Le Parquet national financier a requis un non-lieu en faveur d’Alexis Kohler dans l’enquête pour prise illégale d’intérêts concernant ses liens familiaux avec l’armateur MSC. Les réquisitions ont été signées le 31 août 2026. Elles ne ferment pas automatiquement le dossier : le juge d’instruction doit désormais décider s’il suit le parquet ou s’il renvoie l’ancien secrétaire général de l’Élysée devant le tribunal correctionnel. Mis en examen depuis septembre 2022, Alexis Kohler reste présumé innocent. Une grande partie du dossier a déjà été écartée le 2 juillet 2026, lorsque la cour d’appel de Paris a déclaré prescrits les faits antérieurs à 2014.
L’affaire concerne plusieurs étapes de sa carrière dans la haute fonction publique. Entre 2009 et 2012, Alexis Kohler travaille à l’Agence des participations de l’État et siège notamment dans les instances de STX France, aujourd’hui Chantiers de l’Atlantique, et du Grand port maritime du Havre. De mai 2012 à mars 2014, il est directeur adjoint du cabinet de Pierre Moscovici au ministère de l’Économie. Il devient ensuite, d’août 2014 à août 2016, directeur de cabinet d’Emmanuel Macron à Bercy. Durant ces différentes périodes, MSC, dirigé par la famille Aponte, cousins de sa mère, entretenait d’importantes relations commerciales avec plusieurs entreprises suivies par l’État.
De Bercy à l’Élysée, une ascension au cœur du pouvoir
En 2016, après son départ du ministère de l’Économie, Alexis Kohler rejoint directement MSC comme directeur financier. Il participe ensuite, sans fonction officielle dans le mouvement En Marche, à la préparation de la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron. Le 14 mai 2017, au lendemain de l’investiture présidentielle, il devient secrétaire général de l’Élysée, l’un des postes les plus influents de la présidence. Il le restera jusqu’au 14 avril 2025, date à laquelle Emmanuel Moulin lui succède.
Alexis Kohler n’a en revanche jamais occupé officiellement la fonction de « porte-parole de l’Élysée ». Son poste était celui de secrétaire général de la présidence. Il a néanmoins été à plusieurs reprises la voix institutionnelle du palais lors d’annonces majeures. C’est notamment lui qui annonce la nomination d’Édouard Philippe comme Premier ministre le 15 mai 2017, puis la composition du deuxième gouvernement Philippe le 21 juin 2017. Cette exposition ponctuelle explique qu’il ait parfois été présenté, de manière informelle, comme l’un des principaux porte-voix de la présidence.
Une procédure ouverte en 2018 puis relancée en 2020
Les soupçons de conflit d’intérêts deviennent publics en 2018 après des révélations portant sur les responsabilités exercées par Alexis Kohler lorsqu’il travaillait pour l’État. L’association Anticor dépose alors plainte. Le Parquet national financier ouvre une enquête préliminaire, finalement classée sans suite à l’été 2019. Cette même année, Emmanuel Macron adresse au parquet une note personnelle dans laquelle il affirme qu’Alexis Kohler ne participait pas aux décisions concernant MSC lorsqu’il était son directeur de cabinet au ministère de l’Économie.
La procédure repart en 2020 après une plainte avec constitution de partie civile d’Anticor, permettant l’ouverture d’une information judiciaire confiée à des juges d’instruction. Le 23 septembre 2022, Alexis Kohler est mis en examen pour prise illégale d’intérêts. Il conteste depuis l’origine avoir favorisé MSC et affirme avoir systématiquement informé sa hiérarchie de ses liens familiaux avec la famille Aponte. Le cœur du dossier consiste précisément à déterminer si ses interventions professionnelles ont dépassé les limites compatibles avec cette situation familiale.
La prescription a profondément réduit le champ de l’enquête
Le 2 juillet 2026 marque un tournant majeur. La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris estime que les faits antérieurs à 2014 sont prescrits. Les épisodes concernant l’Agence des participations de l’État et une partie de son passage auprès de Pierre Moscovici sortent ainsi du périmètre susceptible de conduire à un procès. Restent principalement les faits présumés commis entre 2014 et 2016, lorsqu’Alexis Kohler dirigeait le cabinet d’Emmanuel Macron à Bercy.
Depuis juin 2025, Alexis Kohler a quitté la haute administration pour rejoindre Société Générale comme directeur général adjoint et président de la banque d’investissement. Il supervise également le secrétariat général, les ressources humaines, la communication et plusieurs programmes de transformation du groupe. Près de huit ans après le début de l’affaire, le juge d’instruction doit désormais choisir entre deux voies : prononcer le non-lieu requis par le PNF ou estimer que les faits restant dans le dossier doivent être examinés lors d’un procès.

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