Le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a signé le 25 septembre une mesure provisoire interdisant sur l’ensemble du territoire l’exploitation, l’offre, l’intermédiation et la publicité des paris à cote fixe, qu’ils portent sur des événements sportifs ou sur des jeux en ligne. Le texte est entré en vigueur dès sa publication, mais devra être examiné par le Parlement pour conserver durablement sa force de loi. La décision intervient à neuf jours du premier tour de l’élection présidentielle, fixé au 4 octobre, alors que Lula avait déjà annoncé pendant la campagne son intention de « mettre fin aux bets ».
Le virage est spectaculaire car le Brésil avait jusqu’ici choisi de réglementer ce secteur plutôt que de l’interdire. Les paris à cote fixe avaient été autorisés en 2018, avant qu’une loi de décembre 2023 n’organise leur encadrement, leur fiscalité et l’agrément des opérateurs. Jusqu’à ces dernières semaines, le ministère des Finances travaillait encore à renforcer ce dispositif, notamment contre le marché clandestin : une consultation publique sur les autorisations s’est achevée début septembre et une nouvelle réglementation contre les flux financiers liés aux plateformes illégales a été publiée le 14 septembre. La mesure présidentielle inverse donc en quelques jours la logique suivie depuis plusieurs années.
Un secteur devenu omniprésent dans le football brésilien
L’une des conséquences les plus visibles concernera le football professionnel. Treize des vingt clubs de première division arboraient encore récemment une plateforme de paris comme sponsor principal. Ces contrats représentent une source de revenus majeure pour certains clubs et expliquent la forte opposition exprimée par une partie du secteur. L’interdiction vise non seulement l’exploitation des plateformes mais également leur publicité, ce qui signifie que les maillots, panneaux dans les stades, partenariats commerciaux et campagnes avec des joueurs célèbres devront disparaître du marché légal. Le texte prévoit aussi l’extinction des autorisations accordées aux opérateurs selon le calendrier fixé par la mesure provisoire.
Le gouvernement justifie ce changement par les effets sociaux du développement extrêmement rapide des « bets ». Lula avait déclaré le 18 septembre préférer renoncer à des recettes fiscales plutôt que de voir « perdre la vie des pauvres », faisant de l’endettement et de l’addiction un argument central de sa campagne contre les plateformes. Les inquiétudes ne se limitent d’ailleurs pas au pouvoir exécutif : les autorités fédérales ont multiplié ces derniers mois les opérations contre des circuits soupçonnés de fraude, d’évasion de capitaux ou de blanchiment liés au marché des paris. Fin août, la police et les services fiscaux ont ainsi lancé l’opération « Jogo de Sombras » dans plusieurs États.
Une décision sociale autant qu’électorale
Le calendrier donne inévitablement une dimension politique à la mesure. Lula est candidat à sa réélection et intervient sur un sujet devenu très impopulaire auprès d’une partie de la population. Son adversaire Flavio Bolsonaro lui reproche notamment d’avoir d’abord encadré les jeux en ligne avant de proposer leur suppression à quelques jours du scrutin. De leur côté, les professionnels du secteur soutiennent qu’une interdiction totale risque de déplacer les joueurs vers des plateformes étrangères ou clandestines, précisément celles que l’administration tentait jusque-là de bloquer.
La mesure ne clôt donc pas le dossier. Le Congrès devra décider s’il la confirme, l’amende ou la laisse expirer, tandis que les opérateurs pourraient contester certains aspects de sa mise en œuvre. Elle marque néanmoins un changement radical de doctrine pour l’un des plus grands marchés mondiaux du pari en ligne : en moins de trois ans, le Brésil est passé de la construction d’un marché légal et fiscalisé à la perspective de son interdiction. À quelques jours de la présidentielle, le pari de Lula consiste désormais à faire de cette rupture un sujet de protection sociale, au risque d’ouvrir simultanément un conflit avec les opérateurs, les clubs de football et une partie du Parlement.

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