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Les funérailles de Mladic empoisonnent la Bosnie à l’approche des élections

Les funérailles de Mladic empoisonnent la Bosnie à l’approche des élections
Les funérailles de Mladic empoisonnent la Bosnie à l’approche des élections

L’enterrement avec honneurs militaires du criminel de guerre Ratko Mladic en Serbie a provoqué une crise diplomatique entre Belgrade et Sarajevo, ravivant des fractures que trente ans n’ont pas refermées, à quelques semaines des élections générales en Bosnie-Herzégovine.

Belgrade a tenu à préciser qu’il ne s’agissait pas de funérailles d’État. Pourtant, le corps de Ratko Mladic a été rapatrié à bord d’un avion accompagné du ministre serbe de la Justice, les cérémonies se sont déroulées avec honneurs militaires dans des lieux contrôlés par l’État, en présence de hauts responsables politiques, sans la moindre condamnation officielle de cette glorification. Le message, lui, était sans ambiguïté.

En Bosnie-Herzégovine, les réactions ont été aussi tranchées que le pays lui-même. Dans la Republika Srpska, entité à majorité serbe couvrant environ 49 % du territoire, des responsables officiels ont fait le déplacement à Belgrade. Les discours y ont été dominés par le récit de la « défense du peuple » et de « l’injustice des tribunaux internationaux ». Parmi les milliers de personnes présentes aux funérailles, une phrase revenait : « Sans Ratko Mladic, il n’y aurait pas de Republika Srpska. »

La Fédération de Bosnie-Herzégovine, où Bosniaques et Croates sont majoritaires, a réagi avec une tout autre vigueur. Le ministre des Affaires étrangères Elmedin Konakovic a qualifié l’attitude de Belgrade de « choix conscient » et annoncé le retrait de presque tout le personnel de l’ambassade bosniaque en Serbie. Seul l’ambassadeur reste en poste. « Nous retirerons tout le personnel que nous pouvons ; les services consulaires seront relocalisés à Zagreb et Podgorica », a-t-il déclaré. Denis Becirovic, président de la présidence collégiale de Bosnie-Herzégovine, a qualifié ces funérailles avec honneurs militaires d’« acte anti-civilisationnel » et mis en garde contre des conséquences durables pour toute la région.

Le contexte électoral amplifie chaque geste. La Bosnie-Herzégovine vote le 4 octobre, la Serbie probablement quelques semaines plus tard. Dans les deux pays, une partie de l’électorat continue de voir en Mladic un symbole de résistance. Les condamnations fermes de Sarajevo sont présentées comme une défense de l’État et de la dignité des victimes, tandis qu’en Republika Srpska, la présence d’officiels aux funérailles renforce ceux qui construisent leur identité politique en opposition aux verdicts internationaux.

Tanja Topic, analyste politique basée à Banja Luka, désigne clairement les responsables : « Les principaux coupables sont les élites politiques, parce qu’en trente ans nous n’avons pas avancé. Il n’y a pas eu de confrontation critique avec le côté sombre de l’histoire. » Elle juge que les funérailles de Mladic constituent « un cadeau bienvenu pour les protagonistes des politiques ethno-nationalistes » et souligne que ces acteurs détiennent toujours le pouvoir. « Une telle posture institutionnelle face aux crimes provoque une réaction de l’autre côté, et chacun exploite ensuite la situation, nous enfermant dans un cercle vicieux », ajoute-t-elle.

Le Bureau du Haut Représentant en Bosnie, chargé de superviser la mise en œuvre de l’accord de Dayton, a rappelé après les funérailles que « glorifier des criminels de guerre condamnés, nier le génocide et d’autres crimes de guerre crée des divisions, inflige une douleur supplémentaire aux victimes et à leurs familles, et compromet le processus de réconciliation ». Plus les tensions montent, plus l’adhésion à l’Union européenne s’éloigne pour les deux pays. Trente et un ans après la fin de la guerre, la Bosnie reste une société profondément fracturée, et les funérailles de Mladic n’ont pas clos un chapitre : elles en ont rouvert un.

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