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L’ONU documente l’exportation mondiale de la répression russe contre les dissidents

L’ONU documente l’exportation mondiale de la répression russe contre les dissidents
L’ONU documente l’exportation mondiale de la répression russe contre les dissidents

Un rapport présenté au Conseil des droits de l’homme de l’ONU établit que la Russie a bâti un système organisé de persécution de ses opposants à l’étranger, dont l’ampleur a été multipliée par huit depuis le début de l’invasion de l’Ukraine en 2022.

Le titre choisi dit tout : « Nulle part où se réfugier ». C’est sous cette formule que Mariana Katzarova, rapporteuse spéciale de l’ONU sur la situation des droits humains en Fédération de Russie, a présenté son nouveau rapport à la 63e session du Conseil des droits de l’homme. Le document, qui s’appuie sur 400 cas documentés couvrant la période 2004-2026, décrit un mécanisme d’État structuré visant à surveiller, intimider et punir les opposants russes où qu’ils se trouvent dans le monde.

Journaliste et militante bulgare des droits humains, Mariana Katzarova a été nommée première rapporteuse spéciale de l’ONU dédiée à la Russie en mai 2023. Elle a fondé l’organisation humanitaire RAW in WAR et créé le prix annuel Anna-Politkovskaïa, qui récompense des défenseures des droits travaillant en zones de conflit. Son nouveau rapport thématique constitue une première : aucun document onusien n’avait jusqu’ici cartographié de façon aussi systématique les répressions transnationales d’un État spécifique.

Les chiffres qu’elle présente illustrent une rupture nette. Avant 2022, le nombre annuel moyen de cas documentés de répressions transnationales russes s’établissait à 29 pour une période de huit ans. Entre 2022 et 2025, ce chiffre est passé à 89 cas par an, soit une multiplication par huit. Les condamnations par contumace ont suivi la même trajectoire : 4 en 2022, contre 157 en 2025. Parmi les condamnés figurent le procureur et huit juges de la Cour pénale internationale de La Haye, placés sur une liste de recherche internationale par les autorités russes.

Le rapport définit les répressions transnationales comme tout acte violant les droits fondamentaux de personnes situées hors du territoire russe, planifié ou soutenu par les autorités de Moscou, qu’il soit mis en œuvre par des agents de l’État ou par des acteurs non étatiques agissant dans son intérêt. Selon Katzarova, au moins neuf départements du Service fédéral de sécurité (FSB), ainsi que les services de renseignement militaire et extérieur, le parquet et plusieurs ministères participent à ces opérations. La Russie se classe au troisième rang mondial parmi les États responsables de plus de 70 % des attaques documentées contre des opposants au cours de la dernière décennie.

Les formes les plus graves recensées sont les violences physiques ciblées : assassinats, tentatives d’assassinat et empoisonnements. Le rapport rappelle les cas d’Alexandre Litvinenko, tué à Londres en 2006, et de Zelimkhan Khangochvili, abattu à Berlin en 2019. Des journalistes et militantes des droits humains ont également été victimes de présumés empoisonnements, parmi lesquelles Elena Kostyoutchenko, journaliste de Novaïa Gazeta, à Munich en octobre 2022, ou Natalia Arno, présidente de la fondation Russie libre, en Tchéquie et en Allemagne en 2023. L’enquête allemande sur le cas Kostyoutchenko est toujours en cours ; les victimes se voient généralement opposer le silence des autorités au nom de la « sécurité nationale ».

Au-delà des violences physiques, le rapport pointe des méthodes plus discrètes mais tout aussi paralysantes. La Russie est le pays qui recourt le plus fréquemment aux notices rouges d’Interpol : en 2024, l’organe de contrôle de l’organisation a estimé qu’environ la moitié des dossiers russes examinés ne respectaient pas le statut de l’organisation, révélant leur caractère politiquement motivé. L’agence financière Rosfinmonitoring tient une liste de plus de 21 000 « terroristes et extrémistes » : au moins 5 063 de ces inscriptions relèvent, selon le rapport, de poursuites à motivation politique. Ces données sont ensuite intégrées sans vérification dans des bases mondiales de conformité bancaire comme LSEG World-Check ou LexisNexis, entraînant le gel automatique des comptes des personnes visées. En juin 2026, le site OVD-Info, qui documente les répressions en Russie, a ainsi été ajouté au registre, exposant à des risques accrus des femmes fuyant des violences domestiques en Tchétchénie, des personnes LGBT+ et des défenseurs des droits des peuples autochtones.

Une loi fédérale adoptée en août 2026 franchit un nouveau seuil en instaurant ce que Katzarova qualifie de « mort civile ». Elle prévoit 14 catégories de restrictions applicables aux citoyens russes inscrits sur certains registres, y compris lorsqu’ils résident à l’étranger : gel des avoirs, confiscation des passeports, exclusion de facto de la vie civile. « Ils conservent les obligations liées à leur citoyenneté, mais perdent l’essentiel de son contenu », résume la rapporteuse. L’écrivain Boris Akounine, condamné par contumace à 14 ans de prison pour « apologie du terrorisme » en raison de ses prises de position contre la guerre, est cité comme exemple emblématique de cette logique.

Face à ce constat, Mariana Katzarova formule plusieurs recommandations à l’attention des États membres de l’ONU. Elle plaide pour l’élaboration d’une convention internationale contraignante qui fixerait une définition universelle des répressions transnationales et établirait les obligations des États d’accueil. Elle appelle également à ne pas traiter automatiquement comme fiables les demandes de notices rouges émanant de pays dont les dossiers présentent des signes de motivation politique. Les autorités russes, pour leur part, n’ont pas répondu aux demandes d’information de la rapporteuse et continuent de lui refuser l’accès au territoire.

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