À Saint-Benoît-d’Hébertot, dans le Calvados, des habitants tombent des nues. Depuis décembre 2024, un terrain en lisière de l’A13 s’est métamorphosé sous leurs yeux : abattage massif d’arbres, fossés creusés, buttes érigées. Le tout sans la moindre autorisation. À l’origine de ces aménagements sauvages : le Centre de tir sportif de la Porte Océane (CTSPO), qui entend installer là un terrain de tir à l’arc. Ou au plomb. Ou peut-être autre chose. C’est selon.
Travaux dissimulés, autorisations absentes
Ce sont les riverains du lieu-dit La Gohaigne qui ont lancé l’alerte après avoir vu des engins de chantier à l’œuvre sur le terrain voisin. Très vite, ils découvrent que l’association n’a déposé aucune déclaration préalable en mairie, alors même que la loi l’exige pour tout exhaussement de sol supérieur à deux mètres et portant sur plus de 100 m². Ce que les buttes visibles, parfois hautes de six mètres, ne laissent guère de doute. Officiellement, le CTSPO parle d’un terrain de tir à l’arc 3D, une discipline nécessitant des cibles en mousse dans des parcours forestiers. Problème : la zone aménagée, inférieure à 100 mètres de côté, ne semble pas adaptée à cette pratique. Et quand les riverains parlent de champ de tir dissimulé, le secrétaire du club se contredit : “Même pour du tir à l’arc, il faut des talus… Et si demain on veut faire du tir au plomb…”
Une zone protégée… gravement transformée
Le terrain, pourtant classé espace boisé dans le Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi), est soumis à des règles strictes. Aucun déboisement ne peut y être mené sans autorisation. Or, l’Office Français de la Biodiversité a constaté qu’une grande partie des arbres avait été rasée et évacuée. L’association promet de replanter, mais les dégâts semblent faits. Les autorités temporisent. Le sous-préfet accorde « le bénéfice du doute », tout en rappelant que la zone reste inconstructible. Le maire de Beuzeville menace d’un arrêté, sans l’avoir encore signé. Et les habitants, eux, redoutent le retour des bulldozers à tout moment. “Depuis quand peut-on transformer une forêt en stand de tir sans autorisation ?”, questionnent-ils. Pour l’instant, aucune réponse claire.