Nicolas de Tavernost revient sur l’une des décisions les plus délicates prises durant ses années à la tête de M6. L’ancien président du directoire du groupe estime aujourd’hui que la chaîne a agi trop rapidement lorsqu’elle a écarté Gilbert Rozon de La France a un incroyable talent en 2017, après les accusations formulées contre le producteur québécois par plusieurs femmes.
Évoquant cette éviction, Nicolas de Tavernost reconnaît aujourd’hui des regrets : « On était allé trop vite avec Gilbert Rozon, accusé au Canada par plusieurs femmes. La pression médiatique était très forte et nous l’avons effacé d’Incroyable Talent. On a regretté car la justice a déclaré un non-lieu. »
Une déclaration qui intervient alors que l’ancien patron de M6 revient actuellement sur plusieurs décisions prises durant ses longues années à la tête de la chaîne. Il avait notamment reconnu récemment que M6 avait commis « une bêtise » en laissant filer Koh-Lanta sur TF1.
En 2017, M6 avait bouleversé toute la saison
Gilbert Rozon était alors une figure historique de La France a un incroyable talent. Présent dans le jury depuis le lancement du programme en 2006, le producteur québécois devait participer à la saison 12 aux côtés d’Hélène Ségara, Éric Antoine et Kamel Ouali.
Tout bascule en octobre 2017 lorsque plusieurs femmes l’accusent au Canada de comportements à caractère sexuel. M6 décide immédiatement de suspendre le lancement de la nouvelle saison, initialement prévu le 26 octobre.
La chaîne va ensuite beaucoup plus loin : les cinq émissions d’auditions déjà enregistrées avec Gilbert Rozon ne sont pas diffusées. Les tournages reprennent avec seulement Hélène Ségara, Éric Antoine et Kamel Ouali, avant l’arrivée de jurés invités lors des demi-finales. C’est cette décision que Nicolas de Tavernost qualifie aujourd’hui de précipitée, près de neuf ans après les faits.
Gilbert Rozon avait été acquitté au pénal en 2020
Pour rappel, la justice canadienne n’a pas prononcé un « non-lieu » au sens juridique français. En décembre 2020, Gilbert Rozon a été acquitté au pénal des accusations de viol et d’attentat à la pudeur concernant Annick Charette. La juge avait estimé que les éléments présentés ne permettaient pas de dépasser le seuil du doute raisonnable nécessaire à une condamnation pénale.
L’affaire Gilbert Rozon ne s’est cependant pas arrêtée avec cet acquittement. Plusieurs femmes ont poursuivi l’ancien juré devant la justice civile. Un vaste procès civil contre Gilbert Rozon s’est ainsi ouvert au Québec avec neuf demanderesses.
En 2026, huit femmes obtiennent gain de cause au civil
Le 31 mars 2026, la Cour supérieure du Québec a rendu une décision très différente de celle prononcée au pénal six ans auparavant. La juge Chantal Tremblay a donné gain de cause à huit des neuf femmes qui poursuivaient Gilbert Rozon et l’a condamné à leur verser un total de plus de 880 000 dollars canadiens en dommages compensatoires et punitifs.
Quelques semaines plus tard, en mai 2026, un accord définitif est intervenu. Gilbert Rozon s’est engagé à verser 930 000 dollars au total aux neuf femmes engagées dans la procédure. Les deux parties ont renoncé à faire appel, mettant un terme à cette bataille judiciaire civile.
Le regret exprimé aujourd’hui par Nicolas de Tavernost concerne donc la décision prise par M6 en 2017 et l’acquittement pénal intervenu en 2020, mais il précède dans son raisonnement un élément judiciaire désormais incontournable : la condamnation civile prononcée contre Gilbert Rozon en 2026.
L’affaire Stéphane Plaza a changé la méthode de M6
Nicolas de Tavernost rapproche cette affaire de la façon dont M6 a ensuite géré les accusations visant Stéphane Plaza. Lorsque l’animateur est mis en cause, la chaîne ne l’écarte pas immédiatement de son antenne. L’ancien patron de M6 explique avoir voulu attendre une décision judiciaire avant de prendre une mesure définitive. « Cela m’a été reproché. Je voulais attendre de savoir s’il était condamné. S’il avait été exclu et blanchi, qu’aurions-nous fait ? »
Stéphane Plaza a finalement été condamné en première instance en février 2025, puis condamné en appel à 18 mois de prison avec sursis pour violences conjugales sur deux anciennes compagnes le 18 septembre 2026. Pour Nicolas de Tavernost, l’affaire Rozon a donc pesé sur la manière dont le groupe a ensuite abordé les accusations visant certaines de ses personnalités : attendre davantage la justice avant de prendre une décision définitive.
« La France a un incroyable talent » a continué sans lui
Gilbert Rozon n’est jamais revenu dans le jury de La France a un incroyable talent. Après son départ, le programme a poursuivi son histoire sur M6 et a profondément renouvelé son jury au fil des saisons. Près de 20 ans après son lancement, l’émission demeure l’un des rendez-vous historiques de la chaîne. Pour sa nouvelle édition, La France a un incroyable talent a d’ailleurs profondément modifié ses règles pour sa saison 21, avec notamment un direct désormais organisé dès les quarts de finale et une nouvelle utilisation du Golden Buzzer.
Neuf ans après avoir bouleversé sa programmation pour faire disparaître Gilbert Rozon de son émission phare, Nicolas de Tavernost assume donc aujourd’hui ses regrets sur la rapidité de la décision prise en 2017. Mais depuis l’acquittement pénal auquel il fait référence, la justice civile québécoise a, elle, reconnu en 2026 la responsabilité de Gilbert Rozon pour des agressions sexuelles commises sur huit femmes.

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