Le projet de constellation satellitaire d’Amazon affiche une cadence de fabrication record, mais peine à tenir ses engagements de déploiement face à des problèmes répétés avec ses lanceurs. Le service commercial ne devrait pas voir le jour avant 2026.
Un millième satellite assemblé, une usine capable d’en produire 27 par semaine là où il en fallait six mois pour le même nombre au départ : sur le papier, Amazon Leo affiche une montée en puissance industrielle impressionnante depuis son site de Kirkland, dans l’État de Washington. Mais ce rythme de production contraste avec une réalité orbitale bien plus modeste : seuls 396 satellites sont actuellement en service, un chiffre figé depuis le début du mois de juillet.
Rajeev Badyal, le directeur du programme, a indiqué être à « quelques semaines » d’un prochain lancement sur la fusée Vulcan, développée par United Launch Alliance. Ce tir doit être suivi d’un vol Arianespace et d’au moins un autre Vulcan avant la fin de l’année. Amazon a réparti ses contrats de lancement entre quatre opérateurs, mais deux d’entre eux ont connu des déboires sérieux ces derniers mois. La fusée Vulcan avait été immobilisée par un défaut sur sa tuyère, pièce chargée d’expulser les gaz de propulsion, un problème que Badyal dit désormais résolu. La fusée New Glenn de Blue Origin, elle, a explosé sur son pas de tir en mai dernier.
Le directeur de production de l’usine, Paul Palcisco, résume l’incongruité de la situation : son objectif est de « ne jamais avoir une fusée sans satellites déjà prêts », mais c’est aujourd’hui l’inverse qui se produit. Les satellites s’accumulent à terre, faute de lanceurs disponibles en nombre suffisant.
Ce décalage a des conséquences réglementaires directes. Amazon devait placer 1 616 satellites en orbite avant le 30 juillet, soit la moitié de sa première constellation prévue à terme à 3 232 unités. Avec 396 satellites en vol, l’entreprise n’atteint pas le quart de cet objectif. Le régulateur américain des télécommunications a renoncé à sanctionner ce manquement, mais a retiré à Amazon la priorité d’usage sur les fréquences Ka et Ku pour les satellites lancés après cette date : ils ne devront pas perturber les signaux de Starlink, le réseau concurrent d’Elon Musk. Cette priorité pourrait être recouvrée dès octobre 2027, à condition qu’Amazon démontre avoir construit les équipements nécessaires et sécurisé ses créneaux de lancement.
Le lien entre les deux entreprises ne se limite pas à la concurrence commerciale. Rajeev Badyal avait été licencié de SpaceX par Elon Musk il y a huit ans avant de prendre la tête du programme satellitaire d’Amazon.
Sur le plan technique, Amazon avance des performances supérieures à celles de Starlink pour son antenne professionnelle, baptisée Leo Ultra : 1 gigabit par seconde en réception et 400 mégabits par seconde en émission, contre environ 350 et 40 pour son rival. Pour le grand public, la firme promet « de loin le meilleur rapport qualité-prix », sans préciser ni tarifs ni calendrier précis. Chris Weber, responsable de l’activité commerciale, a confirmé que « le plan est de lancer le service initial en 2026 », le temps notamment de positionner les satellites déjà en orbite à leur altitude définitive.
L’Europe est intégrée au dispositif de lancement, Ariane 6 figurant parmi les fusées retenues. La France a par ailleurs donné son accord pour l’exploitation du service sur son territoire. Amazon travaille déjà sur une deuxième génération de satellites et a déposé une demande auprès du régulateur américain pour une constellation destinée à connecter directement les téléphones mobiles, sans antenne intermédiaire.

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