Othman Garrido, 32 ans, originaire de Montpellier, comparaît depuis lundi devant la cour d’assises spéciale de Paris pour assassinat et meurtres commis sous la bannière de l’État islamique. Des photographies de cadavres décapités, transmises par les États-Unis aux enquêteurs français, constituent la pièce centrale du dossier.
Parti en Syrie à 18 ans en 2012, Othman Garrido a passé huit ans dans les zones contrôlées par l’organisation djihadiste, d’abord au sein de Jabhat al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaïda, avant de rejoindre les rangs de l’EI. Arrêté puis expulsé par la Turquie, il a été renvoyé en France en 2020. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.
Sa famille a largement suivi le même chemin. Son père, Franco-Espagnol converti à l’islam, s’est fait exploser en kamikaze en 2016. Ses deux frères ont été tués au combat. Plusieurs membres de son entourage ont rallié les rangs de l’organisation terroriste, dont il fait partie des quelque 1 500 Français à avoir rejoint les territoires qu’elle contrôlait.
Au cœur de l’accusation, une photographie extraite d’un téléphone attribué à son épouse, avec laquelle il a eu deux enfants dans les zones tenues par l’EI. Le cliché montre un homme au visage partiellement dissimulé par un foulard, debout devant le corps décapité d’une victime dont la tête repose à ses pieds. Du sang est visible sur ses mains, et il pointe un index vers le ciel, geste associé à l’allégeance à l’organisation. Les enquêteurs soupçonnent cet homme d’avoir lui-même commis le meurtre.
La photo n’est ni datée ni géolocalisée. La victime n’a pas été identifiée, et les expertises n’ont pas permis d’établir formellement l’identité de l’homme photographié. Othman Garrido a reconnu lui ressembler, mais conteste avoir participé à la décapitation, évoquant la possibilité que l’homme soit l’un de ses frères.
Un second volet de l’affaire porte sur l’exécution de deux ressortissants iraniens en 2015 à Al-Qaryatayn, dans le centre de la Syrie. D’autres clichés tirés du même téléphone montrent plusieurs djihadistes autour des corps décapités des deux victimes. Othman Garrido apparaît sur plusieurs de ces images, souriant aux côtés des deux hommes soupçonnés d’avoir procédé aux exécutions, les djihadistes français Yacine Rettoun et Oumar Diaw, désormais présumés morts. Il figure également à bord du pick-up ayant servi à transporter les deux Iraniens jusqu’au lieu de leur mise à mort. Il reconnaît avoir été présent lors des faits.
Ces photographies ont été remises aux enquêteurs français par les États-Unis, qui dirigeaient la coalition internationale ayant contribué à la chute du territoire de l’EI en 2019.
Le procès doit aussi permettre de retracer le parcours de l’accusé. Garrido a grandi dans un environnement marqué par la radicalisation religieuse et a été déscolarisé à 12 ans pour travailler sur les marchés avec son père. Les psychiatres et psychologues chargés de l’examiner estiment qu’il semble s’être progressivement éloigné de l’idéologie djihadiste depuis son incarcération. En avril 2023, l’administration pénitentiaire jugeait qu’il paraissait avoir engagé « une déconstruction idéologique ».
Othman Garrido avait déjà été condamné en 2017, en son absence, à quinze ans de réclusion criminelle pour avoir rejoint l’EI, participé à des combats en Syrie et incité des musulmans de France à commettre des actes violents. Il devra être rejugé pour ces faits dès le lendemain de la fin prévue de son procès actuel pour assassinat et meurtres.

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