Le diesel a atteint lundi un niveau historique au Portugal, à 2,169 euros le litre, déclenchant des protestations sur les routes du pays. L’essence, elle, retrouve ses plus hauts depuis la crise énergétique de 2022.
Un concert de klaxons sur le pont du 25 Avril, qui relie Lisbonne à Almada sur la rive sud du Tage, a marqué le début d’une journée de colère. Plus au sud, une opération escargot s’organisait simultanément en direction de la raffinerie Galp à Sines, dans le district de Setúbal. Coordonnée via WhatsApp et les réseaux sociaux, la manifestation se poursuivait encore après la pause de midi sans heure de fin annoncée. La Gendarmerie nationale républicaine (GNR) a estimé la participation à 60 à 100 véhicules, dont certains arboraient des drapeaux portugais sur le capot. Des pancartes réclamaient « Stop à la hausse des carburants » et affirmaient que « les familles n’en peuvent plus ».
Selon les prévisions de l’Automobile Club du Portugal (ACP), le diesel a bondi de 15 centimes ce lundi pour s’établir à 2,169 euros le litre, tandis que l’essence progressait de 12 centimes à 2,142 euros. Ces chiffres intègrent déjà une réduction exceptionnelle de l’impôt sur les produits pétroliers (ISP) décidée par le gouvernement, sans laquelle la hausse aurait été respectivement de 12 et 9 centimes supplémentaires. Le diesel atteint ainsi son niveau le plus élevé jamais enregistré dans le pays, quand l’essence retrouve ses sommets de la crise énergétique provoquée par l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022.
Le Portugal occupe une position inconfortable à l’échelle européenne. Le site fuel-prices, qui agrège les données de 21 pays du continent, classait lundi le pays au 19e rang des pays où l’essence est la plus chère, devant seulement la France et le Danemark. Pour le diesel, le classement s’améliore légèrement à la 17e place, derrière notamment le Royaume-Uni, l’Italie et la France.
La situation n’est pas propre au Portugal. En Allemagne, le Frankfurter Allgemeine signale que les prix ont également atteint un niveau historique, l’essence y dépassant le record de 2,203 euros le litre établi en mars 2022. La hausse généralisée en Europe est liée au conflit au Moyen-Orient et aux perturbations du détroit d’Ormuz sur les routes commerciales. Les spécialistes pointent aussi les capacités de raffinage limitées, même quand le brut est disponible, une contrainte qui pèse particulièrement sur le diesel.
Face à la grogne, la ministre portugaise de l’Environnement et de l’Énergie, Maria da Graça Carvalho, avait commandé une étude à l’Entidade Reguladora dos Serviços Energéticos (ERSE). Publiée à la mi-août, celle-ci n’a pas trouvé « d’éléments attestant d’une exploitation de la situation par les opérateurs » et a écarté tout phénomène de prix montant vite et baissant lentement. L’ERSE attribue par ailleurs l’écart de prix avec l’Espagne à la fiscalité, tout en précisant que la charge fiscale portugaise est restée constante, « en ligne avec la majorité des pays de l’Union européenne ».
Sur le plan politique, six pays européens passent à l’offensive. Selon l’AFP, les ministres du Portugal, de l’Allemagne, de l’Italie, de l’Autriche, de la Pologne et de l’Espagne ont adressé une lettre commune au ministre des Finances irlandais pour inscrire à l’ordre du jour un impôt exceptionnel sur les bénéfices des compagnies pétrolières. La réunion des ministres des Finances de l’UE est prévue les 18 et 19 septembre en Irlande, qui assure la présidence tournante de l’Union.

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