ÉCONOMIE

Marchés : les taux d’emprunt mondiaux s’envolent et réveillent le spectre de la crise financière

Marchés : les taux d’emprunt mondiaux s’envolent et réveillent le spectre de la crise financière
Marchés : les taux d’emprunt mondiaux s’envolent et réveillent le spectre de la crise financière

Les États, les entreprises et les ménages doivent de nouveau composer avec un argent beaucoup plus cher. Les rendements des obligations publiques progressent fortement sur les principaux marchés mondiaux, portant les coûts de financement à des niveaux qui n’avaient parfois plus été observés depuis près de vingt ans. Aux États-Unis, le rendement des emprunts du Trésor à trente ans a récemment atteint environ 5,5%, son plus haut niveau depuis 2004, tandis que le taux à 10 ans a dépassé 5%. En Europe, au Royaume-Uni comme au Japon, la tendance est similaire : les investisseurs réclament désormais une rémunération nettement supérieure pour accepter de prêter sur de longues périodes.

Plusieurs phénomènes se cumulent. Les tensions géopolitiques et la hausse des prix de l’énergie entretiennent les inquiétudes concernant l’inflation, alors que les déficits publics restent élevés dans de nombreuses grandes économies. Les investisseurs doutent donc de plus en plus d’un retour rapide aux taux d’intérêt très faibles qui ont dominé les années 2010. Les banques centrales elles-mêmes ont changé de ton : cinq des dix principales institutions monétaires mondiales ont relevé leurs taux en septembre ou préparent un nouveau resserrement, face au risque de voir l’inflation s’installer durablement.

La situation américaine concentre particulièrement les regards. Les besoins de financement considérables de Washington obligent le Trésor à émettre d’importantes quantités de dette, au moment même où les investisseurs deviennent plus exigeants sur les rendements. Cette hausse finit par se diffuser dans toute l’économie. Aux États-Unis, les taux des crédits immobiliers ont notamment retrouvé la zone des 7%, freinant un marché du logement déjà sous pression. Pour les entreprises, emprunter pour financer une acquisition, une usine ou simplement refinancer une ancienne dette devient également plus coûteux.

L’intelligence artificielle ajoute une pression inattendue sur la dette

À cette montagne de dette publique s’ajoute désormais un nouvel acteur : l’intelligence artificielle. Alphabet, Amazon, Meta, Microsoft et Oracle ont déjà émis ensemble environ 220 milliards de dollars de dette cette année afin de financer notamment leurs centres de données, leurs infrastructures énergétiques et leur puissance de calcul. Les émissions obligataires des grands groupes technologiques deviennent si importantes qu’elles entrent directement en concurrence avec les États pour attirer l’épargne disponible. Le marché mondial des obligations d’entreprises a ainsi atteint des volumes records en 2026.

Cette frénésie d’investissements explique en partie pourquoi les marchés boursiers résistent malgré la remontée des taux. Les dépenses consacrées à l’intelligence artificielle soutiennent l’activité des groupes technologiques et de nombreuses entreprises qui leur fournissent des semi-conducteurs, de l’électricité ou des infrastructures. Mais le paradoxe devient de plus en plus visible : le boom de l’IA stimule la croissance tout en contribuant à maintenir le coût de l’argent à un niveau élevé. Si les revenus promis par ces investissements tardaient à se matérialiser, les investisseurs pourraient devenir beaucoup plus sélectifs face à des entreprises technologiques dont l’endettement augmente rapidement.

Les prochains indicateurs économiques seront donc scrutés de très près. Les chiffres américains de l’emploi attendus le 2 octobre et les nouvelles données d’inflation aux États-Unis comme dans la zone euro permettront de déterminer si les banques centrales devront poursuivre leurs hausses de taux. Pour l’instant, les marchés d’actions résistent encore et les bénéfices des entreprises restent solides. Mais avec des coûts d’emprunt mondiaux revenus autour de niveaux observés lors de la crise financière de 2007-2008, la question n’est plus seulement celle du prix des obligations : cette remontée commence progressivement à toucher les crédits immobiliers, les investissements des entreprises et les finances publiques.

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