Le Congrès des députés espagnol a rejeté vendredi les deux décrets-lois présentés par le gouvernement de Pedro Sánchez pour répondre à la crise du logement, une défaite qui relance les spéculations sur une dissolution anticipée du Parlement.
C’est un revers cinglant pour le chef du gouvernement espagnol. Les deux textes d’urgence soumis au vote du Congrès des députés ont été rejetés à des majorités nettes : le premier par 178 voix contre 172, le second par 184 voix contre 166. Ces décrets-lois, qui devaient recevoir l’aval parlementaire pour rester en vigueur, avaient été élaborés à la hâte par la coalition de gauche au pouvoir pour tenter de calmer une vague de protestation sociale sans précédent sur la question du logement.
Tout a commencé fin septembre avec l’expulsion de Maricarmen Abascal, une femme de 87 ans, de son appartement du centre de Madrid. La société propriétaire du bien, Urbagestion, lui avait imposé une hausse de loyer qu’elle ne pouvait pas assumer. Des centaines de manifestants s’étaient alors mobilisés devant son immeuble, et l’affaire avait agi comme un détonateur, cristallisant une colère diffuse face à l’envolée des loyers dans les grandes villes espagnoles. Sous la pression, Urbagestion a finalement accepté de la laisser revenir dans son logement à un loyer modéré, mais le mouvement de protestation a continué de s’amplifier.
Le premier décret prévoyait notamment la suspension des expulsions de locataires vulnérables jusqu’en 2030, une prolongation de deux ans des baux arrivant à échéance avant 2028, une fiscalité alourdie pour les meublés touristiques et des restrictions à l’achat de logements par des fonds d’investissement. Le second, plus controversé, introduisait le renouvellement automatique des contrats de location, une revendication centrale du Syndicat des locataires, qui coordonne les mobilisations.
Le Parti populaire (PP, droite) et Vox (extrême droite) avaient annoncé leur opposition dès le départ. La survie des textes dépendait donc du soutien de petits partis nationalistes catalans et basques. Mais c’est le revirement de Junts per Catalunya (JxCat), formation indépendantiste de centre droit, qui a scellé le sort des deux décrets. Sa porte-parole, Miriam Nogueras, a estimé que les textes avaient été rédigés dans la précipitation et manquaient de rigueur, allant jusqu’à affirmer qu’ils « auraient provoqué l’effet inverse de celui recherché ».
Pedro Sánchez avait pourtant tenté un ultime appel à ses alliés depuis la tribune, les exhortant à « avoir le courage d’être cohérents ». « Ce ne sont pas seulement des mesures ambitieuses, ce sont des mesures nécessaires », avait-il plaidé, avant d’avertir que sans intervention publique sur le marché locatif, « notre société s’effondrera ». Pablo Bustinduy, ministre des Affaires sociales issu de l’alliance Sumar, partenaire minoritaire de la coalition, avait quant à lui dénoncé un vote en faveur d’« une oligarchie internationale qui extrait les loyers des salaires de la classe ouvrière pour les redistribuer en dividendes sans même payer d’impôts en Espagne ».
À l’extérieur du Parlement, des centaines de manifestants avaient suivi les débats. À l’annonce des résultats, des cris de « honte à vous » et « vos profits, notre misère » ont retenti. Le Syndicat des locataires a annoncé dans la foulée qu’il levait le campement de tentes installé dans le centre de Madrid pour « porter la lutte dans tous les quartiers », tout en appelant à une grève générale sur la question du logement. Des marches sont prévues ce week-end dans plusieurs villes du pays.
Cette défaite met une nouvelle fois en lumière la fragilité de la position de Sánchez, qui gouverne sans majorité absolue depuis les législatives de 2023. Des sources proches du gouvernement ont indiqué que la coalition passerait le week-end à évaluer ses options, y compris celle d’une dissolution du Parlement et d’élections anticipées, qui n’étaient pas prévues avant l’été prochain. Le gouvernement socialiste traverse par ailleurs une période difficile, marquée par plusieurs affaires judiciaires touchant le Parti socialiste et des proches du Premier ministre.

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