Le ministre belge de la Défense, Theo Francken, reconnaît que l’Europe a trop longtemps privilégié la protection sociale et la diplomatie au détriment de ses capacités militaires. La Belgique, longtemps lanterne rouge de l’OTAN, tente aujourd’hui de rattraper un retard accumulé sur quarante ans.
C’est un mea culpa assumé que livre Theo Francken. Interrogé lors du Defence and Space Summit, le ministre belge de la Défense dresse un constat sévère sur les choix stratégiques du continent : l’Europe a construit des systèmes de protection sociale solides, mais a négligé sa défense au point de se retrouver démunie face aux menaces militaires et hybrides.
« Quand quelqu’un tombe malade, quand quelqu’un a perdu son emploi, nous avons tout ce qu’il faut. Mais lorsqu’il y a la guerre ou une menace hybride, nous n’avons rien », résume le ministre, qui pointe des décennies de priorité accordée à la puissance douce au détriment de la puissance militaire.
La Belgique illustre ce décrochage de façon particulièrement nette. Pays fondateur de l’OTAN et de l’Union européenne, elle ne consacrait que 0,97 % de son produit intérieur brut à la défense en 2014, soit moins de la moitié du seuil fixé par l’Alliance atlantique. Ce n’est qu’en 2025 que Bruxelles a franchi pour la première fois la barre des 2 %. « Nous étions un peu le pire élève de la classe OTAN », reconnaît Francken sans détour.
L’effort accompli reste cependant insuffisant au regard des nouvelles ambitions de l’Alliance. L’OTAN vise désormais 3,5 % du PIB consacrés à la défense d’ici 2035, un objectif que la Belgique ne pourra pas atteindre à court terme : contrainte par l’un des déficits budgétaires les plus élevés de la zone euro, elle maintiendra ses dépenses à 2 % jusqu’en 2029 au moins.
Le ministre tempère toutefois les critiques sur le rythme de rattrapage. « Je ne peux pas rattraper en 18 mois de mandat ministériel ce qui a été négligé pendant 40 ans », plaide-t-il, tout en soulignant que le budget de la défense a déjà été doublé. Ce redressement s’inscrit dans un mouvement plus large : les États membres européens de l’OTAN augmentent leurs dépenses militaires, tandis que l’Union européenne déploie des politiques industrielles pour renforcer sa base de défense. Des progrès réels, juge Francken, mais encore insuffisants pour combler les lacunes capacitaires accumulées.

Communauté
Commentaires
Écrire un commentaire
Soyez le premier à commenter cet article.