Plus de quatre ans après la mort de Federico Martin Aramburu, le procès de Loïk Le Priol et Romain Bouvier s’ouvre ce lundi devant la cour d’assises de Paris. L’ancien international argentin de rugby avait été abattu par balles le 19 mars 2022, boulevard Saint-Germain, à Paris. Loïk Le Priol est jugé pour assassinat et Romain Bouvier pour tentative d’assassinat. Tous deux contestent avoir eu l’intention de tuer.
À quelques heures de l’ouverture du procès, Shaun Hegarty, ami de Federico Martin Aramburu et témoin direct du drame, a raconté sur RTL les dernières minutes du rugbyman. Il rejette la thèse d’une réaction de légitime défense avancée par les deux accusés : « Ces hommes nous ont chassés. Ils ont décidé d’avoir des armes sur eux, de les sortir, de les utiliser, et de prendre la vie de Federico. »
Le procès avait été fixé plusieurs mois auparavant et le renvoi de Loïk Le Priol et Romain Bouvier devant les assises avait déjà placé les qualifications pénales au cœur du dossier.
Une altercation au petit matin dans le quartier Saint-Germain
Federico Martin Aramburu, 42 ans, se trouvait à Paris avec Shaun Hegarty pour assister au match France-Angleterre du Tournoi des Six Nations. Les deux anciens rugbymen, également associés dans une entreprise de tourisme, avaient passé la soirée ensemble.
Vers 5h20, ils se sont arrêtés au Café Mabillon pour manger et boire un dernier verre. Loïk Le Priol, Romain Bouvier et la compagne du premier se trouvaient également dans l’établissement. Une altercation a progressivement éclaté entre les deux groupes.
Shaun Hegarty décrit une attitude « agressive et condescendante » de la part des deux hommes envers un autre client. Les deux rugbymen sont intervenus verbalement. La tension est ensuite montée et, au moment de quitter l’établissement, Aramburu a tiré sur la capuche de Le Priol, le faisant tomber de sa chaise. Une bagarre a éclaté.
Les deux rugbymen sont finalement partis en direction de leur hôtel. Selon plusieurs témoignages versés au dossier, Le Priol, blessé lors de l’affrontement, aurait alors déclaré : « Je vais le tuer » et « On va les trouver ».
Les deux rugbymen sont poursuivis dans Paris
C’est la suite des événements qui constitue le cœur du procès. Quelques minutes après la bagarre, les deux groupes ne sont plus face à face. Pourtant, Aramburu et Hegarty vont de nouveau croiser leurs adversaires.
Romain Bouvier rejoint les deux hommes boulevard Saint-Germain à bord d’un véhicule conduit par la compagne de Le Priol. Il en descend et tire quatre fois avec une arme ancienne avant de prendre la fuite.
Shaun Hegarty se souvient avoir entendu : « Ils sont là. » Il raconte ensuite : « Il sort et s’approche de Federico, lui tire dessus. C’est tellement violent que mon cerveau ne le comprend pas. » Federico Martin Aramburu est touché mais reste encore debout.
Loïk Le Priol arrive à son tour et tire six fois
Une quarantaine de secondes plus tard, Loïk Le Priol arrive à son tour. Une nouvelle confrontation éclate. L’ancien militaire sort alors son revolver et tire à six reprises en direction de Federico Martin Aramburu. Plusieurs projectiles atteignent l’ancien international argentin, notamment dans le dos.
Mortellement blessé, le rugbyman s’effondre. Shaun Hegarty se souvient des derniers mots que son ami lui a adressés : « Shaun, appelle la police, je vais mourir. » Federico Martin Aramburu ne survivra pas. Loïk Le Priol prend la fuite et sera arrêté quelques jours plus tard à la frontière entre la Hongrie et l’Ukraine. Romain Bouvier est pour sa part interpellé dans la Sarthe.
« Ils sont revenus nous chercher, armés »
À quelques heures de l’ouverture des débats, Shaun Hegarty conteste frontalement la défense des accusés, qui ont expliqué avoir paniqué face à la puissance physique des deux anciens rugbymen : « Ils sont revenus nous chercher, armés, ils ont sorti les armes, ils ont tiré. Au bout d’un moment, la légitime défense pour moi, elle est très, très, très compliquée à discuter. »
Pour l’ancien joueur de Biarritz, Dax et Perpignan, la succession des événements ne laisse aucune place au doute dans son esprit : « Ils voulaient avoir le dernier mot. » Il considère les deux accusés comme « des personnes qui sont dangereuses et qui doivent être enfermées ».
Le Priol jugé pour assassinat, Bouvier pour tentative d’assassinat
Les qualifications retenues ne sont pas identiques pour les deux hommes. Loïk Le Priol, 32 ans, comparaît pour assassinat, c’est-à-dire un meurtre avec préméditation. Romain Bouvier, 35 ans, est jugé pour tentative d’assassinat. Tous deux encourent la réclusion criminelle à perpétuité et restent présumés innocents jusqu’au verdict.
Le dossier a connu un long parcours judiciaire avant le procès. La cour d’appel de Paris avait finalement confirmé le renvoi de Loïk Le Priol devant les assises pour assassinat, tandis que la justice a distingué les responsabilités pénales des différents protagonistes.
Deux autres personnes comparaissent. Lyson Rochemir, l’ancienne compagne de Loïk Le Priol, est jugée pour complicité de tentative d’assassinat. Antony Sorrentino est poursuivi pour son rôle dans la fuite de Romain Bouvier après les faits.
Les deux accusés avaient déjà été condamnés ensemble
Loïk Le Priol et Romain Bouvier ont tous les deux appartenu au GUD, organisation d’extrême droite radicale. Avant même la mort de Federico Martin Aramburu, ils avaient déjà eu affaire ensemble à la justice.
Ils ont été condamnés en 2022 pour l’agression et les violences infligées en 2015 à Édouard Klein, ancien responsable du GUD. Au moment de la mort d’Aramburu, les deux hommes avaient d’ailleurs interdiction d’entrer en contact dans le cadre de cette précédente affaire.
Romain Bouvier soutient avoir paniqué face aux deux rugbymen et avoir tiré sans intention de les blesser. Loïk Le Priol affirme également avoir agi parce qu’il se sentait en danger. La justice devra désormais confronter ces versions aux témoignages, expertises, images de vidéosurveillance et constatations matérielles réunis pendant l’instruction.
La défense de Romain Bouvier avait récemment été exposée publiquement par sa mère et avocate, Janine Bonaggiunta, qui demandait que son fils soit jugé uniquement pour les actes qui lui sont personnellement reprochés. Elle avait notamment livré un témoignage rare à Olivier Delacroix avant l’ouverture du procès Aramburu.
Shaun Hegarty attend « un peu d’humanité »
Pour Shaun Hegarty, ce procès représente avant tout celui de la mort de son ami. Plus de quatre ans après les faits, il dit espérer que les débats seront « dignes, pour sa mémoire et à la hauteur du drame que cela a été » et que les accusés montreront « un peu d’humanité ».
Federico Martin Aramburu comptait 26 sélections avec l’équipe d’Argentine. Il avait notamment porté les couleurs de Biarritz et remporté deux titres de champion de France avec le club basque.
Le procès doit désormais déterminer précisément les responsabilités de chacun dans les quelques minutes qui ont transformé une altercation à la sortie d’un bar parisien en meurtre. Les débats devant la cour d’assises de Paris doivent se poursuivre jusqu’au 26 septembre.
