Presque un mois après le feu dévastateur qui a ravagé 750 hectares aux portes de Marseille, les habitants du quartier de l’Estaque ont décidé de ne pas en rester là. Un collectif citoyen s’est formé, réclamant des explications aux autorités. Plusieurs dizaines de plaintes contre X ont été déposées pour faire la lumière sur les responsabilités dans la propagation de l’incendie qui, le 8 juillet dernier, a détruit plus de 90 habitations. Les sinistrés reprochent à la préfecture et aux services de secours un manque d’anticipation et une réponse tardive. Pascale, dont la maison a été entièrement détruite, ne décolère pas : « Ce n’est pas normal que les pompiers ne soient pas venus dans un lieu d’habitation si fourni. Il y a eu une faute. » Une critique qui revient dans de nombreux témoignages. Emmanuel Franc, lui aussi sinistré, a rejoint un groupe baptisé « Demande de réponses » et réclame l’accès au rapport d’intervention complet, heure par heure, pour savoir précisément à quel moment les secours sont intervenus dans leur quartier.
Des choix contestés, une confiance rompue
Outre le retard présumé des secours, les riverains dénoncent la stratégie de confinement imposée par la préfecture, qui avait envoyé un message demandant aux habitants de rester chez eux. Une décision lourde de conséquences, selon Jean-Claude et Estelle, qui ont passé trois heures terrées dans leur sous-sol, cernés par les flammes. « Je me suis dit : ça y est, on est morts », confie la septuagénaire. La maison voisine, celle de Christian, a été entièrement détruite. Ce dernier a tenté de déposer plainte personnellement contre le préfet, sans succès. « Quand il dit qu’il a bien fait de confiner les gens, je me dis que si j’étais resté, j’aurais cramé », déplore-t-il. Dans un communiqué daté du 16 juillet, la préfecture justifiait sa décision par la nécessité de « garantir l’efficacité et la fluidité des opérations de secours », rappelant qu’au même moment, plusieurs foyers d’incendie étaient actifs dans le département. Des explications jugées insuffisantes par les membres du collectif, qui demandent des précisions à partir de 13 heures, lorsque l’Estaque a été directement touchée par le feu. Tous le disent aujourd’hui : ils veulent comprendre. Pas seulement pour dénoncer, mais pour éviter que d’autres quartiers, ailleurs, connaissent le même cauchemar.
