire de victimes. L’incident a poussé Doha à réclamer un renforcement de ses liens sécuritaires avec Washington.

Pour Doha, une coordination plus étroite avec Pékin pourrait introduire un acteur supplémentaire dans ses efforts de médiation, doté de liens économiques et politiques exceptionnellement forts avec Téhéran. Mais la question de savoir jusqu’où Pékin est prêt à utiliser son influence sur l’Iran reste entière. La Chine a jusqu’ici montré peu d’appétit pour exercer une pression significative sur les Gardiens de la révolution islamique.

La visite a également porté sur des dossiers économiques plus larges. Le Premier ministre chinois Li Qiang a appelé à approfondir la coopération dans les énergies traditionnelles et renouvelables, les infrastructures, l’intelligence artificielle et la finance. Al Thani a mis en avant les hautes technologies et la fabrication avancée. Selon Invest Qatar, 520 entreprises chinoises opèrent dans le pays, avec des projets d’investissement dépassant 3 milliards de dollars et plus de 3 200 emplois créés au cours de la dernière décennie.

Partager cet article

Votre actualité, selon vos intérêts

Choisissez les rubriques et la langue de votre newsletter. Vous pourrez modifier vos préférences à tout moment.

Communauté

Commentaires

Écrire un commentaire

Soyez le premier à commenter cet article.

Réagir à cet article

Les commentaires sont modérés. Les messages promotionnels, les envois automatiques et les liens abusifs sont bloqués.

Votre premier commentaire, ou tout message contenant un lien, peut être placé en attente de validation.

Application Entrevue

L’info partout avec vous

Retrouvez l’actualité, les alertes et vos rubriques préférées dans une expérience pensée pour le mobile.

Écran Alertes de l’application Entrevue : les dernières alertes info
Écran de personnalisation des rubriques de l’application Entrevue
Écran Actu de l’application Entrevue : le récit à la une