Les autorités iraniennes et les médias d’État ont célébré samedi les récentes victoires militaires des Houthis au Yémen, qui contrôlent désormais l’essentiel du littoral de la mer Rouge et le détroit de Bab al-Mandeb. Une avancée que Téhéran perçoit comme un levier supplémentaire dans son bras de fer avec Washington.
Le porte-parole des Gardiens de la révolution islamique (IRGC), Hossein Mohebbi, a qualifié samedi sur X les victoires des Houthis sur la côte ouest du Yémen de « triomphe divin » et de « fruit de longues années de résistance sur les champs de bataille les plus difficiles ». Cette prise de position illustre l’enthousiasme affiché par Téhéran depuis que le groupe armé yéménite a conquis une série de villes côtières et d’îles stratégiques cette semaine.
La chute de Mocha, port clé capturé vendredi, prive le gouvernement yéménite soutenu par Riyad de tout accès direct à la mer Rouge. Les Houthis tiennent désormais l’île de Mayun, aussi connue sous le nom de Perim, à environ trois kilomètres des côtes yéménites, leur offrant un accès rapproché au détroit de Bab al-Mandeb. Dans une vidéo publiée vendredi, un commandant houthi affirmait que le groupe n’aurait plus besoin de missiles ni de drones pour menacer la navigation : des pièces d’artillerie positionnées le long du littoral suffiraient à couvrir le passage.
Le porte-parole militaire des Houthis, Yahya Saree, a précisé que la navigation restait ouverte à toutes les compagnies, à l’exception des navires saoudiens, soumis à un blocus.
Plusieurs hauts responsables iraniens ont pris la parole pour saluer ces avancées. Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement et négociateur en chef avec Washington, a republié une déclaration de l’ancien guide suprême Ali Khamenei datant de 2024, affirmant que la résistance des Houthis mènerait inévitablement à la victoire. Le premier vice-président Mohammad Reza Aref a dit son gouvernement « heureux » des progrès houthis, appelant les dirigeants régionaux à s’unir « sous la bannière de l’islam ».
La presse dure et les médias liés aux IRGC ont amplifié ce concert de louanges. Le quotidien Keyhan a parlé d’un « miracle de la résistance » qui aurait « mis les États-Unis et Israël dans une impasse ». Le journal Quds a désigné l’Iran et les Houthis comme « les seigneurs des détroits ».
Ces victoires interviennent dans un contexte de guerre ouverte entre l’Iran et les États-Unis, engagée depuis le 28 février. Téhéran contrôle partiellement le détroit d’Ormuz, à l’autre extrémité de la péninsule Arabique, et des responsables iraniens doivent rencontrer lundi des représentants arabes régionaux pour discuter des conditions de passage dans ce détroit, que l’Iran maintient fermé. Téhéran affirme avoir conclu un accord avec Oman, qui partage des eaux territoriales dans le détroit ; Washington s’y opposerait.
Ebrahim Azizi, président de la commission de sécurité nationale au Parlement iranien, a exclu tout dialogue avec Washington dans les conditions actuelles. « Tant que la partie américaine n’accepte pas toutes les conditions de l’Iran, le dialogue et la négociation ne servent à rien », a-t-il écrit samedi sur X.
Le ministère iranien des Affaires étrangères a, de son côté, maintenu sa ligne habituelle : les Houthis agissent de manière indépendante, en fonction de leurs propres intérêts, notamment la levée du blocus saoudien sur le Yémen. « Ce qui se passe au Yémen est le résultat de la perte de patience des Yéménites », a déclaré le porte-parole Esmaeil Baghaei vendredi soir à la télévision d’État, rejetant l’idée que le groupe ne serait qu’un simple relais de Téhéran.

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