« Vive Marc Bloch » : l’historien de la Résistance entre au Panthéon sous les hommages de la Nation
« Vive Marc Bloch » : l’historien de la Résistance entre au Panthéon sous les hommages de la Nation

Près de 82 ans après son exécution par la Gestapo, Marc Bloch a fait son entrée au Panthéon ce mardi 23 juin, aux côtés de son épouse Simonne Bloch. Lors d’une cérémonie solennelle présidée par Emmanuel Macron, la République a rendu hommage à l’une des figures intellectuelles et résistantes les plus marquantes du XXe siècle. Historien de renommée mondiale, combattant des deux guerres mondiales et martyr de la barbarie nazie, Marc Bloch devient le premier historien à rejoindre le temple des grandes figures de la Nation.

Sous les voûtes du Panthéon, les cénotaphes de Marc et Simonne Bloch ont lentement traversé l’édifice au son d’extraits du testament spirituel de l’historien. Devant de nombreuses personnalités politiques, universitaires et culturelles, Emmanuel Macron a salué un homme qui demeure, selon lui, un « testament permanent » pour les Français. Le chef de l’État a décrit Marc Bloch comme un « intellectuel intranquille », profondément attaché à la République, à la laïcité et à la recherche de la vérité.

Un historien qui a révolutionné sa discipline

Fondateur avec Lucien Febvre de l’École des Annales, Marc Bloch a profondément transformé la discipline historique. Refusant une histoire limitée aux seuls événements politiques ou militaires, il s’est attaché à comprendre les sociétés, les mentalités et les comportements collectifs. Emmanuel Macron a ainsi rappelé qu’il avait placé « la méthode scientifique au cœur de sa discipline » et qu’il cherchait à « lire le passé dans les mentalités des peuples ».

Mais l’hommage national a également mis en lumière le parcours du résistant. Juif français, ancien combattant décoré de la Première Guerre mondiale, Marc Bloch est victime des lois antisémites du régime de Vichy avant de rejoindre la Résistance. Arrêté à Lyon par la Gestapo le 8 mars 1944, il est emprisonné, torturé puis fusillé le 16 juin 1944 à Saint-Didier-de-Formans, dans l’Ain. « Voilà où mène l’antisémitisme », a déclaré Emmanuel Macron, rappelant le destin tragique de celui qui avait choisi de combattre jusqu’au bout.

Une cérémonie marquée par les débats politiques

Le président de la République a également puisé dans l’œuvre la plus célèbre de l’historien, L’Étrange Défaite, écrite après l’effondrement de 1940. Dans cet ouvrage devenu une référence, Marc Bloch analyse les causes de la débâcle française et dénonce les renoncements des élites de son époque. Emmanuel Macron a repris cette réflexion pour mettre en garde contre « l’esprit de défaite », qu’il a qualifié de « poison lent de notre vie publique ». Selon lui, les enseignements de Marc Bloch demeurent d’une actualité brûlante face aux défis contemporains.

Cette panthéonisation n’a toutefois pas échappé aux polémiques politiques. Quelques heures avant la cérémonie, un vif échange a opposé Jordan Bardella et Jean-Luc Mélenchon sur les réseaux sociaux autour de l’héritage du résistant. Le président du Rassemblement national avait salué la mémoire de Marc Bloch comme celle d’un « citoyen-soldat » ayant incarné le sacrifice pour la France. Le leader de La France insoumise lui a rétorqué que ceux qui avaient conduit la France à l’abîme étaient ceux qui préféraient « Hitler au Front populaire », accusant le RN de chercher à se réapproprier une figure historiquement opposée à l’extrême droite. Jordan Bardella a répliqué en rappelant que Marc Bloch avait été dénoncé par Francis André, ancien militant communiste devenu collaborateur.

Avec cette nouvelle panthéonisation, la sixième décidée par Emmanuel Macron après notamment Simone Veil, Joséphine Baker, Missak Manouchian ou Robert Badinter, la République consacre un homme dont l’œuvre continue d’influencer historiens, chercheurs et citoyens. En concluant son discours par un vibrant « Vive Marc Bloch, vive Simonne Bloch, vive la République, vive la France », le chef de l’État a voulu faire de cette cérémonie un hommage à la fois à la mémoire de la Résistance, à l’exigence intellectuelle et à l’idéal républicain que l’historien a incarnés jusqu’à son dernier souffle.

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