La désinformation générée par intelligence artificielle s’est transformée en une véritable activité lucrative sur les réseaux sociaux. Dans un rapport consacré à ce phénomène, le groupe de réflexion Reset Tech a identifié 1 703 fausses chaînes YouTube, 4 642 pages et groupes Facebook ainsi que 256 faux comptes TikTok, actifs entre septembre 2025 et mai 2026. Ces réseaux ont cumulé plus de 100 millions d’abonnés, publié près d’un million de contenus générés par IA et enregistré environ quatre milliards de vues.
Contrairement aux opérations d’ingérence politique classiques, ces réseaux cherchent avant tout à générer des revenus grâce aux mécanismes de rémunération des plateformes. Les contenus privilégient les sujets sensationnalistes, souvent favorables à l’extrême droite, avec des titres destinés à provoquer des réactions immédiates. Le rapport relève également des deepfakes de responsables politiques et des contenus eurosceptiques, tandis que certains comptes peuvent changer brutalement de ligne éditoriale pour exploiter un sujet susceptible de générer davantage d’audience.
La France particulièrement ciblée
La France figure parmi les pays européens les plus concernés par ce phénomène. Reset Tech a notamment recensé 36 000 publications Facebook générées par IA visant le public français, diffusées par environ 400 pages administrées depuis le Sri Lanka. Une quarantaine d’autres pages seraient gérées par des entreprises identifiées au Vietnam, tandis qu’environ 80 chaînes YouTube potentiellement liées à plusieurs pays, dont le Pakistan, le Vietnam et le Kazakhstan, ont également été repérées.
Les chercheurs ont identifié des signes de monétisation sur une partie importante de ces contenus, certains renvoyant également vers de faux sites d’information financés par la publicité. Les revenus peuvent atteindre plusieurs dizaines, voire centaines de milliers de dollars, selon les mécanismes utilisés. Pour Marc-Antoine Brillant, directeur de Viginum, ces opérations à finalité lucrative constituent un « tsunami qui est en train d’arriver ». Reset Tech appelle à davantage de régulation des plateformes et à une réflexion européenne sur la rémunération des contenus de désinformation.

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