La Réserve fédérale américaine a relevé mercredi son taux directeur d’un quart de point, à une fourchette de 3,75 % à 4 %, lors d’un vote unanime. Une décision qui place son nouveau président, Kevin Warsh, en contradiction directe avec Donald Trump, qui réclamait l’inverse.
C’est la première hausse de taux depuis juillet 2023. Le Comité de politique monétaire de la Réserve fédérale (FOMC) a voté à l’unanimité, douze voix pour, zéro contre, en faveur d’un relèvement de vingt-cinq points de base. Les taux directeurs passent ainsi à une fourchette comprise entre 3,75 % et 4 %, mettant fin à une pause maintenue depuis décembre dernier.
La décision était largement anticipée par les marchés, qui lui accordaient plus de 90 % de probabilité avant l’annonce, ce qui explique la réaction limitée observée sur les places financières dans l’immédiat. Ce qui l’était moins, c’est l’unanimité du vote. En juillet, trois présidents de banques fédérales régionales avaient déjà plaidé pour une hausse, du jamais vu dans un même sens depuis 2016, tandis que la Maison-Blanche poussait dans la direction opposée. Aucun membre du comité n’a finalement suivi l’une ou l’autre de ces positions extrêmes.
L’inflation persistante a rendu la pause de plus en plus difficile à défendre. L’indice des dépenses de consommation des ménages, baromètre privilégié de la Fed, s’est établi à 3,7 % en juin et en juillet, avec une composante sous-jacente à 3,3 %. Les prix à la consommation sont restés à 3,4 % en août, mais la progression mensuelle de 0,4 % constitue la plus forte depuis mai, signe que le choc énergétique lié à la guerre en Iran se diffuse dans l’économie. L’inflation évolue au-dessus de l’objectif de 2 % depuis plus de cinq ans.
Le communiqué publié à l’issue de la réunion tranche par sa brièveté. Trois courts paragraphes, sans orientation prospective sur les taux ni précautions de langage habituelles. « L’inflation reste élevée », y lit-on, et « la décision de politique monétaire prise aujourd’hui favorisera un retour plus rapide vers l’objectif de 2 % du comité ». Le mot « plus rapide » constitue un aveu implicite que le rythme de désinflation était jusqu’ici insuffisant. Plus frappant encore, la formulation retenue pour conclure : « Le comité garantira la stabilité des prix. » Pas « cherche à », pas « s’engage à ». « Garantira ».
Sur le plan économique, la Fed dresse un tableau volontairement rassurant : l’activité « progresse à un rythme soutenu », les dépenses intérieures « sont restées résilientes », la croissance de la productivité est « forte » et l’investissement en capital « robuste ». Ce diagnostic balaie l’argument, défendu notamment par Donald Trump, selon lequel des taux plus élevés menaceraient la croissance.
Kevin Warsh avait préparé le terrain dès le symposium de Jackson Hole, en août, en déclarant qu’il « aurait du mal à considérer les conditions financières générales comme restrictives » et en avertissant que la Fed aurait encore « du travail à accomplir » si l’inflation sous-jacente ne convergeait pas vers la cible « clairement et à une vitesse suffisante ».
La tension avec la présidence est manifeste. Donald Trump avait choisi Warsh en partie dans l’espoir qu’il abaisserait les taux, allant jusqu’à réclamer que les États-Unis affichent les taux d’intérêt les plus bas du monde. Warsh lui-même avait laissé entendre, lorsqu’il briguait le poste, que des baisses étaient envisageables. Le contexte s’est encore durci avec les attaques publiques contre son prédécesseur Jerome Powell, accusé d’avoir agi trop lentement, et l’ouverture d’une enquête pénale du département de la Justice sur des déclarations faites devant le Congrès. La décision de mercredi pourrait contribuer à restaurer la crédibilité d’indépendance de l’institution.
Les projections publiées simultanément indiquent que la hausse de mercredi n’est probablement pas la dernière. Douze des dix-huit membres du comité anticipent un nouveau relèvement de 0,25 % d’ici la fin de l’année, ce qui porterait les taux à 4,125 %, et quatre d’entre eux voient les taux atteindre 4,375 %. Sur un horizon plus long, quatorze responsables prévoient que les taux finiront 2027 au-dessus de leur niveau actuel, et la médiane pour 2028 s’établit à 3,9 %, contre 3,4 % attendus auparavant. Le taux neutre de long terme a lui aussi été relevé à 3,2 %, signe que la Fed considère de plus en plus que l’équilibre structurel des taux s’est déplacé vers le haut. Environ 53 % des économistes interrogés anticipent au moins une nouvelle hausse d’ici la fin mars prochain. Pour l’économiste en chef de KPMG, Diane Swonk, ce relèvement d’un quart de point constitue « un premier geste, pas le dernier ».

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