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Rodolphe Saadé se confie comme rarement à L’Orient-Le Jour: Trump, le Liban, les crises… Confidences d’un patron qui a fait de CMA CGM un géant mondial

Rodolphe Saadé se confie comme rarement à L’Orient-Le Jour: Trump, le Liban, les crises… Confidences d’un patron qui a fait de CMA CGM un géant mondial
Rodolphe Saadé se confie comme rarement à L’Orient-Le Jour: Trump, le Liban, les crises… Confidences d’un patron qui a fait de CMA CGM un géant mondial

Rodolphe Saadé parle rarement de lui avec autant de liberté. Dans un long entretien accordé à L’Orient-Le Jour, le PDG franco-libanais de CMA CGM revient sur sa manière de diriger un groupe mondial, les crises qui bouleversent le transport maritime, sa diversification, ses investissements au Liban et sa première rencontre avec Donald Trump à la Maison-Blanche. L’entretien aborde également la gouvernance familiale de CMA CGM, la décarbonation, l’intelligence artificielle et les choix industriels auxquels le groupe doit se préparer. 

Mais ce sont surtout les passages personnels qui donnent une autre dimension à l’échange. Saadé reconnaît son trac avant d’entrer dans le Bureau ovale, revient sur la guerre au Liban, l’arrivée de sa famille en France et l’éducation reçue de ses parents. Derrière le dirigeant d’un groupe présent dans le monde entier apparaît un patron qui assume ses émotions, ses racines et une ligne de conduite : ne pas subir les crises, mais préparer CMA CGM à s’y adapter. 

Face à Donald Trump, Rodolphe Saadé reconnaît avoir eu « beaucoup le trac »

La première rencontre entre Rodolphe Saadé et Donald Trump reste l’un des moments les plus marquants évoqués dans l’entretien. Pour le patron de CMA CGM, c’est une double première : il n’était encore jamais entré à la Maison-Blanche et n’avait jamais rencontré le président américain.

Saadé reconnaît : « J’avais beaucoup le trac ». Une franchise inhabituelle chez un grand patron, alors que l’enjeu dépasse largement le caractère prestigieux du rendez-vous : les décisions américaines concernant le transport maritime et les navires construits en Chine peuvent avoir des conséquences très concrètes pour CMA CGM. 

Cette rencontre entre Rodolphe Saadé et Donald Trump à la Maison-Blanche⁠ avait déjà montré la place prise par le groupe français aux États-Unis. Dans l’entretien, Saadé apporte cette fois les coulisses humaines du rendez-vous et raconte comment la tension des premières minutes a rapidement laissé place à un échange beaucoup plus long que prévu.

Un rendez-vous de 20 minutes qui se prolonge pendant plus de 2h30

Une fois dans le Bureau ovale, Rodolphe Saadé explique qu’il faut se lancer et voir comment la discussion évolue. Le contact avec Donald Trump se passe manifestement bien. Le patron de CMA CGM décrit le président américain comme « cordial, hospitalier », et précise que Trump lui parle de son secteur d’activité mais également du Liban. 

La durée de la rencontre en dit beaucoup sur la tournure prise par l’échange. Le rendez-vous devait durer environ 20 minutes. Il dépasse finalement les 2h30, un moment que Rodolphe Saadé présente comme une expérience particulièrement forte. L’entretien prévu comme une rencontre relativement courte devient ainsi une discussion approfondie avec le président des États-Unis. 

Ce passage permet aussi de mesurer le changement de dimension de CMA CGM. L’entreprise familiale créée à Marseille dialogue désormais directement avec les plus hauts responsables politiques mondiaux sur les enjeux du transport maritime, du commerce international et des grandes routes logistiques.

Rodolphe Saadé revient ensuite sur une menace beaucoup plus concrète : les mesures américaines visant les navires construits en Chine qui desservent les ports des États-Unis. Pour CMA CGM, dont une partie de la flotte a été construite dans des chantiers chinois, le sujet peut nécessiter une réorganisation opérationnelle importante. 

Le dirigeant explique que la décision a été repoussée et qu’une nouvelle échéance doit permettre de savoir si le groupe devra modifier l’affectation de certains navires. Si les contraintes américaines l’exigent, CMA CGM pourrait retirer des bâtiments construits en Chine de certaines lignes américaines et les remplacer par des navires construits notamment en Corée. Saadé préférerait évidemment éviter une telle réorganisation, mais son message reste constant : le groupe se préparera à la décision qui sera prise. 

Cette manière d’anticiper plutôt que d’attendre résume une grande partie de sa méthode. Rodolphe Saadé ne prétend pas pouvoir maîtriser les décisions politiques ou les crises internationales. En revanche, il veut que CMA CGM conserve suffisamment de souplesse pour changer rapidement de configuration lorsque les règles du jeu évoluent.

« Vous êtes confronté aux risques en permanence »

Cette adaptation permanente revient lorsqu’il évoque la sécurité maritime. Guerres, tensions géopolitiques, routes commerciales menacées : pour une compagnie dont les navires circulent sur l’ensemble de la planète, les risques ne sont jamais théoriques.

Rodolphe Saadé le résume ainsi : « Vous êtes confronté aux risques en permanence ». Il prend l’exemple de Bab el-Mandeb, passage stratégique reliant la mer Rouge au golfe d’Aden. Dans certains cas, explique-t-il, les navires du groupe sont escortés par la Marine française. 

Sa conception du métier tient alors en quelques mots : une compagnie maritime et un logisticien doivent savoir « s’adapter à un monde perturbé ». Pour CMA CGM, cette capacité concerne aussi bien les routes maritimes que l’organisation de la flotte, la protection des équipages ou la diversification des activités. 

Saadé a volontairement sorti CMA CGM du seul transport maritime

Rodolphe Saadé assume pleinement la transformation du groupe. Le maritime reste son socle historique, mais il a volontairement développé CMA CGM dans plusieurs directions afin de ne pas concentrer tous les risques sur une seule activité.

« J’ai diversifié pour ne pas mettre tout le risque dans le transport maritime », explique-t-il. Le patron cite la logistique, le fret aérien, les médias et, désormais, la distribution au Liban. Cette stratégie a progressivement transformé CMA CGM en un ensemble beaucoup plus large qu’une compagnie maritime traditionnelle. 

La montée en puissance dans les médias en est l’un des exemples les plus visibles en France. CMA Media contrôle notamment BFMTV, RMC, La Tribune et Brut, et poursuit aujourd’hui la transformation de son pôle RMC-BFM⁠. Cette diversification correspond exactement à la logique défendue par Saadé dans l’entretien : disposer de plusieurs métiers et ne pas faire dépendre tout le groupe des cycles du transport maritime. 

Le Liban, un engagement « avec le cœur » mais aussi « avec la tête »

Le Liban occupe une place importante dans l’interview. Rodolphe Saadé évoque son attachement au pays et la volonté de CMA CGM d’y poursuivre son développement. Mais il refuse de présenter ses investissements comme de simples décisions affectives.

Saadé explique partir du Liban tel qu’il existe aujourd’hui, avec ses difficultés mais aussi avec ses possibilités économiques. Il estime qu’il est possible d’y développer des activités et précise avoir déjà beaucoup investi dans le pays. Surtout, il insiste sur la rationalité économique de ces choix : « Je le fais pas uniquement avec le cœur, je le fais aussi beaucoup avec ma tête ». Il considère que ces investissements doivent être rentables et permettre à son groupe de continuer à grandir. 

Cette approche correspond aux investissements engagés ces dernières années dans les ports, la logistique et la distribution. Rodolphe Saadé a notamment renforcé considérablement la présence de CMA CGM au Liban⁠, avec la volonté affichée de participer au redémarrage économique du pays tout en développant des activités pérennes. 

La guerre au Liban et l’arrivée en France ont façonné Rodolphe Saadé

L’un des passages les plus personnels arrive lorsqu’il est interrogé sur ce qu’il conserve de libanais. Rodolphe Saadé revient sur les événements et les personnes qui l’ont construit.

Il cite l’éducation reçue de ses parents, les expériences traversées, la guerre au Liban, l’arrivée de la famille en France et le départ de son père. Il explique que l’ensemble de ces éléments a contribué à faire de lui l’homme qu’il est aujourd’hui.

L’interview aborde explicitement la dimension familiale du groupe, son histoire et la manière dont une entreprise contrôlée par une famille fonctionne désormais à l’échelle mondiale. La transmission et l’héritage familial font partie des thèmes retenus par Rodolphe Saadé lorsqu’il explique la construction et le fonctionnement actuel de CMA CGM. 

Une entreprise familiale devenue un groupe mondial sans renier ses racines

C’est probablement l’un des aspects les plus frappants de cet échange. Rodolphe Saadé dirige désormais un groupe dont les activités vont du transport maritime aux médias, en passant par la logistique, le fret aérien et la distribution, mais il continue de parler de CMA CGM à travers une histoire familiale, une capacité d’adaptation et un attachement très fort au Liban.

Cette combinaison apparaît tout au long de l’entretien. Saadé peut évoquer successivement Donald Trump, les navires construits en Chine, l’escorte de la Marine française à Bab el-Mandeb, les médias ou les investissements libanais sans changer de ligne : regarder la réalité telle qu’elle est, anticiper les difficultés et continuer à investir lorsqu’il estime qu’un projet peut créer de la valeur.

Intelligence artificielle et décarbonation : CMA CGM prépare déjà l’étape suivante

Rodolphe Saadé aborde également les transformations industrielles qui vont modifier profondément le transport et la logistique dans les prochaines années, notamment la décarbonation de la flotte et le développement de l’intelligence artificielle. Ces deux sujets figurent parmi les priorités stratégiques discutées au cours de l’échange. 

Pour CMA CGM, l’enjeu est de continuer à se transformer sans perdre la capacité de réaction qui a permis au groupe de traverser les bouleversements successifs du commerce mondial. Saadé défend ainsi une entreprise capable d’investir sur le long terme tout en modifiant rapidement ses choix opérationnels lorsque l’environnement l’impose.

À L’Orient-Le Jour, un Rodolphe Saadé plus personnel que d’habitude

À L’Orient-Le Jour, Rodolphe Saadé livre ainsi un entretien rare par son ton personnel. Plus qu’une présentation de CMA CGM, il expose sa manière de diriger : anticiper les crises, diversifier les activités et continuer à investir sans perdre de vue l’histoire familiale du groupe. Une parole inhabituelle chez un patron généralement discret, qui permet de mieux comprendre l’homme derrière l’un des groupes français les plus puissants.

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