Devant le Parlement espagnol, Pedro Sánchez a rejeté jeudi toute accusation de négligence face à l’arrivée de 72 000 migrants à Ceuta, alors que la pression politique s’intensifie des deux côtés de l’échiquier.
« Il est absurde de penser que le gouvernement savait et n’a rien fait. » C’est en ces termes que Pedro Sánchez s’est défendu jeudi devant le Congrès des députés, quelques heures après que des dizaines de milliers de personnes ont manifesté dans plusieurs villes espagnoles à l’appel des partis d’opposition.
Le Premier ministre socialiste a maintenu qu’aucun signe avant-coureur ne permettait d’anticiper l’ampleur de la traversée, survenue les 30 et 31 juillet. Il a également réaffirmé l’absence de preuve d’une implication directe du Maroc, tout en évoquant une « coordination étroite » entre Madrid et Rabat pour organiser le retour de plus de 90 % des migrants en moins de 72 heures.
La situation à Ceuta reste néanmoins préoccupante. Quelque 5 000 personnes demeurent sur les rues et les plages de l’enclave nord-africaine, parmi lesquelles jusqu’à 1 400 enfants. Le parquet local a par ailleurs signalé des agressions sexuelles survenant presque quotidiennement.
Un rapport de la police espagnole a mis en évidence la « totale permissivité » des forces de sécurité marocaines lors du passage massif, bien que des responsables gouvernementaux refusent d’y voir une mise en cause officielle de Rabat. Plusieurs sources indiquent que des avertissements sur une hausse des arrivées maritimes avaient été transmis aux autorités espagnoles, après qu’une décision de justice avait été mal interprétée par de nombreux migrants comme une garantie de ne pas être refoulés.
Le chef de file du Parti populaire, Alberto Núñez Feijóo, a accusé le gouvernement de mensonge et de dissimulation, réclamant la démission du Premier ministre. Il a affirmé devant les députés que la crise « avait pour origine le Maroc, avait été tolérée par le Maroc » et que des indices laissaient penser que Rabat l’avait coordonnée, le gouvernement ayant été prévenu. Le Maroc a démenti toute orchestration.
Sánchez marche sur une ligne de crête diplomatique : il refuse de mettre en cause Rabat publiquement, mais a dénoncé comme « inacceptables » les déclarations de deux ministres marocains revendiquant une souveillance sur Ceuta et Melilla, les deux enclaves espagnoles en Afrique du Nord qui constituent les seules frontières terrestres de l’Union européenne sur ce continent. « Ceuta n’est pas la frontière de l’Espagne, c’est l’Espagne à la frontière de l’Europe », a-t-il déclaré.
Le Premier ministre a par ailleurs réitéré ses accusations contre les réseaux sociaux, les qualifiant de vecteurs de rumeurs ayant alimenté la crise. Il a de nouveau pointé des comptes liés à la Russie, à Israël et à « un mouvement international d’extrême droite », tout en précisant qu’aucune preuve d’implication étatique directe n’avait été établie. Ces déclarations avaient déjà suscité l’irritation de Moscou et de Tel-Aviv.
La gestion de la crise a également tendu les relations avec certains partenaires européens : l’Italie a imposé des contrôles aux frontières sur les arrivées en provenance d’Espagne. Sur le plan intérieur, les manifestations de mercredi à Madrid et dans d’autres grandes villes, officiellement organisées en soutien aux habitants de Ceuta, ont rapidement pris une tournure anti-gouvernementale, illustrant la fragilité de la position de Sánchez.

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