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L’Angleterre à sec : derrière les 71% du territoire en sécheresse, une crise de l’eau devenue structurelle

L’Angleterre à sec : derrière les 71 % du territoire en sécheresse, une crise de l’eau devenue structurelle
L’Angleterre à sec : derrière les 71 % du territoire en sécheresse, une crise de l’eau devenue structurelle

La sécheresse ne concerne plus seulement quelques régions agricoles du sud de l’Angleterre. Au 10 août, 71,3% du territoire anglais était officiellement placé en état de sécheresse, soit une zone peuplée par 45 millions de personnes. Plus de 27 millions d’habitants étaient parallèlement soumis à des restrictions d’utilisation de l’eau. Le Nord-Est et le Yorkshire, dernières régions encore considérées comme normales, ont basculé au stade de sécheresse prolongée. Désormais, aucune partie du pays ne se trouve dans une situation hydrologique normale.

Cette extension rapide correspond à une « sécheresse éclair », provoquée par l’association de précipitations extrêmement faibles et de températures élevées. À la fin du mois de juillet, environ la moitié de l’Angleterre était encore classée en sécheresse. En moins de deux semaines, l’East Midlands, le Lincolnshire, le Northamptonshire, le Kent, l’East Sussex, le Solent et les South Downs ont rejoint les territoires déjà concernés. L’Angleterre connaît ainsi sa troisième sécheresse en cinq ans, après celles de 2022 et 2025.

Un mois de juillet presque sans pluie

L’origine immédiate de la crise apparaît dans les relevés du Met Office. L’Angleterre n’a reçu que 10% de ses précipitations habituelles en juillet, établissant un record de sécheresse pour ce mois depuis le début des observations en 1836. Dans le sud-est, les pluies ont représenté seulement 1% de la moyenne saisonnière. Dix-neuf comtés, dont le Berkshire et le Surrey, ont enregistré moins d’un millimètre de pluie pendant tout le mois. Certaines parties du Hampshire, de l’île de Wight et du West Sussex ont même connu 59 jours consécutifs sans journée pluvieuse.

La chaleur a accéléré l’assèchement des sols et l’évaporation de l’eau. Juillet 2026 a été le deuxième mois de juillet le plus chaud jamais mesuré en Angleterre, avec une température maximale de 35,5 °C relevée à Wisley, dans le Surrey. À l’échelle du Royaume-Uni, la température moyenne a dépassé de 2,1 °C la normale calculée sur la période 1991-2020. Le mois a également été le plus ensoleillé jamais enregistré dans le pays. Début août, la situation ne s’est pas améliorée puisque l’Angleterre n’avait reçu que 4 à 5% des pluies normalement attendues.

Réservoirs, rivières et nappes sous pression

Les réserves des réservoirs anglais sont tombées à 69 % de leur capacité, soit 11,6 points sous la moyenne saisonnière. Elles ont diminué de 16 % au cours du seul mois de juillet, la plus forte baisse enregistrée à cette période depuis au moins trente ans. Cinq réservoirs, Blagdon, Clywedog, Dove Group, Hanningfield et Wimbleball, se trouvent à un niveau exceptionnellement faible. La dégradation a été particulièrement rapide : les réserves nationales atteignaient encore 87,8% en janvier, 75,3% le 23 juillet et 72% une semaine plus tard.

La situation des cours d’eau est tout aussi préoccupante. Seuls 14% des débits mesurés restent à un niveau normal, tandis que 22% sont exceptionnellement faibles. L’Avon, la Wye, l’Ely Ouse et l’Exe figurent parmi les rivières les plus touchées. La baisse des niveaux favorise la hausse de la température de l’eau, la prolifération d’algues, la dégradation de sa qualité et la mortalité des poissons. Elle perturbe également la navigation sur plusieurs canaux. Dans les espaces naturels protégés, 245 incendies ont déjà été recensés en 2026, tandis que des zones humides et des tourbières commencent à s’assécher.

L’agriculture en première ligne

En East Anglia, 1 534 restrictions sur les prélèvements d’eau destinés à l’agriculture sont déjà appliquées. Plus de 300 exploitants doivent réduire de moitié leurs prélèvements dans les rivières et quatorze ont reçu l’ordre de les interrompre totalement dans le bassin de la Wensum. Les producteurs de légumes, de pommes de terre et de fruits sont particulièrement exposés, car leurs cultures nécessitent une irrigation régulière. Les stocks d’eau conservés dans les exploitations ont souvent été mobilisés plus tôt que prévu et diminuent rapidement.

Les céréaliers signalent des récoltes précoces et des rendements en baisse. Les éleveurs utilisent déjà des réserves de fourrage normalement destinées à l’hiver, faute d’herbe dans les pâturages. Dans le secteur laitier, les épisodes de chaleur auraient entraîné une diminution de production de 18,5 millions de litres en quelques semaines. Le gouvernement promet de faciliter la construction de retenues d’irrigation dans les exploitations et annonce neuf nouveaux réservoirs ainsi que des projets de transfert d’eau. Mais ces équipements nécessiteront plusieurs années avant d’être opérationnels. La crise de 2026 révèle ainsi une faiblesse durable : l’Angleterre doit répondre à une urgence climatique immédiate avec des infrastructures conçues pour un régime de pluies qui n’existe plus.

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