Susan Sarandon assure que ses prises de position en faveur des Palestiniens continuent de lui coûter cher à Hollywood. Présente à la Mostra de Venise pour The Echo Chamber, l’actrice américaine de 79 ans affirme avoir encore récemment perdu des films et accuse certaines agences de dissuader les producteurs et réalisateurs de l’engager. Une situation qui perdure près de trois ans après son éviction de l’agence United Talent Agency, à la suite de déclarations controversées prononcées lors d’un rassemblement pro-palestinien.
« On m’a encore retiré des rôles récemment »
Interrogée à Venise sur les conséquences professionnelles de son engagement, l’actrice oscarisée pour La Dernière Marche n’a pas caché les difficultés qu’elle affirme toujours rencontrer aux États-Unis : « On m’a encore retiré des rôles récemment, parce qu’il y a des agences qui disent aux gens de ne pas m’engager. Mais c’est ça, la structure de pouvoir. »
Susan Sarandon estime que la situation est particulièrement compliquée lorsqu’il s’agit de travailler avec les grands studios. Selon elle, le problème ne la concernerait d’ailleurs pas uniquement : d’autres personnalités critiques à l’égard d’Israël auraient également été averties qu’une collaboration avec certains grands acteurs de l’industrie était devenue impossible.
Cette prise de parole rappelle que de nombreuses personnalités du cinéma se sont publiquement mobilisées autour de Gaza, parmi lesquelles plusieurs figures majeures du cinéma international.
Écartée par son agence en 2023
Les difficultés de Susan Sarandon avec Hollywood remontent notamment à novembre 2023. Quelques semaines après l’attaque du Hamas du 7 octobre et le début de la guerre à Gaza, l’actrice avait participé à plusieurs rassemblements pro-palestiniens.
Lors de l’un d’eux, elle avait déclaré que de nombreux Juifs américains avaient désormais peur et avaient « un aperçu de ce que c’est que d’être musulman dans ce pays ». Cette déclaration avait provoqué une importante polémique et UTA, l’une des principales agences de talents américaines, avait cessé de la représenter.
Susan Sarandon avait ensuite présenté ses excuses, reconnaissant une « terrible erreur » dans le choix de ses mots. Elle avait expliqué que sa formulation pouvait laisser entendre que les Juifs n’avaient pas été confrontés historiquement aux persécutions, ce qu’elle disait évidemment ne pas avoir voulu affirmer.
Susan Sarandon estime que l’opinion a changé
Près de trois ans plus tard, l’actrice considère pourtant que le regard du public américain sur le conflit israélo-palestinien a évolué. Elle estime notamment que les Américains sont davantage informés sur l’aide financière et militaire accordée par Washington à Israël : « Je pense que le récit a complètement changé en ce qui concerne l’importance historique de la Palestine et les liens des sionistes avec l’Amérique et notre politique. »
Elle affirme néanmoins que cette évolution de l’opinion ne se serait pas encore traduite de la même manière dans les structures de décision d’Hollywood. Susan Sarandon assure ainsi continuer à subir les conséquences professionnelles de ses positions, tout en se disant beaucoup mieux accueillie à l’étranger.
The Echo Chamber, malgré les avertissements
Susan Sarandon est justement à Venise grâce à un réalisateur qui a décidé de travailler avec elle. Dans The Echo Chamber, réalisé par Andrea Pallaoro, elle incarne une chanteuse vieillissante qui tente de relancer sa carrière avec l’aide d’un producteur de musique sortant d’une addiction. Le film, adapté du dernier scénario de Bernardo Bertolucci, est en compétition pour le Lion d’or à la Mostra de Venise.
L’actrice a publiquement remercié Andrea Pallaoro de lui avoir confié le rôle malgré les avertissements qui auraient entouré son recrutement : « J’ai trouvé ma famille, j’ai trouvé les miens et tout va bien. » Une déclaration accueillie par de longs applaudissements lors de la conférence de presse.
Susan Sarandon n’est pas isolée dans son engagement. Elle faisait déjà partie des personnalités ayant signé des textes dénonçant la situation humanitaire à Gaza, aux côtés notamment de Joaquin Phoenix, Richard Gere, Pedro Almodóvar ou Javier Bardem. À Cannes, de nombreuses figures du cinéma avaient également dénoncé le « silence » face au drame palestinien.
À Venise, Susan Sarandon affirme donc que le prix professionnel de son engagement n’appartient pas au passé : selon elle, près de trois ans après son éviction d’UTA, certaines portes des grands studios hollywoodiens restent toujours fermées.
