La rencontre entre le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, le 16 septembre 2026 au Caire, intervient quelques jours seulement après la prise de contrôle par les Houthis de la côte yéménite de la mer Rouge, menaçant directement le détroit de Bab al-Mandeb et les revenus du canal de Suez.
La prise de contrôle du littoral yéménite de la mer Rouge par les rebelles houthis, alignés sur Téhéran, a précipité une rencontre au sommet entre Riyad et Le Caire. Quelques jours après cet événement, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane s’est rendu en Égypte pour une réunion avec le président Abdel Fattah al-Sissi, dans un contexte marqué par des frappes aériennes saoudiennes sur le Yémen et des attaques répétées des Houthis contre les infrastructures pétrolières du royaume.
Pour l’Égypte, l’enjeu est d’abord économique. Le canal de Suez, source vitale de devises pour Le Caire, dépend directement du trafic maritime qui transite par Bab al-Mandeb, la porte méridionale de la mer Rouge. Si ce verrou venait à être fermé ou rendu peu sûr, les répercussions sur les finances égyptiennes seraient immédiates. Des analystes soulignent que Le Caire perçoit désormais la sécurité maritime comme un continuum allant du canal de Suez jusqu’au détroit de Bab al-Mandeb, et que toute dégradation de ce corridor menace à la fois ses recettes en devises et son influence stratégique.
La réunion a débouché sur des déclarations communes affirmant que les relations égypto-saoudiennes constituent un modèle au sein du cadre arabe, et que toute menace à l’unité du Soudan représente un danger pour la sécurité collective des deux pays et de l’ensemble de la région. Des proches des cercles décisionnels cairotes ont insisté sur la nécessité d’une réflexion stratégique et militaire conjointe, susceptible de constituer un frein face aux groupes soutenus par l’Iran, de l’Irak jusqu’au Yémen.
Sur le plan militaire, aucun accord spécifique n’a été rendu public à l’issue de la rencontre. L’Égypte est toutefois déjà membre d’une coalition maritime de sécurité en mer Rouge, à initiative saoudienne, lancée en août 2026 à la suite des craintes internationales d’une fermeture simultanée de Bab al-Mandeb et du détroit d’Ormuz. Ce groupement, dont le document fondateur insiste sur son caractère purement défensif, n’a pas encore mené d’action militaire contre les Houthis. Des experts estiment que la coopération égypto-saoudienne devrait se traduire concrètement par un partage de renseignements, une surveillance maritime accrue et une meilleure coordination pour la protection des navires commerciaux.
Mais une limite claire se dessine : l’Égypte n’entend pas s’engager militairement à l’intérieur du territoire yéménite. La mémoire historique pèse lourd dans cette prudence. Dans les années 1960, le président Gamal Abdel Nasser avait envoyé des dizaines de milliers de soldats participer à la guerre civile du Nord-Yémen, une aventure longue et coûteuse qui s’était soldée par de lourdes pertes pour des résultats maigres. Cette expérience a durablement ancré dans la doctrine militaire égyptienne la conviction qu’une intervention apparemment limitée peut rapidement se transformer en piège stratégique.
Le rapprochement entre Le Caire et Riyad s’inscrit dans une convergence de vues plus large sur la stabilité régionale. Les deux capitales partagent une profonde réticence face à la fragmentation des États et à la montée en puissance des milices et des acteurs non étatiques, qu’il s’agisse du Soudan, de la Libye, de la Somalie ou du Yémen. Cette vision commune les a conduits à afficher des positions identiques sur la nécessité de préserver l’unité et la souveraineté des États de la région.
Cette convergence n’est pas sans créer des tensions avec Abu Dhabi. Les Émirats arabes unis, premier investisseur étranger en Égypte avec des investissements nets en 2025 plus de deux fois supérieurs à ceux du deuxième contributeur, les États-Unis, sont régulièrement accusés de soutenir les Forces de soutien rapide (FSR), groupe rebelle engagé dans la guerre civile au Soudan, ce que le gouvernement émirati dément. L’Arabie saoudite, de son côté, a frappé en janvier 2026 un groupe séparatiste soutenu par Abu Dhabi au Yémen, ce qui a été largement interprété comme un désaveu de la politique émiratie. Face à cette rivalité entre ses deux partenaires du Golfe, Le Caire cherche à compartimenter ses relations : s’aligner sur Riyad pour les questions de sécurité, tout en préservant ses liens économiques avec Abu Dhabi.
La réunion a également mis en lumière les limites de l’architecture de sécurité que Riyad tente de construire. Depuis le début du conflit avec l’Iran, l’Arabie saoudite a multiplié les accords, signant notamment le pacte de défense de La Mecque incluant la Turquie et le Pakistan, ou encore un accord de défense avec l’Ukraine. Ces initiatives ont toutefois davantage valeur de signal politique que de capacité opérationnelle réelle : elles n’ont ni dissuadé les attaques de l’Iran et de ses alliés, ni permis de contenir l’avancée des Houthis. La réunion du Caire a d’ailleurs implicitement reconnu l’absence de solution militaire immédiate au Yémen, les deux parties appelant à une solution politique globale et durable à la crise yéménite.

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