Volodymyr Zelensky a annoncé ce dimanche qu’il était prêt à organiser des élections en Ukraine si la Russie acceptait un cessez-le-feu total de 60 jours. Le président ukrainien répond directement à Donald Trump, qui a appelé la veille les Ukrainiens à se choisir un nouveau chef d’État. Une proposition qui place désormais Vladimir Poutine face à une condition concrète : suspendre les combats pendant deux mois pour permettre l’organisation d’un scrutin.
Interrogé dans l’émission This Week sur la chaîne américaine ABC, Zelensky a affirmé que les Ukrainiens étaient les seuls à pouvoir décider de leur avenir politique. « Tout d’abord, avec tout le respect que je dois au président Trump, c’est à notre société, à notre peuple, de choisir tel ou tel dirigeant », a-t-il déclaré.
Zelensky à Trump : « Dites à Poutine de nous donner 60 jours de cessez-le-feu »
Le président ukrainien a ensuite directement répondu à la demande américaine d’un changement de dirigeant à Kiev. Il affirme avoir déjà abordé avec l’équipe de Donald Trump les conditions nécessaires pour organiser des élections pendant la guerre : « Si le président Trump veut vraiment des élections, dites à Poutine de nous donner deux mois, 60 jours de cessez-le-feu total, 60 jours, et nous organiserons des élections. »
Zelensky se dit également disposé à accepter le choix des électeurs ukrainiens, quel qu’il soit. Il ne fixe cependant aucune date de scrutin et conditionne son engagement à l’arrêt des hostilités sur l’ensemble du territoire, et non à une simple suspension des frappes contre certaines infrastructures.
Cette proposition intervient alors que Donald Trump a publiquement réclamé le remplacement de Volodymyr Zelensky. Samedi, le président américain a déclaré : « Je pense qu’il est temps que l’Ukraine ait un nouveau président. » Il reproche notamment à son homologue ukrainien de ne pas parvenir à conclure un accord mettant fin à la guerre avec la Russie.
Pourquoi aucune élection présidentielle n’a été organisée en Ukraine depuis 2019
Volodymyr Zelensky a été élu président de l’Ukraine en avril 2019, avec plus de 73% des voix au second tour face au président sortant Petro Porochenko. Entré en fonction le 20 mai 2019 pour un mandat de cinq ans, il aurait normalement dû remettre son mandat en jeu lors d’une élection présidentielle organisée en mars 2024.
Mais depuis l’invasion russe du 24 février 2022, l’Ukraine est placée sous la loi martiale. La législation ukrainienne interdit l’organisation d’élections présidentielles, législatives et locales pendant cette période. Zelensky continue donc d’exercer ses fonctions conformément aux dispositions assurant la continuité du pouvoir présidentiel jusqu’à l’entrée en fonction d’un successeur élu.
L’organisation d’un scrutin soulève également d’importantes difficultés matérielles. Plusieurs millions d’Ukrainiens vivent à l’étranger depuis le début de la guerre, des centaines de milliers de militaires sont mobilisés et une partie du territoire demeure sous occupation russe. Il faudrait garantir la sécurité des bureaux de vote, permettre la participation des soldats et des réfugiés et assurer des conditions de campagne équitables entre les candidats.
Une trêve militaire de 60 jours ne suffirait pas, à elle seule, à lever toutes les restrictions juridiques. Les autorités ukrainiennes devraient également adapter le cadre légal et définir les modalités du scrutin, notamment dans les zones proches du front.
Zelensky avait déjà affirmé en août 2025 qu’il était prêt à organiser des élections si les conditions de sécurité étaient réunies. Sa déclaration de ce dimanche ajoute une durée chiffrée à cette exigence, en demandant explicitement 60 jours de cessez-le-feu.
Les tensions entre Trump et Zelensky aggravées par les frappes sur les raffineries russes
Les déclarations des deux présidents interviennent après une nouvelle dégradation de leurs relations, provoquée par les attaques ukrainiennes contre les installations pétrolières russes.
Donald Trump a vivement reproché à Kiev de poursuivre ses frappes contre les raffineries russes, dont les activités sont essentielles à l’approvisionnement énergétique. Le président américain estime que ces opérations contribuent à la hausse des prix des carburants, particulièrement sensible aux États-Unis à quelques semaines des élections de mi-mandat du 3 novembre.
Ces critiques ont été formulées après l’annonce d’un accord entre Donald Trump et Vladimir Poutine sur les livraisons de diesel russe. Washington a décidé d’assouplir temporairement les restrictions sur certains produits énergétiques russes, une décision vivement contestée par Kiev.
Zelensky a rejeté la responsabilité que Donald Trump cherche à faire porter à l’Ukraine dans l’augmentation des prix pétroliers. Il a rappelé que la guerre au Moyen-Orient contribuait également à la flambée des cours mondiaux de l’énergie, tandis que la Russie continuait de bombarder les installations énergétiques ukrainiennes.
Le président ukrainien a néanmoins indiqué que son pays était prêt à suspendre ses attaques contre les raffineries russes si Moscou cessait, de son côté, de frapper les infrastructures énergétiques ukrainiennes.
Le Kremlin doit désormais répondre à la proposition des 60 jours
L’offre électorale de Volodymyr Zelensky repose sur une condition qui dépend directement de Moscou. Pour que des élections puissent être préparées dans les conditions évoquées par le président ukrainien, Vladimir Poutine devrait accepter une interruption complète des hostilités pendant deux mois.
Un cessez-le-feu limité aux infrastructures énergétiques ne remplirait donc pas l’exigence formulée par Zelensky dans son entretien avec ABC. Le président ukrainien demande une trêve générale, suffisamment longue pour permettre aux autorités de préparer un retour aux urnes.
À ce stade, aucun accord russe sur cette proposition de 60 jours n’a été annoncé et aucun calendrier électoral n’a été officiellement fixé. Zelensky affirme néanmoins être prêt à soumettre de nouveau son pouvoir au vote des Ukrainiens, à condition que les combats cessent et que les électeurs puissent se prononcer en sécurité.

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