Une découverte capitale a été annoncée dans l’enquête sur le crash du Learjet 60 qui a coûté la vie à neuf personnes dimanche en Floride. Les enquêteurs américains ont retrouvé une partie de la queue de l’appareil en trois morceaux, dispersés jusqu’à 6 kilomètres du lieu de l’impact. Cette découverte confirme que l’avion a commencé à se disloquer en plein vol, avant de s’écraser au sol. Reste désormais à déterminer si cette rupture a provoqué la catastrophe ou si elle s’est produite pendant la chute incontrôlée du jet.
Trois morceaux de la gouverne de profondeur retrouvés à plusieurs kilomètres
Mardi, lors d’une conférence de presse, Tom Chapman, membre du National Transportation Safety Board, l’organisme américain chargé des enquêtes sur les accidents de transport, a annoncé que la majeure partie de la gouverne de profondeur gauche avait été retrouvée en trois morceaux.
Ces éléments étaient dispersés entre 2,1 et 6,1 kilomètres du cratère creusé par l’avion à Greenacres, près de West Palm Beach. Leur éloignement établit qu’ils se sont détachés avant l’impact.
La gouverne de profondeur est une surface mobile située sur le stabilisateur horizontal, à l’arrière de l’avion. Elle permet de commander l’assiette de l’appareil, c’est-à-dire d’orienter son nez vers le haut ou vers le bas. Sur le Learjet 60, le stabilisateur horizontal est installé au sommet de la dérive verticale, formant un empennage en T.
Tom Chapman a souligné l’importance de cette découverte : « Le fait de savoir que cet élément a été perdu constitue une preuve très importante, qui nous indique d’autres pistes à examiner. »
La rupture a-t-elle provoqué le crash ou s’est-elle produite pendant la chute ?
La question est désormais de savoir à quel moment cette partie de l’empennage s’est arrachée. Comme nous l’avions déjà expliqué dans notre précédent article consacré à l’orage, au givrage et à l’hypothèse d’une rupture de l’empennage, le Learjet avait subi une descente extrêmement violente, perdant environ 7 700 mètres d’altitude en seulement 62 secondes.
À très grande vitesse, les forces aérodynamiques peuvent exercer des contraintes considérables sur la structure d’un avion. Une tentative de redressement brutale peut également provoquer une surcharge structurelle.
Tom Chapman a reconnu que les enquêteurs ne pouvaient toujours pas déterminer si la gouverne avait été arrachée avant la perte de contrôle ou pendant la descente : « Nous ne savons pas encore ce que cela signifie exactement concernant les causes de la perte de contrôle de l’appareil, ni si la disparition de cette pièce résulte des forces auxquelles l’avion a été soumis. »
Le responsable du NTSB a également expliqué que la perte de la gouverne compromettait gravement toute tentative de redressement. Mais il a ajouté : « À ces vitesses, je ne sais pas si elle aurait été efficace même si elle était restée attachée à l’avion. »
Une brève stabilisation de 8 secondes avant le plongeon final
Un autre élément attire l’attention des spécialistes. L’ancien enquêteur du NTSB John Goglia a indiqué que les données de trajectoire semblaient montrer que le Learjet avait brièvement interrompu sa descente pendant environ 8 secondes, alors qu’il se trouvait à quelque 2 400 mètres d’altitude.
Selon lui, une tentative de redressement à très grande vitesse pourrait avoir imposé des efforts excessifs à l’empennage, entraînant la séparation de certains éléments. Cette hypothèse reste à vérifier. Les enquêteurs devront notamment examiner les surfaces de rupture des morceaux récupérés pour rechercher des traces de fatigue, de défaillance mécanique ou de surcharge aérodynamique.
Les vidéos de l’accident constituent également des éléments importants. Sur certaines images filmées depuis des véhicules, le stabilisateur horizontal semble déjà absent lorsque l’avion plonge vers le sol.
Givrage et turbulences : les derniers messages alarmants de la copilote
Les conditions météorologiques restent au cœur de l’enquête. Le Learjet avait décollé dimanche d’Austin, au Texas, à destination des Bahamas, avant de rencontrer une cellule orageuse en développement rapide au-dessus du sud de la Floride.
L’équipage avait signalé de la glace sur l’appareil et des turbulences provoquant des variations brutales d’altitude. Les pilotes avaient demandé l’autorisation de monter à 37 000 pieds, soit environ 11 300 mètres, avant que la situation ne se dégrade.
Comme le montraient les derniers échanges radio de la copilote de 20 ans, Nathalia Gadelha Filgueiras, le jet avait ensuite plongé à une vitesse verticale dépassant momentanément 32 000 pieds par minute.
La jeune femme avait signalé une situation de survitesse et une descente impossible à maîtriser. Dans ses dernières communications, elle avait lancé : « Nous allons nous écraser au sol ! », avant d’ajouter : « Nous n’avons plus le temps ! »
Le NTSB devra déterminer si le givrage ou les turbulences ont contribué à la perte de contrôle initiale et si les efforts subis pendant la descente ont provoqué la rupture de la gouverne de profondeur.
9 morts, dont deux jeunes enfants et leurs parents
Le Learjet s’était écrasé dimanche vers 12h50, heure locale, dans une zone résidentielle de Greenacres. L’impact avait creusé un profond cratère avant de provoquer une gigantesque explosion et un incendie.
Les neuf victimes ont depuis été identifiées. Parmi elles figurent l’entrepreneur américain Adam Robinson, son épouse Helen Sharp, leurs deux jeunes enfants, leur nounou, deux proches ainsi que les deux membres d’équipage.
La violence du choc a considérablement compliqué le travail des enquêteurs. Une partie de l’épave est enfouie dans le cratère, rempli d’eau après de fortes pluies. Les équipes doivent procéder à son assèchement pour accéder aux éléments encore présents sous la chaussée.
Les trois morceaux de la gouverne de profondeur gauche ont été conservés pour des analyses techniques approfondies. Les enquêteurs vont notamment tenter de déterminer si les ruptures se sont produites simultanément ou successivement.
Le NTSB prévoit de publier un rapport préliminaire dans environ un mois. L’enquête complète, destinée à établir les causes probables de la catastrophe, pourrait durer plus d’un an.









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