POLITIQUE Présidentielle 2027

Primaire à gauche : de l’Ukraine aux alliances avec LFI, les désaccords s’affichent lors du premier débat sur LCI

Primaire à gauche : de l’Ukraine aux alliances avec LFI, les désaccords s’affichent lors du premier débat sur LCI
Primaire à gauche : de l’Ukraine aux alliances avec LFI, les désaccords s’affichent lors du premier débat sur LCI

Ukraine, Gaza, pouvoir d’achat et relations avec La France insoumise : le premier débat de la primaire sociale-démocrate, mercredi 23 septembre sur LCI, a fait apparaître plusieurs désaccords entre les cinq candidats. Au-delà des propositions économiques, la soirée a posé une question politique centrale : avec quelles forces construire une majorité en 2027 ?

Pour la première fois dans cette campagne, Raphaël Glucksmann, Olivier Faure, Ségolène Royal, Jérôme Guedj et Emmanuel Maurel ont partagé le même plateau. Dans une émission présentée par David Pujadas, en partenariat avec Le Parisien, ils ont répondu aux questions de citoyens avant de confronter leurs positions. Cette primaire réunit le Parti socialiste, Place publique et la Gauche républicaine et socialiste : elle ne rassemble donc pas l’ensemble des formations de gauche.

Ukraine : un désaccord sur la négociation et les moyens militaires

La guerre en Ukraine a donné lieu à une première confrontation entre Ségolène Royal et Raphaël Glucksmann. L’ancienne ministre a défendu une démarche de négociation avec Moscou. L’eurodéputé lui a opposé son appréciation des intentions de Vladimir Poutine : selon lui, le président russe ne souhaite pas négocier avec les Européens, qui doivent renforcer leur soutien à la résistance ukrainienne. Jérôme Guedj a également contesté la position de Royal, laquelle a rejeté toute ambiguïté.

Les divergences ne se sont toutefois pas limitées à cet échange. Guedj a interrogé Glucksmann sur les conséquences d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus de l’Ukraine, évoquant le risque d’une confrontation directe avec les forces russes. Le débat a ainsi porté autant sur l’objectif diplomatique que sur les moyens militaires acceptables pour soutenir Kiev. Cette distinction montre que des candidats partageant le principe de l’aide à l’Ukraine peuvent diverger sur sa mise en œuvre.

Gaza : la qualification des faits et la lutte contre l’antisémitisme en discussion

Sur Gaza, Olivier Faure et Ségolène Royal ont employé le terme de « génocide », tandis que Raphaël Glucksmann a refusé de reprendre cette qualification. Faure et Emmanuel Maurel ont également demandé la suspension des accords commerciaux ou d’association entre l’Union européenne et Israël. Les échanges ont ainsi porté sur deux sujets distincts : les mots employés pour qualifier les faits et les instruments de pression diplomatique et économique.

Une autre confrontation est survenue lorsque Royal a souhaité entendre davantage de voix israéliennes et juives dénoncer la politique des dirigeants israéliens. Guedj a contesté cette demande, estimant qu’elle revenait à faire peser une responsabilité particulière sur les Juifs. Glucksmann a formulé une objection similaire. Royal a, pour sa part, dénoncé une caricature de ses propos. Le désaccord concernait ici l’articulation entre la critique du gouvernement israélien et la lutte contre l’antisémitisme en France.

Carburants : aides ciblées ou baisse générale des prix ?

Le pouvoir d’achat a fait apparaître une opposition entre plusieurs méthodes. Ségolène Royal a proposé de ramener le litre de carburant à 1,70 euro jusqu’à la fin décembre, notamment par une baisse des taxes. Raphaël Glucksmann et Olivier Faure ont privilégié des aides ciblées, afin de concentrer le soutien sur les ménages qui en ont besoin plutôt que sur tous les automobilistes. Glucksmann a notamment défendu le triplement du chèque énergie, tandis que Faure a demandé une taxation des superprofits pétroliers.

Emmanuel Maurel a proposé un plafonnement des marges des distributeurs, accompagné d’un programme d’électrification financé notamment par un emprunt national citoyen. Jérôme Guedj a défendu une baisse du droit d’accise et un impôt sur la fortune à vocation climatique. Derrière l’accord sur la nécessité de soutenir les ménages, le choix politique reste donc ouvert entre baisse générale des prélèvements, redistribution ciblée et intervention sur les marges des entreprises.

Salaires et dette : différentes façons de financer la redistribution

Sur les revenus, Olivier Faure a défendu un Smic à 1 700 euros nets. Raphaël Glucksmann a présenté une autre proposition : réformer la fiscalité des héritages pour financer une baisse de la contribution sociale généralisée, la CSG, acquittée par les salariés. Il estime pouvoir dégager 15 milliards d’euros de recettes, un montant qui correspond au chiffrage de son projet. Ces propositions illustrent deux instruments différents d’augmentation du revenu disponible : agir sur les salaires ou modifier les prélèvements.

La discussion budgétaire a également porté sur la production et les dépenses. Emmanuel Maurel a défendu la relocalisation industrielle et des recettes fiscales supplémentaires. Glucksmann a insisté sur la réindustrialisation, tandis que Guedj a évoqué des économies dans la Sécurité sociale, sans réduire selon lui l’accès aux soins. Faure et Glucksmann ont, par ailleurs, réaffirmé leur volonté d’abroger la réforme des retraites de 2023. Leurs échanges ont donc associé redistribution, activité économique et recherche d’économies, avec des priorités différentes.

LFI : une opposition explicite sur les alliances

La séquence consacrée à La France insoumise a révélé un désaccord stratégique entre les candidats. Raphaël Glucksmann a réaffirmé son refus d’une alliance, y compris pour les élections législatives : « Il n’y aura pas d’alliance aux législatives », a-t-il déclaré. Jérôme Guedj a défendu la même rupture, tout en reprochant à certains de ses concurrents de laisser ouverte la possibilité d’une coopération. Ces derniers ont contesté sa présentation de leurs positions.

Olivier Faure a insisté sur la nécessité de rechercher des convergences à l’Assemblée nationale et de s’adresser aux électeurs ayant choisi Jean-Luc Mélenchon. Ségolène Royal a appelé à commencer le rassemblement avec les écologistes et les communistes, tout en refusant de centrer la discussion sur LFI. Emmanuel Maurel a également défendu la nécessité d’un rassemblement à gauche. L’enjeu dépasse ainsi les relations entre dirigeants : il concerne les partenaires avec lesquels les candidats envisagent de travailler au Parlement.

Cette dernière confrontation permet de lire la soirée autrement que comme une succession de désaccords personnels. Les candidats doivent répondre à deux questions liées, mais distinctes : quel programme défendre et avec quelles forces le mettre en œuvre ? Les convergences sur certains objectifs sociaux ne suffisent pas à résoudre le différend sur les alliances. Inversement, le refus commun d’un accord avec LFI n’efface pas les nuances entre Glucksmann et Guedj, notamment exprimées sur l’Ukraine.

Deux autres débats sont programmés avant le vote : le 1er octobre sur France Télévisions, puis le 4 octobre sur BFMTV. Le premier tour de la primaire se déroulera les 9 et 10 octobre, avant un éventuel second tour les 16 et 17 octobre. Les prochaines confrontations permettront de préciser les propositions présentées sur LCI et les conditions de rassemblement défendues par chacun.

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