DRESDE — Un ancien collaborateur parlementaire d’un élu du parti d’extrême droite allemand Alternative pour l’Allemagne (AfD) a comparu mardi devant un tribunal de Dresde, accusé d’avoir mené des activités d’espionnage pour le compte des services de renseignement chinois pendant plus de deux décennies. L’affaire, très médiatisée, ravive les craintes croissantes d’ingérences étrangères dans les institutions politiques européennes.
Identifié uniquement sous le nom de Jian G., conformément aux règles allemandes de protection de la vie privée, l’accusé est soupçonné d’avoir transmis à Pékin des documents parlementaires, certains considérés comme partiellement confidentiels, alors qu’il travaillait pour Maximilian Krah, ancien député européen et figure controversée de l’AfD. Krah siège désormais au Bundestag, le parlement national allemand.
Selon l’accusation, Jian G. aurait commencé à collaborer avec un service de renseignement chinois dès 2002. Outre le transfert de documents liés aux activités du Parlement européen, il est aussi accusé d’avoir recueilli des informations personnelles sur les dirigeants de l’AfD, mais également d’avoir espionné des membres de l’opposition politique allemande et des dissidents chinois exilés en Europe.
La porte-parole du tribunal, Meike Schaaf, a confirmé que le dossier comprend des preuves matérielles établissant que Jian G. avait accès à des données sensibles, profitant de sa position stratégique auprès d’un élu européen pour collecter des renseignements au profit d’une puissance étrangère.
Cette affaire intervient alors que les services de sécurité allemands et européens alertent régulièrement sur les efforts croissants de la Chine pour infiltrer les sphères politiques, économiques et académiques du continent. Berlin a d’ailleurs renforcé ses lois sur la sécurité nationale et ses capacités de contre-espionnage face à la multiplication des cas présumés d’activités clandestines liées à Pékin.
Interrogée par Reuters, la diplomatie chinoise n’a pas immédiatement réagi aux accusations. Pékin a toujours nié toute implication dans des opérations d’espionnage ciblant l’Europe, dénonçant des campagnes de diffamation visant à nuire à ses relations avec les pays occidentaux.
Du côté de l’AfD, le scandale jette une ombre supplémentaire sur un parti déjà confronté à de nombreuses controverses, notamment concernant ses liens avec des puissances étrangères et ses positions pro-russes. Maximilian Krah, au centre de l’attention médiatique en raison de son passé européen, n’est pour l’heure pas personnellement mis en cause dans l’affaire.
Le procès de Jian G., suivi de près par les milieux politiques et sécuritaires allemands, devrait durer plusieurs semaines. Il s’annonce comme un test important pour la capacité de l’Allemagne à faire face aux tentatives d’influence étrangère dans ses institutions démocratiques.