SOCIÉTÉ

Violences dans un collège du Finistère : d’anciens élèves saisissent la justice 

Violences dans un collège du Finistère : d’anciens élèves saisissent la justice 

Plus de 50 témoignages d’anciens élèves du collège privé Saint-Pierre du Relecq-Kerhuon, dans le Finistère, viennent d’être transmis au procureur de la République de Brest. Ces récits accablants dénoncent des violences physiques systémiques, subies entre 1962 et 1996, dans l’enceinte de cet établissement catholique. Bien que prescrits, les faits soulèvent une onde de choc dans la communauté locale.

Des décennies de maltraitance institutionnalisée

Les auteurs de ces témoignages évoquent une violence régulière et généralisée : coups, humiliations, punitions dégradantes, parfois administrés en public, parfois dans l’intimité d’une salle de classe. Selon les membres du collectif à l’origine de la plainte, les actes ne seraient pas le fait d’individus isolés mais d’un système accepté, voire encouragé par l’administration de l’époque. Le père L., directeur de l’établissement durant plusieurs années, est désigné comme le responsable principal d’un climat oppressif, toléré durant des décennies. « Ce n’était pas un dérapage. C’était la norme », affirme François Barat, porte-parole du collectif, qui dit lui-même avoir été victime. Il précise qu’il ne s’agit pas d’agressions sexuelles, mais de violences physiques et psychologiques ayant laissé des traces profondes. « Nous aussi, on est des traumatisés », dit-il, la voix chargée. « Le mot n’est pas trop fort. »

Un combat pour la reconnaissance, pas seulement pour la justice

Si la justice ne pourra pas ouvrir de poursuites pénales en raison de la prescription des faits, les membres du collectif souhaitent malgré tout une enquête approfondie et la reconnaissance de leurs souffrances. Ils réclament également des réparations, au minimum le remboursement des frais de scolarité versés à l’époque, ainsi que leurs intérêts. Une manière de dire que ces années passées sous l’emprise de la peur ne peuvent rester sans réponse, même des décennies plus tard. François Barat appelle de ses vœux un changement législatif pour faire évoluer la prescription des violences commises sur des mineurs. « Il n’est pas possible que des gens qui nous ont maltraités puissent aujourd’hui vivre leur retraite tranquille. » Près de 160 anciens élèves ont rejoint le collectif, dont la démarche s’inscrit dans la foulée de l’affaire Betharram, qui avait déjà mis en lumière les dérives dans certains établissements religieux. Un dossier que le parquet de Brest devra désormais instruire, même sans débouchés judiciaires, dans un climat de forte attente des victimes.

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