POLITIQUE Présidentielle 2027

Présidentielle 2027 : ce que révèle le premier grand débat économique des candidats au Medef

Présidentielle 2027 : ce que révèle le premier grand débat économique des candidats au Medef
Présidentielle 2027 : ce que révèle le premier grand débat économique des candidats au Medef

Marine Le Pen promet 125 milliards d’euros d’économies, Édouard Philippe veut supprimer 50 milliards d’impôts de production, Gabriel Attal entend rapprocher le salaire net du brut, Bruno Retailleau veut permettre de sortir des 35 heures, Raphaël Glucksmann propose de taxer davantage les « méga-héritages », tandis que Jean-Luc Mélenchon et Marine Tondelier défendent une rupture beaucoup plus sociale et écologique. À huit mois de la présidentielle, le premier grand débat économique entre les principaux candidats déclarés a surtout révélé des visions profondément opposées du travail, de la dette, de l’entreprise et du rôle de l’État.

C’était l’un des rendez-vous politiques les plus attendus de cette rentrée. Ce jeudi 27 août, la Rencontre des entrepreneurs de France (REF), organisée par le Medef à Roland-Garros, s’est achevée par un premier débat réunissant sept des principaux candidats déclarés à l’élection présidentielle de 2027 : Marine Le Pen, Gabriel Attal, Édouard Philippe, Bruno Retailleau, Jean-Luc Mélenchon, Raphaël Glucksmann et Marine Tondelier.

Un événement d’autant plus symbolique que le Medef avait placé cette édition sous le signe du « courage », à moins d’un an des élections présidentielle et législatives. L’organisation patronale avait auparavant interrogé quelque 66 000 chefs d’entreprise et fait ressortir plusieurs préoccupations majeures : fiscalité et charges, dette publique, simplification administrative et réindustrialisation. Le Medef indique notamment que 81 % des dirigeants interrogés considèrent la réindustrialisation comme une priorité pour le prochain quinquennat.

Durant plus de deux heures, les candidats ont confronté leurs projets sur la dette, les retraites, les salaires, la fiscalité, l’industrie, les normes ou encore l’Europe. Et si tous ou presque ont promis de réindustrialiser le pays et de simplifier son fonctionnement, les ressemblances s’arrêtent largement là.

Marine Le Pen joue la carte de la rigueur budgétaire et de la « libération » des entreprises

Marine Le Pen a probablement livré l’une des interventions les plus révélatrices de l’évolution du discours économique du Rassemblement national.

La candidate a d’abord voulu rassurer les chefs d’entreprise, affirmant que ceux qui avaient pris connaissance du projet économique du RN n’avaient « pas à être inquiets ».

Elle a surtout annoncé qu’elle présenterait, avant le prochain débat budgétaire, une trajectoire représentant 125 milliards d’euros d’économies pour rétablir les finances publiques.

Pour Marine Le Pen, l’endettement français a désormais atteint un point suffisamment critique pour menacer la souveraineté même du pays. La dette créerait selon elle un « effet boule de neige » susceptible de priver progressivement la France de sa liberté d’action.

Une tonalité sensiblement plus orthodoxe sur le plan budgétaire que certaines propositions défendues historiquement par le RN.

Sur l’industrie, Marine Le Pen promet également une mesure particulièrement spectaculaire : supprimer les impôts de production.

Elle entend parallèlement utiliser davantage la commande publique pour favoriser les entreprises implantées en France.

Mais c’est sur la question des normes qu’elle s’est montrée la plus offensive.

Alors que Bruno Retailleau proposait de supprimer une centaine de normes jugées absurdes, Marine Le Pen lui a répondu qu’il fallait aller beaucoup plus loin et supprimer « des milliers de surnormes ».

Elle dénonce notamment la tendance française à ajouter des contraintes nationales aux règles minimales décidées par l’Union européenne.

Selon elle, cette « folie normative » aurait représenté 25 milliards d’euros de pertes fiscales au cours des dix dernières années. Ce chiffrage, avancé durant le débat, mériterait toutefois d’être accompagné de sa méthodologie précise avant d’être considéré comme une évaluation consolidée.

La candidate promet donc dès son arrivée à l’Élysée un « train d’ordonnances » destiné à supprimer ce qu’elle qualifie d’« impôt papier ».

Sur le coût du travail, Marine Le Pen s’est en revanche montrée prudente. Elle reconnaît que les salaires français sont trop faibles et les prélèvements trop élevés, mais juge que l’état des finances publiques ne permet plus de réduire massivement et immédiatement les cotisations.

Elle préfère agir sur les dépenses contraintes des ménages, particulièrement l’énergie, avec notamment une TVA ramenée à 5,5 %.

Le Pen cherche manifestement à élargir son image économique

Le message adressé au patronat est clair : le RN veut apparaître moins comme le parti de la redistribution que comme celui de la souveraineté économique, de la réduction de la dépense, de la simplification et de la baisse des contraintes réglementaires.

C’est probablement l’une des évolutions politiques importantes révélées par le débat.

Bruno Retailleau propose la rupture libérale la plus franche

Si Marine Le Pen a voulu rassurer les entrepreneurs, Bruno Retailleau a cherché à parler directement leur langage.

Le président des Républicains décrit un « État bureaucratique » et « vorace », qu’il souhaite transformer en un État « au service des entreprises ».

Il refuse même de parler simplement de réforme et revendique une « rupture ». Parmi ses propositions les plus fortes : permettre aux entreprises de sortir des 35 heures.

La durée du travail pourrait être négociée directement entre employeurs et salariés. « Vous sortirez si vous le souhaitez des 35 heures », a-t-il promis aux entrepreneurs.

Retailleau estime par ailleurs qu’il manque à l’économie française l’équivalent de trois semaines de travail par an par rapport à certains voisins européens.

Sur les retraites, il souhaite aller encore plus loin en liant automatiquement l’âge de départ à l’évolution de l’espérance de vie, selon un mécanisme qu’il dit vouloir présenter prochainement.

Le candidat LR souhaite également alléger les cotisations sociales et durcir sensiblement le système d’aides.

Il propose ainsi de plafonner le total des prestations sociales à 70 % d’un revenu de référence afin, selon lui, de restaurer une différence suffisamment importante entre travail et inactivité.

Une proposition immédiatement très clivante, résumée par cette formule :

« Je ne veux pas qu’il y ait si peu de différences entre ceux qui se lèvent tôt et vont travailler et ceux qui se lèvent plus tard et ne travaillent pas. »

Autre rupture : sur la transmission des entreprises, Bruno Retailleau veut aller au-delà du seul pacte Dutreil.

En cas de transmission familiale directe, son principe serait simple : tant que l’entreprise n’est pas vendue, aucun impôt ne serait payé.

« No cash, no tax », résume-t-il.

Édouard Philippe veut supprimer 50 milliards d’impôts… et 50 milliards d’aides

Édouard Philippe a présenté une ligne plus classique de droite gestionnaire, fondée sur la réduction de la dépense et l’augmentation du volume de travail.

L’ancien Premier ministre estime que la France doit « remettre les comptes en ordre » sans augmenter les impôts.

Pour y parvenir, il considère qu’il faudra travailler plus longtemps, en particulier en matière de retraites.

Selon lui, la dépense sociale française demeure trop importante comparativement aux autres États européens et constitue donc le principal gisement d’économies.

Mais sa proposition la plus spectaculaire concerne les entreprises.

Édouard Philippe veut supprimer 50 milliards d’euros d’impôts de production.

Et contrairement à de nombreuses annonces de baisses fiscales non financées, il précise immédiatement comment il compte compenser cette mesure : par la suppression simultanée de 50 milliards d’euros d’aides aux entreprises.

Autrement dit, moins de prélèvements, mais également moins de subventions.

C’est probablement l’une des propositions économiquement les plus structurantes du débat puisqu’elle revient à modifier profondément les relations financières entre l’État et les entreprises.

Il promet également de maintenir intégralement le pacte Dutreil, consacré à la transmission familiale des entreprises, et de mettre fin à la surtaxe provisoire visant les grandes entreprises.

Sur les salaires, Édouard Philippe veut lui aussi « rapprocher le brut du net », mais par une réforme plus profonde du financement de la protection sociale : celui-ci devrait selon lui reposer davantage sur l’ensemble de la population et moins exclusivement sur le travail.

Enfin, l’ancien Premier ministre prévient déjà que le budget 2027, qui sera voté avant l’élection présidentielle, sera probablement mauvais et adopté dans des « conditions abominables ».

En cas de victoire, il promet donc de réviser immédiatement la trajectoire budgétaire.

Gabriel Attal mise sur le « droit au brut » et dix ans de stabilité fiscale

Gabriel Attal a lui aussi cherché à se positionner sur un terrain favorable aux entrepreneurs, tout en assumant une forme d’autocritique du macronisme.

Il reconnaît notamment trois échecs : les conséquences économiques de la dissolution, la crise du logement et l’incapacité des gouvernements successifs à simplifier véritablement l’économie.

« Quand nos entrepreneurs craquent, c’est la France qui craque », a résumé l’ancien Premier ministre. Sur les salaires, Attal reprend son concept de « droit au brut ».

Son objectif : réduire les prélèvements pesant directement sur les salariés pour rapprocher progressivement leur rémunération nette de leur salaire brut.

Cette baisse serait financée par des économies sur les dépenses sociales et par une réforme plus globale du financement de la protection sociale.

Attal appelle d’ailleurs à assumer que la majorité des économies futures devront être réalisées sur la sphère sociale.

Il considère qu’il ne suffit plus d’ajuster quelques paramètres.

Concernant les retraites, il défend un système qu’il présente comme universel et plus libre, comprenant notamment un pilier de capitalisation.

En matière fiscale, Attal veut surtout rétablir de la visibilité.

Il propose dès 2027 une loi de programmation fiscale et économique sur dix ans, précisant à l’avance les grandes évolutions de la fiscalité française.

Il promet notamment : de préserver le crédit impôt recherche ; de maintenir le pacte Dutreil ; de poursuivre la baisse de la CVAE ; et surtout de mettre fin aux changements fiscaux incessants.

L’ancien Premier ministre reprend également l’exemple de la reconstruction de Notre-Dame de Paris pour défendre une simplification radicale des procédures.

Pourquoi, demande-t-il en substance, ce qui a permis de reconstruire la cathédrale rapidement ne pourrait-il pas être transposé à de nombreux projets industriels ou immobiliers ?

Il propose aussi de limiter les possibilités de recours contre les grands projets.

Sur le logement, Gabriel Attal juge que l’impossibilité pour de nombreux jeunes de devenir propriétaires constitue désormais l’un des principaux symptômes du déclassement.

Il souhaite notamment simplifier les règles de construction, donner davantage de pouvoirs aux maires et favoriser l’accession à la propriété des locataires du parc social.

Raphaël Glucksmann tente de réconcilier gauche et patronat

Raphaël Glucksmann a défendu une ligne très différente : celle d’une social-démocratie assumant l’économie de marché mais refusant la concentration excessive du patrimoine.

Son projet repose notamment sur une idée : faire davantage payer l’héritage pour alléger la fiscalité du travail.

Il propose ainsi de réduire la CSG des salariés tout en augmentant la taxation des très grandes transmissions patrimoniales.

Le candidat insiste toutefois sur le fait que son dispositif ne concernerait pas « 99 % des héritages ».

Son objectif affiché est d’empêcher l’apparition d’une « héritocratie », autrement dit d’une société dans laquelle le patrimoine transmis compterait davantage que le travail.

Glucksmann promet parallèlement une trajectoire fiscale stable aux entreprises. « On ne va pas créer un impôt par jour », assure-t-il. Il refuse également d’abandonner totalement le pacte Dutreil.

Mais sa véritable priorité économique se trouve ailleurs : la réindustrialisation européenne. Glucksmann estime que l’Europe doit abandonner l’idée d’un libre-échange sans protection.

Il promet, s’il accède à l’Élysée, d’aller « taper du poing sur la table » à Bruxelles.

Il souhaite notamment utiliser les quelque 2 000 milliards d’euros de commandes publiques européennes pour favoriser davantage les productions du continent.

Le candidat estime que la mondialisation telle qu’elle fonctionnait depuis plusieurs décennies est terminée.

« C’est fini l’illusion du village global, où l’Europe est le dindon de la farce », a-t-il lancé.

Il assume également de vouloir devenir le président d’une « révolution écologique », considérant que les investissements climatiques constituent non pas une charge mais une assurance contre de futures crises beaucoup plus coûteuses.

Enfin, Glucksmann promet d’abroger la réforme des retraites de 2023 mais reste beaucoup moins précis sur le système qui la remplacerait, hormis une prise en compte accrue de la pénibilité.

Mélenchon face au patronat : aucune tentative d’édulcoration

Jean-Luc Mélenchon, lui, n’est pas venu au Medef pour modifier son discours afin de séduire la salle.Il a ouvert les hostilités en invitant directement les patrons à augmenter les salaires.

Selon lui, la combinaison du budget gouvernemental et de l’inflation pourrait provoquer une récession si les rémunérations ne progressent pas.

Le candidat LFI rappelle que la consommation représente une part déterminante de l’économie française et estime qu’un affaiblissement du pouvoir d’achat finirait nécessairement par frapper les entreprises elles-mêmes.

Sur les retraites, sa position est sans ambiguïté : abrogation de la réforme et objectif de retour « le plus vite possible » à 60 ans.

Il rejette également la capitalisation, affirmant qu’elle nécessiterait selon lui de cotiser beaucoup plus pour obtenir un rendement comparable à la répartition.

Mais la proposition la plus explosive concerne la dette détenue par les institutions européennes.

Mélenchon défend l’idée d’annuler une partie des créances publiques détenues par la Banque centrale européenne.

Face aux critiques d’Édouard Philippe, qui l’accuse de vouloir conduire la France vers une forme d’« interdit bancaire », le candidat LFI affirme qu’il s’agirait d’une négociation menée à l’échelle européenne et non d’un défaut français décidé unilatéralement.

Il assume parallèlement une politique européenne de confrontation.

« Tout ce qui viendra de l’Europe en contradiction avec les intérêts des Français, nous désobéirons », prévient-il.

Sur la fiscalité des entreprises, Mélenchon souhaite également différencier fortement les bénéfices réinvestis de ceux distribués aux actionnaires.

Il évoque notamment le retour d’une taxation pouvant atteindre 50 % sur la part distribuée en dividendes.

Il revendique toutefois une politique industrielle ambitieuse : textile, filière bois, énergie maritime, technologies quantiques, intelligence artificielle et même avion spatial.

Il propose pour accompagner cette réindustrialisation une filière de formation professionnelle allant du CAP à la licence professionnelle.

Autrement dit, contrairement à certaines caricatures, la ligne Mélenchon n’est pas seulement redistributive : elle repose aussi sur une politique industrielle dirigée et planifiée par l’État.

Mais les moyens utilisés sont aux antipodes de ceux proposés par la droite : davantage de planification, de fiscalité différenciée, de dépenses publiques et de confrontation avec certaines règles européennes.

Marine Tondelier assume une économie beaucoup plus redistributive

Marine Tondelier a défendu l’autre pôle de la gauche. Elle promet elle aussi d’abroger la réforme des retraites.

Mais sa proposition économique la plus spectaculaire est l’instauration d’un SMIC à 2 000 euros bruts.

Consciente de l’impact potentiel de cette augmentation sur les petites entreprises, la candidate écologiste promet simultanément un grand programme d’accompagnement des TPE et PME.

Celui-ci pourrait notamment comprendre : des réductions fiscales ; des prêts de long terme à taux zéro pour financer la transition ; des aides à l’électrification des véhicules lourds ; et différentes compensations destinées aux petites entreprises.

Tondelier promet ainsi une « présidence des PME ». Elle souhaite parallèlement réduire l’écart de fiscalité effective entre petites et grandes entreprises.

Selon elle, les PME supporteraient proportionnellement davantage d’impôts par rapport à leur excédent net d’exploitation que les grands groupes.

Sur le pacte Dutreil, la candidate écologiste ne veut pas le supprimer mais souhaite le recentrer exclusivement sur la transmission réellement familiale plutôt que sur ce qu’elle considère comme des mécanismes d’optimisation fiscale.

Elle défend également une simplification administrative, mais insiste pour la distinguer de la dérégulation.

Sa règle est simple : l’administration ne devrait jamais demander à une entreprise une information que l’État possède déjà.

Sur l’énergie, Tondelier défend une accélération massive du développement des renouvelables et accuse Bruno Retailleau de défendre une politique de « décroissance » industrielle en s’y opposant.

Retraites : probablement la fracture la plus nette du débat Au-delà des propositions individuelles, le débat a permis de dessiner plusieurs camps très clairs. Sur les retraites, les divergences sont spectaculaires.

Jean-Luc Mélenchon et Marine Tondelier veulent revenir sur la réforme et réduire l’âge de départ.

Raphaël Glucksmann veut également abroger la réforme de 2023 mais envisage une nouvelle réforme fondée notamment sur la pénibilité.

À l’opposé, Édouard Philippe estime que les Français devront travailler plus longtemps.

Bruno Retailleau souhaite automatiquement indexer l’âge de départ sur l’espérance de vie.

Gabriel Attal propose une refonte plus profonde du système avec davantage de liberté et une part de capitalisation.

Marine Le Pen s’est montrée beaucoup moins centrale sur ce sujet durant cette séquence du débat, privilégiant dette, entreprises, énergie et normes.

Le prochain scrutin présidentiel pourrait donc une nouvelle fois devenir un véritable référendum sur le modèle social français.

Dette : trois philosophies irréconciliables

Marine Le Pen veut afficher une spectaculaire cure d’économies de 125 milliards d’euros.

Édouard Philippe et Bruno Retailleau veulent réduire fortement la dépense, notamment sociale.

Gabriel Attal se situe également désormais clairement dans le camp de la réduction des dépenses sociales.

Raphaël Glucksmann défend davantage d’investissements mais veut financer certaines baisses fiscales par une hausse ciblée de la taxation du patrimoine.

Marine Tondelier privilégie les investissements écologiques et la redistribution.

Jean-Luc Mélenchon remet quant à lui en question jusqu’au principe même du remboursement de certaines créances détenues par la BCE.

Cette confrontation pourrait devenir l’une des grandes batailles idéologiques de 2027 : faut-il réduire massivement les dépenses publiques ou utiliser l’État pour relancer l’économie et l’investissement ?

Sur la réindustrialisation, en revanche, presque tout le monde est d’accord

C’est probablement le principal consensus du débat.

De Mélenchon à Retailleau, de Glucksmann à Le Pen, pratiquement tous les candidats considèrent désormais que le retour de la production industrielle est une priorité stratégique.

Le débat n’oppose plus véritablement partisans et adversaires de la réindustrialisation. Il porte sur la méthode.

Marine Le Pen mise sur la commande publique nationale, la baisse des impôts de production et la suppression des normes.

Bruno Retailleau privilégie la déréglementation et la baisse du coût du travail.

Édouard Philippe propose un échange spectaculaire entre suppression des impôts de production et suppression des aides.

Gabriel Attal mise sur l’innovation, la simplification et la stabilité fiscale.

Raphaël Glucksmann veut utiliser la puissance commerciale et financière de l’Europe pour protéger l’industrie continentale.

Jean-Luc Mélenchon assume une véritable politique industrielle pilotée par l’État.

Marine Tondelier veut faire de la transition écologique le moteur de la nouvelle industrialisation.

La souveraineté industrielle est donc devenue l’un des rares objectifs véritablement transpartisans.

L’Europe divise davantage que l’économie elle-même

Le débat a également montré qu’une autre confrontation majeure se prépare autour de l’Union européenne.

Mélenchon promet explicitement de désobéir à certaines directives européennes lorsqu’il les juge contraires aux intérêts français.

Marine Le Pen critique les normes européennes et surtout leur surtransposition par l’administration française.

Raphaël Glucksmann, à l’inverse, ne remet pas en cause l’échelle européenne : il veut utiliser Bruxelles comme instrument de puissance économique.

Son projet consiste moins à s’affranchir de l’Europe qu’à transformer l’Union en puissance protectionniste capable de défendre ses entreprises face aux États-Unis et surtout à la Chine.

Les divergences portent donc désormais moins sur la mondialisation elle-même, dont pratiquement tous constatent les limites, que sur le niveau auquel la souveraineté économique doit être reconstruite : la France ou l’Europe.

Le travail s’impose comme le thème majeur de 2027

Enfin, presque tous les candidats ont parlé du travail. Mais là encore avec des réponses radicalement différentes.

Retailleau veut travailler davantage. Philippe veut prolonger les carrières. Attal veut augmenter le salaire net en réduisant les prélèvements. Le Pen veut réduire les dépenses contraintes des travailleurs. Glucksmann veut déplacer une partie de la fiscalité du travail vers les très gros héritages. Tondelier veut augmenter directement le salaire minimum. Mélenchon veut pousser les entreprises à augmenter massivement les rémunérations.

Cela pourrait constituer l’une des clés de la campagne : la France doit-elle travailler plus, payer davantage le travail ou redistribuer autrement les richesses produites ?

Le premier véritable brouillon de la présidentielle 2027

Ce débat n’a évidemment pas permis d’obtenir des programmes économiques complets. Plusieurs montants annoncés devront encore être documentés et confrontés à leur financement réel.

Mais politiquement, la soirée a été instructive.

Bruno Retailleau cherche à occuper le terrain de la rupture libérale et conservatrice.

Édouard Philippe celui de la crédibilité gestionnaire et de la réduction des dépenses.

Gabriel Attal tente de prolonger la politique de l’offre macroniste tout en reconnaissant ses échecs et en promettant une rupture plus profonde.

Marine Le Pen veut démontrer que le RN peut désormais incarner simultanément souveraineté, rigueur budgétaire et politique favorable aux entreprises.

Raphaël Glucksmann construit une social-démocratie protectionniste, européenne et écologique.

Marine Tondelier assume une économie davantage redistributive et une accélération de la transition environnementale.

Jean-Luc Mélenchon, enfin, reste fidèle à son projet de rupture avec les règles budgétaires et économiques actuelles, fondé sur la planification, l’augmentation des salaires et l’intervention massive de l’État.

Le plus intéressant est peut-être ailleurs : les sept candidats parlent désormais de souveraineté, d’industrie, de travail et de protection économique.

À Roland-Garros, ce jeudi 27 août, la présidentielle 2027 a donc connu son premier véritable grand débat économique. Et derrière les échanges techniques sur les normes, les impôts ou les cotisations sociales se dessinait déjà le choix beaucoup plus fondamental qui sera soumis aux électeurs : quel modèle économique et social la France veut-elle encore pouvoir financer et quel effort est-elle prête à consentir pour le préserver ou le transformer ?

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