Cette semaine s’ouvre à Bobigny un procès très attendu dans l’industrie du jeu vidéo. Trois anciens hauts responsables d’Ubisoft doivent répondre de faits graves de harcèlement moral et sexuel présumés, révélés au grand public dès 2020. Pourtant, ni l’entreprise ni son PDG Yves Guillemot ne figurent parmi les prévenus, une absence dénoncée par les victimes et leurs soutiens.
Des accusations accablantes contre d’ex-cadres
Serge Hascoët, ex-directeur créatif et ancien numéro 2 du groupe, Thomas François, ancien vice-président éditorial, et Guillaume Patrux, ex-game director, comparaissent cette semaine pour des faits s’étalant entre 2012 et 2020. Tous trois sont accusés d’avoir instauré, voire encouragé, un climat de travail délétère au sein du siège d’Ubisoft à Montreuil. Selon les témoignages recueillis lors de l’enquête, l’environnement de travail était marqué par des propos sexistes, des humiliations publiques et des comportements déplacés.
Thomas François, surnommé “Tommy”, est particulièrement ciblé. Il lui est reproché d’avoir multiplié les gestes inappropriés, les commentaires misogynes et les actes humiliants : de la diffusion de films pornographiques au bureau à des tentatives d’agression sexuelle, en passant par des jeux dégradants avec ses collègues féminines. D’après un rapport d’enquête consulté par l’AFP, il aurait aussi encouragé ses subordonnés à adopter ces comportements, usant de son autorité pour banaliser les violences.
Serge Hascoët, pour sa part, est accusé de harcèlement sexuel, d’injures sexistes mais aussi de propos racistes. Une ancienne assistante affirme par exemple avoir été visée après les attentats de 2015, Hascoët lui ayant demandé si elle partageait les idées de l’État islamique. Des actes qualifiés de « systémiques » par les plaignantes, que la justice examine désormais au cas par cas.
Un procès partiel, qui laisse des zones d’ombre
Si ce procès marque une étape importante pour les victimes, beaucoup regrettent son périmètre limité. La personne morale Ubisoft, pourtant régulièrement alertée sur ces agissements via ses services RH, n’a pas été poursuivie. « Il y a un vrai regret », a déploré Me Maude Beckers, avocate de six parties civiles, citée par L’Humanité. Selon elle, l’inertie de la direction et l’absence de sanction réelle contre les responsables hiérarchiques ont contribué à l’installation d’un « harcèlement systémique ».
De nombreux témoins ont été auditionnés pendant l’enquête, mais beaucoup n’ont pas souhaité porter plainte, par crainte de représailles dans le secteur très fermé du jeu vidéo, selon le rapport d’enquête cité par l’AFP.
En défense, les avocats des accusés contestent les faits. Me Jean-Guillaume Le Minter, conseil de Serge Hascoët, pointe le caractère « déclaratif » des accusations, qu’il estime non corroborées par des éléments matériels. Le procès s’annonce donc tendu, avec des versions qui s’opposent fortement.








