À quelques semaines de son procès devant le tribunal correctionnel de Montpellier, Robert Ménard a décidé d’en appeler directement à Emmanuel Macron. Le maire de Béziers sera jugé le 30 septembre pour avoir refusé, en juillet 2023, de célébrer le mariage entre une Française et un ressortissant algérien sous le coup d’une OQTF. « Je vais demander au chef de l’État de venir témoigner pour moi », a-t-il annoncé, estimant que le président avait lui-même reconnu le caractère incohérent de la situation.
L’affaire remonte au 7 juillet 2023. Robert Ménard avait refusé de célébrer l’union au motif que le futur marié se trouvait en situation irrégulière et faisait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français. Le parquet avait pourtant considéré qu’il n’existait pas suffisamment d’éléments permettant de présumer un mariage frauduleux et rappelé que le droit au mariage n’était pas conditionné à la régularité du séjour. Treize jours plus tard, l’homme avait effectivement été expulsé vers l’Algérie.
Emmanuel Macron avait lui-même qualifié la situation d’« ubuesque »
Le dossier a pris une nouvelle dimension en mai 2025 lorsque Robert Ménard a directement interpellé Emmanuel Macron sur TF1. Le chef de l’État avait alors reconnu qu’il s’agissait d’un « débat de bon sens » et jugé la situation « ubuesque », en expliquant que le droit protégeait la liberté constitutionnelle de se marier sans réellement protéger le maire confronté à une personne que l’État cherche parallèlement à éloigner du territoire.
C’est précisément cette déclaration que Robert Ménard veut aujourd’hui faire entrer dans le prétoire. « J’espère qu’il va dire aux juges que c’est une situation ubuesque », explique-t-il. Son argument politique est simple : l’État lui demande, en tant qu’officier d’état civil, de célébrer le mariage d’une personne à laquelle ce même État ordonne de quitter la France.
Robert Ménard avait refusé en février 2025 une procédure de plaider-coupable, préférant défendre publiquement sa position devant un tribunal. Il encourt notamment une peine d’inéligibilité, perspective qu’il dit redouter particulièrement après sa réélection à Béziers. Son cas a depuis dépassé sa seule personne, le débat sur le mariage des personnes sous OQTF ayant pris une dimension politique nationale.
L’appel lancé à Emmanuel Macron place donc le président face à ses propres déclarations. Robert Ménard ne lui demande pas nécessairement de valider juridiquement son refus, mais de venir confirmer devant les juges que la législation actuelle produit bien une situation qu’il avait lui-même qualifiée d’« ubuesque ».

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