MONDE

Népal : à l’ONU, Balendra Shah réclame une réponse internationale après les inondations meurtrières

Népal : à l’ONU, Balendra Shah réclame une réponse internationale après les inondations meurtrières
Népal : à l’ONU, Balendra Shah réclame une réponse internationale après les inondations meurtrières

Un mois après les inondations catastrophiques qui ont frappé le Népal, le premier ministre Balendra Shah a utilisé la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies pour transformer la catastrophe nationale en appel à la « justice climatique ». Dans son discours du 24 septembre à New York, il a rappelé que son pays représente moins de 0,1 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, tout en figurant parmi les États les plus exposés aux conséquences du réchauffement. Le bilan officiel présenté devant l’ONU dépasse désormais 1 400 morts et 6 000 disparus, tandis que les premières évaluations du gouvernement situent les besoins de reconstruction physique autour de 10 % du PIB népalais. La catastrophe du 26 août, provoquée par un effondrement glaciaire dans la région frontalière avec la Chine, a détruit des routes, des ponts, des installations électriques et des villages entiers. Pour Shah, cet épisode doit être considéré comme un avertissement dépassant largement les frontières de son pays.

Le discours népalais s’appuie sur une réalité scientifique de plus en plus documentée. L’Hindu Kush-Himalaya, parfois surnommé le « troisième pôle » en raison de l’immense quantité de glace qu’il concentre, connaît une accélération de la fonte de ses glaciers. Selon l’ICIMOD, leur rythme de perte de masse a doublé depuis 2000 et la région a perdu environ 12 % de sa surface glaciaire entre 1990 et 2020. Les scientifiques mettent particulièrement en garde contre les crues brutales provoquées par la rupture de lacs glaciaires, les glissements de terrain et les phénomènes en cascade, capables de parcourir des dizaines de kilomètres en très peu de temps. Des travaux publiés en 2026 sur la vallée népalaise de Thame ont par exemple montré qu’une crue glaciaire de 2024 avait atteint le village en seulement vingt-deux minutes. Le défi pour le Népal n’est donc pas seulement de reconstruire après la catastrophe d’août : il lui faut financer des systèmes d’alerte, surveiller des zones de très haute altitude difficiles d’accès et adapter des infrastructures déjà fragiles à des risques qui évoluent rapidement.

Un appel qui vise directement le financement climatique international

Balendra Shah a donc demandé aux pays riches et aux institutions internationales de prendre une part plus importante dans le financement de cette adaptation. Le Népal a notamment sollicité 20 millions de dollars auprès du Fonds pour les pertes et dommages, mécanisme créé sous l’égide de l’ONU pour aider les pays vulnérables confrontés aux conséquences irréversibles du changement climatique. Mais cette somme représente moins de 1 % des quelque 2,7 milliards de dollars de dégâts physiques et de pertes économiques estimés après les inondations. Le contraste illustre l’une des principales faiblesses du système actuel : les besoins augmentent beaucoup plus vite que les financements disponibles. Selon une analyse de Carbon Brief, 176 demandes avaient déjà été déposées par 118 pays, pour un total de 2,8 milliards de dollars, alors que chaque projet reste actuellement plafonné à 20 millions. En septembre, le fonds avait mobilisé une première enveloppe de 342 millions de dollars, mais aucun versement lié à cette nouvelle procédure n’avait encore été effectué.

Les aides bilatérales commencent parallèlement à arriver. Washington a annoncé 31 millions de dollars supplémentaires, dont 10 millions destinés à des ponts permanents, 8 millions à l’aide humanitaire et à la préparation de l’hiver, et 13 millions à l’acquisition de drones américains utilisés notamment pour les futures opérations de réponse aux catastrophes. Cette annonce porte à plus de 36 millions de dollars l’aide américaine consacrée à la crise, selon le département d’État. L’Inde et la Chine ont également fourni une assistance immédiate, tandis que Katmandou affirme avoir obtenu des engagements de principe d’autres partenaires internationaux. Ces montants restent toutefois très éloignés des besoins évalués pour remettre sur pied les régions sinistrées. Le problème auquel le Népal est confronté résume ainsi l’un des débats les plus conflictuels de la diplomatie climatique : les pays les moins responsables du réchauffement demandent que le financement de l’adaptation et des pertes ne repose pas essentiellement sur leurs propres budgets publics, souvent déjà très contraints.

Le Népal veut transformer la catastrophe en coopération himalayenne

Le chef du gouvernement népalais ne s’est pas contenté de réclamer de l’argent. Il a proposé la création d’un « mécanisme de résilience climatique himalayen » associant notamment le Népal, l’Inde et la Chine. L’idée serait de mutualiser davantage les données satellitaires, les observations des glaciers et des lacs de haute montagne, ainsi que les systèmes d’alerte précoce. Cette proposition rejoint directement les recommandations scientifiques formulées ces derniers mois. L’ICIMOD appelle lui aussi à une surveillance coordonnée de la cryosphère dans toute la région, estimant qu’aucun pays ne peut suivre seul des glaciers et des bassins hydrologiques qui traversent les frontières. L’enjeu est considérable : l’Hindu Kush-Himalaya constitue une source d’eau essentielle pour plus de 270 millions de personnes vivant dans les montagnes et plus de deux milliards d’habitants situés en aval. La fonte des glaciers ne crée donc pas seulement un danger immédiat de crues ; elle menace également, à plus long terme, l’approvisionnement en eau, la production hydroélectrique et les équilibres agricoles d’une grande partie de l’Asie.

L’appel de Balendra Shah intervient ainsi au moment où le Népal doit gérer simultanément l’urgence humanitaire, la reconstruction et une transformation beaucoup plus profonde de sa politique d’adaptation. L’ONU estimait déjà début septembre que plus de 84 000 personnes avaient été directement touchées par les premières vagues de destruction, tandis que les évaluations continuent d’évoluer à mesure que les zones isolées deviennent accessibles. La catastrophe a également endommagé plusieurs installations hydroélectriques et des infrastructures de transport essentielles à une économie très dépendante de ses vallées et de ses axes montagneux. Pour Katmandou, la question est désormais de savoir si la solidarité internationale promise après chaque catastrophe climatique peut se transformer en financements suffisamment importants, rapides et prévisibles. Le Népal dispose encore d’une faible responsabilité historique dans les émissions mondiales, mais il se trouve déjà en première ligne d’un dérèglement qui accélère la transformation de l’Himalaya. C’est précisément ce décalage que son premier ministre a choisi de placer au centre de son intervention devant les Nations unies.

Partager cet article

Votre actualité, selon vos intérêts

Choisissez les rubriques et la langue de votre newsletter. Vous pourrez modifier vos préférences à tout moment.

Communauté

Commentaires

Écrire un commentaire

Soyez le premier à commenter cet article.

Réagir à cet article

Les commentaires sont modérés. Les messages promotionnels, les envois automatiques et les liens abusifs sont bloqués.

Votre premier commentaire, ou tout message contenant un lien, peut être placé en attente de validation.

Application Entrevue

L’info partout avec vous

Retrouvez l’actualité, les alertes et vos rubriques préférées dans une expérience pensée pour le mobile.

Écran Alertes de l’application Entrevue : les dernières alertes info
Écran de personnalisation des rubriques de l’application Entrevue
Écran Actu de l’application Entrevue : le récit à la une