Jordan Bardella est confronté à de lourdes accusations concernant des conversations privées qui lui sont attribuées au début de son engagement au Front national, entre 2013 et 2015. Selon Mediapart, ces échanges contiendraient des propos antisémites, des références à plusieurs théories complotistes, des messages favorables à Alain Soral et Dieudonné ainsi que différentes prises de position politiques particulièrement radicales. Le président du Rassemblement national conteste formellement l’authenticité de ces écrits et dénonce des « faux grossiers ».
L’enquête repose notamment sur des dizaines de conversations privées que le média affirme avoir authentifiées de manière indépendante. Les premiers échanges remonteraient à l’été 2013. Jordan Bardella, né le 13 septembre 1995, avait alors 17 ans et était membre du Front national depuis 2012. Il deviendra ensuite responsable de la fédération de Seine-Saint-Denis avant son ascension au sein du parti.
« Toutes les banques sont détenues par des juifs »
Dans les conversations qui lui sont attribuées, Jordan Bardella aurait développé à plusieurs reprises des théories portant sur une supposée domination juive ou « sioniste » du système bancaire et financier.
Il aurait notamment écrit : « Toutes les banques sont détenues par des juifs. » Dans un autre message, il aurait affirmé que « le juif doit dominer les autres peuples, les écraser et les voler », avant d’évoquer Bernard-Henri Lévy et Jacques Attali comme des représentants français d’un supposé projet de domination mondiale.
Bardella aurait également parlé d’un « nouvel ordre mondial dominé par Israël, avec bien sûr Jérusalem comme capitale ». Il aurait associé directement « sionisme et domination bancaire », en citant notamment Goldman Sachs, Rothschild et Lehman Brothers.
Dans ces mêmes échanges, il aurait affirmé que « les ministères les plus importants reviennent à des personnes pour qui Israël et l’intérêt bancaire priment sur les intérêts français ». Pierre Moscovici, alors ministre de l’Économie, aurait également été visé dans un message où Bardella aurait évoqué une volonté de « venger Moïse ».
Alain Soral : « Ses analyses sont justes car tout se vérifie dans les faits »
Toujours selon les échanges qui lui sont attribués, Jordan Bardella aurait manifesté à cette époque une forte sympathie pour Alain Soral. Il aurait notamment écrit que « ses analyses sont justes car tout se vérifie dans les faits ».
Alain Soral, qui avait appartenu au comité central du Front national avant de quitter le parti en 2009, dirigeait alors Égalité et Réconciliation et développait depuis plusieurs années un discours mêlant antisémitisme, antisionisme radical et théories complotistes.
Les conversations attribuées à Bardella montrent également qu’il aurait apprécié Dieudonné, estimant que l’humoriste « mène un vrai combat d’idées ». Soral et Dieudonné créeront ensemble en 2014 le mouvement Réconciliation nationale.
Ces éléments entrent en contradiction directe avec les positions publiques prises depuis par le président du RN. En 2024, il avait par exemple retiré le soutien de son parti à un candidat après la découverte d’une ancienne publication considérée comme antisémite. Jordan Bardella avait alors désavoué le candidat RN concerné.
11-Septembre, Réserve fédérale et commerce halal
Les conversations attribuées à Jordan Bardella ne se limiteraient pas à l’antisémitisme. Mediapart rapporte également plusieurs échanges dans lesquels le jeune militant aurait relayé différentes théories complotistes.
Il aurait notamment développé ou repris des interrogations complotistes autour des attentats du 11 septembre 2001, mais aussi de la Réserve fédérale américaine. D’autres messages porteraient sur le commerce halal, présenté à travers des raisonnements mettant en cause des intérêts économiques ou communautaires cachés.
Ces différents échanges auraient été tenus dans des conversations privées avec d’autres militants ou sympathisants alors que Jordan Bardella commençait seulement son parcours politique au Front national.
Une supposée survie d’Adolf Hitler après 1945
Parmi les théories relayées dans les conversations qui lui sont attribuées figurerait également celle selon laquelle Adolf Hitler n’aurait pas nécessairement trouvé la mort dans son bunker de Berlin en avril 1945.
Jordan Bardella aurait évoqué l’hypothèse d’une survie du dictateur nazi après la Seconde Guerre mondiale, une théorie complotiste contredisant le consensus historique sur son suicide à Berlin le 30 avril 1945.
L’ensemble de ces messages appartient au corpus que Jordan Bardella rejette aujourd’hui en bloc. Il ne reconnaît donc ni les propos antisémites qui lui sont attribués, ni les prises de position complotistes qui apparaissent dans ces conversations.
Marine Le Pen victime d’un accident d’avion ou d’un attentat ?
D’autres messages attribués à Jordan Bardella concerneraient directement Marine Le Pen. Le jeune militant aurait envisagé qu’en cas d’arrivée au pouvoir de la présidente du Front national, celle-ci puisse être éliminée physiquement.
Il aurait notamment imaginé l’hypothèse d’un accident d’avion ou d’un attentat qui serait présenté comme accidentel ou attribué à d’autres responsables, dans le cadre d’une opération destinée à empêcher Marine Le Pen d’exercer le pouvoir.
À l’époque, Bardella était déjà engagé au FN. Plus de dix ans plus tard, sa relation politique avec Marine Le Pen est devenue l’un des piliers du dispositif du RN pour la présidentielle de 2027. Il a encore récemment démenti toute rupture avec elle et promis de lui rester loyal. Jordan Bardella a qualifié de « mensonge » les informations faisant état de tensions avec Marine Le Pen.
Des positions favorables au régime de Bachar al-Assad
Les échanges rapportés comporteraient également des prises de position concernant la guerre civile syrienne. Jordan Bardella aurait défendu le régime de Bachar al-Assad, présenté par une partie de l’extrême droite française de l’époque comme un rempart contre l’islamisme.
Cette sympathie pour le pouvoir syrien était alors présente chez plusieurs responsables ou proches du Front national. Des cadres et membres de l’entourage de Marine Le Pen avaient publiquement soutenu Bachar al-Assad et entretenu des relations avec son régime.
« Depuis que son discours est plus policé, le nombre d’électeurs explose »
Une autre partie des échanges attribués à Jordan Bardella concernerait directement la stratégie du Front national et la transformation de son image sous Marine Le Pen.
Le jeune militant aurait constaté que « depuis que son discours est plus policé, le nombre d’électeurs explose », tout en affirmant parallèlement que le parti « reste fidèle à son idéologie de base ».
Ces propos dateraient de la période pendant laquelle Marine Le Pen cherchait déjà à transformer profondément l’image du parti qu’elle avait repris à son père Jean-Marie Le Pen en 2011.
Jordan Bardella est devenu depuis l’un des principaux visages de cette évolution. Désormais président du Rassemblement national, il occupe une place centrale dans le dispositif de Marine Le Pen pour 2027. Il a récemment confirmé qu’il entendait faire campagne à ses côtés.
Un militant converti à l’islam poussé vers la sortie
L’enquête revient également sur l’année 2014, lorsque Jordan Bardella prend des responsabilités à la fédération FN de Seine-Saint-Denis.
Un militant du parti récemment converti à l’islam aurait alors été poussé vers la sortie, sa conversion étant présentée dans certains échanges internes comme problématique. L’épisode renvoie notamment au cas de Maxence Buttey, conseiller municipal FN à Noisy-le-Grand, dont la conversion à l’islam avait provoqué une crise au sein de la fédération.
Publiquement, les responsables frontistes avaient assuré que sa religion n’était pas le motif de son exclusion des responsabilités et lui reprochaient notamment d’avoir envoyé à des cadres du parti une vidéo faisant la promotion de l’islam.
Jordan Bardella conteste « formellement » l’ensemble des accusations
Jordan Bardella rejette l’ensemble des écrits qui lui sont attribués. Il affirme n’avoir jamais tenu de tels propos, que ce soit publiquement ou dans des conversations privées. Dans une réponse diffusée ce lundi 28 septembre, le président du Rassemblement national déclare :
« Je conteste formellement les accusations portées à mon endroit par Mediapart, me prêtant des propos délirants et antisémites que j’aurais prétendument tenus alors que j’étais mineur. Il s’agit évidemment de faux grossiers.
Au moment où la victoire de nos idées n’a jamais été aussi proche, une certaine presse militante est prête à monter des opérations de barbouzerie, pour déstabiliser la campagne présidentielle et attenter à mon honneur.
Par conséquent, j’ai chargé mon avocat d’engager toutes les procédures nécessaires face à Mediapart. »
Jordan Bardella avait également indiqué qu’il contestait « formellement » avoir tenu « en public comme en privé, par oral ou par écrit » des propos racistes ou antisémites de cette nature. Il fait notamment valoir qu’il n’était pas un militant actif durant l’été 2013 et qu’il était encore mineur.
Il qualifie les documents qui lui sont attribués de « faux grossiers » et parle d’une « véritable opération de barbouzerie ».
Marine Le Pen dénonce elle aussi un « faux » et une « barbouzerie »
Marine Le Pen a immédiatement pris la défense de Jordan Bardella après la publication de ces accusations.
Interrogée ce lundi 28 septembre, elle a déclaré : « C’est une dinguerie. » Elle a poursuivi en affirmant que les propos attribués au président du RN lui paraissaient tellement invraisemblables qu’ils ne pouvaient, selon elle, être qu’un faux, une manipulation ou une opération destinée à lui nuire.
La réaction de Marine Le Pen est particulièrement importante à quelques mois de la présidentielle de 2027, alors que le RN affiche depuis plusieurs semaines l’unité de ses deux principaux dirigeants. Jordan Bardella a encore récemment assuré soutenir Marine Le Pen « à 2 000% ». Le président du RN avait réaffirmé publiquement son soutien à Marine Le Pen.
À ce stade, les conversations publiées sont attribuées à Jordan Bardella, mais leur authenticité est formellement contestée par celui-ci. Mediapart affirme de son côté avoir authentifié indépendamment des dizaines d’échanges et appuyé son enquête sur plusieurs témoignages. Jordan Bardella annonce désormais avoir chargé son avocat d’engager des procédures contre le média.

Communauté
Commentaires
Écrire un commentaire
Soyez le premier à commenter cet article.