La France échappe à une nouvelle dégradation de sa note souveraine, mais les inquiétudes sur ses finances publiques continuent de s’accumuler. Vendredi 30 octobre, l’agence américaine Fitch Ratings a décidé de maintenir la note de crédit du pays à A+, tout en abaissant sa perspective de « stable » à « négative ». Une décision qui traduit les doutes croissants des investisseurs sur la capacité de l’État à maîtriser son endettement. L’agence pointe notamment le ralentissement de l’économie, l’augmentation des taux d’intérêt et les difficultés politiques qui compliquent l’adoption du budget 2027. Si la France conserve pour le moment une notation relativement élevée, ce nouvel avertissement pourrait annoncer une dégradation dans les prochains mois.
Les chiffres économiques publiés ces derniers jours renforcent les préoccupations de Fitch. Selon l’Insee, le produit intérieur brut français a reculé de 0,1 % au troisième trimestre 2026, après une stagnation au trimestre précédent. Dans le même temps, les conditions de financement de l’État se sont nettement détériorées. Vendredi, le rendement des obligations françaises à dix ans a atteint 4,97 %, contre moins de 4 % à la mi-août. Cette hausse signifie que la France doit désormais rémunérer davantage les investisseurs pour emprunter sur les marchés financiers. Fitch anticipe une dette publique atteignant environ 124 % du PIB en 2028, contre 115,7 % en 2025. L’agence prévoit également que la charge des intérêts représentera 3,3 % du PIB en 2028, contre 2,5 % trois ans plus tôt. Une évolution qui pourrait réduire les marges de manœuvre budgétaires de l’État.
Un budget 2027 sous pression et des marchés de plus en plus méfiants
La décision de Fitch intervient dans un contexte politique particulièrement tendu. À l’Assemblée nationale, les discussions autour du projet de loi de finances pour 2027 révèlent les profondes divisions entre les groupes parlementaires. Le gouvernement souhaite ramener le déficit public à 5 % du PIB, mais l’agence de notation estime que cet objectif pourrait être difficile à atteindre. Elle anticipe plutôt un déficit de 5,5 % en 2027, notamment en raison de la faiblesse de la croissance et des concessions susceptibles d’être accordées pendant les négociations budgétaires. La fragmentation politique et les mouvements sociaux compliquent, selon Fitch, la mise en œuvre d’une réduction durable des déficits. Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a réagi en réaffirmant la nécessité d’adopter un budget responsable avant la fin de l’année et de poursuivre les efforts de redressement des comptes publics.
Pour autant, le maintien de la note A+ montre que la France conserve plusieurs atouts économiques majeurs. Fitch souligne notamment la taille et la diversification de son économie, la solidité de ses institutions, son appartenance à la zone euro et la résistance de son secteur bancaire. Mais le passage à une perspective négative signifie qu’une baisse de notation devient plus envisageable si la trajectoire budgétaire continue de se détériorer. La semaine précédente, Moody’s avait déjà maintenu la note française à Aa3, également assortie d’une perspective négative. Fitch prévoit de réexaminer la situation française d’ici à la fin février 2027. D’ici là, l’évolution des taux d’emprunt, les résultats économiques et surtout l’issue des débats budgétaires seront déterminants. Pour l’exécutif, le défi consiste désormais à rassurer les marchés sans aggraver les tensions sociales, alors que chaque augmentation du coût de la dette complique un peu plus le redressement des finances publiques.









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