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Des ex-militaires américains livrent de l’aide à Gaza et au Soudan du Sud, au grand dam des ONG humanitaires

Des ex-militaires américains livrent de l’aide à Gaza et au Soudan du Sud, au grand dam des ONG humanitaires
Des ex-militaires américains livrent de l’aide à Gaza et au Soudan du Sud, au grand dam des ONG humanitaires

Au-dessus de l’État d’Upper Nile, au Soudan du Sud, un avion de transport largue des sacs remplis de haricots, de maïs et de sel sur une ville désertée par les combats. Aux commandes de cette opération, non pas une ONG, mais Fogbow, une société privée dirigée par d’anciens officiers de l’armée et des services de renseignement américains. Une initiative emblématique d’une nouvelle tendance alarmante : des entreprises à but lucratif, menées par des vétérans américains, prennent en charge la distribution d’aide humanitaire dans des zones de guerre.

Au Soudan du Sud comme à Gaza, deux entreprises américaines, Fogbow et Safe Reach Solutions, opèrent sous mandat de gouvernements directement engagés dans les conflits. Ces missions s’inscrivent dans une stratégie où les compétences militaires et logistiques des anciens soldats sont mobilisées pour répondre à des besoins humanitaires urgents. Mais cette militarisation croissante de l’aide inquiète profondément les ONG, les Nations unies et de nombreux observateurs du secteur.

Les critiques pointent l’absence de transparence, de neutralité et d’indépendance opérationnelle. “Il y a une différence entre une opération logistique, une opération sécuritaire et une opération humanitaire”, déclare Scott Paul d’Oxfam America. Selon lui, les largages non coordonnés peuvent mettre en danger les populations au lieu de les aider. Les ONG craignent aussi que des gouvernements utilisent cette aide comme levier pour déplacer des civils ou renforcer leur emprise territoriale.

À Gaza, Safe Reach Solutions travaille avec une organisation soutenue par les États-Unis, mais adoubée par le gouvernement israélien. Depuis fin mai, elle distribue de l’aide dans le sud de l’enclave palestinienne, conformément à la stratégie de Benjamin Netanyahou visant à concentrer la population loin des zones de combat. Une politique que les travailleurs humanitaires dénoncent comme une tentative de déplacement forcé déguisé. Plusieurs centaines de Palestiniens ont été tués ou blessés en tentant d’accéder à ces points de distribution, souvent pris pour cibles par des tirs israéliens. L’armée nie avoir visé des civils, affirmant avoir tiré uniquement sur des « suspects » ignorants les sommations.

Fogbow, qui avait proposé d’acheminer de l’aide par barge vers Gaza avant que les États-Unis n’optent pour un pont maritime militaire, est aujourd’hui active dans les largages aériens au Soudan et au Soudan du Sud. Son président, Michael Mulroy, un ancien de la CIA, affirme que son entreprise n’a pas vocation à remplacer les acteurs humanitaires. Il assure que l’aide est exclusivement destinée aux civils et qu’en cas de détournement, l’entreprise cesserait immédiatement ses opérations. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a toutefois précisé ne pas être associé aux plans de distribution ni au ciblage des bénéficiaires.

Les motivations des gouvernements partenaires suscitent également le doute. Le ministère sud-soudanais de l’Action humanitaire justifie son recours à Fogbow par les coupes budgétaires américaines, mais les organisations locales redoutent que l’aide ne serve de couverture à des objectifs militaires. Pour Edmund Yakani, dirigeant d’une ONG locale, « l’espace humanitaire ne doit pas être détourné par des acteurs militaires sous prétexte d’une distribution alimentaire. »

Des experts, comme Jan Egeland du Norwegian Refugee Council, avertissent : lorsque des gouvernements belligérants décident où, quand et à qui l’aide est distribuée, cela entraîne des discriminations et peut servir des desseins politiques ou militaires. L’implication de sociétés privées, motivées par le profit, remet en cause des décennies de principes humanitaires. Pour Mark Millar, conseiller auprès de l’ONU, cette tendance reflète une vision dangereuse : “Ces entreprises ont peu de considération pour les principes humanitaires, et encore moins de comptes à rendre.”

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