Ahmed et Khaled Saleh, fils de l’ancien président yéménite Ali Abdallah Saleh, comparaissent en leur absence devant le tribunal de Paris dans une affaire de biens mal acquis. Le troisième jour d’audience, mercredi 9 septembre, a été consacré à l’examen de l’origine de leurs fonds investis en France.
Des appartements de luxe, une Porsche et plus de 30 millions d’euros virés sur des comptes parisiens : le tribunal de Paris a scruté, mercredi, les avoirs que deux fils de l’ancien président du Yémen auraient accumulés sur le territoire français. Ahmed Saleh, 54 ans, et son frère cadet Khaled, 39 ans, sont actuellement à Dubaï et n’ont pas comparu à leur procès, ouvert lundi.
Le Parquet national financier (PNF) leur reproche d’avoir mis en place un système de blanchiment destiné à recycler l’enrichissement frauduleux de leur père, Ali Abdallah Saleh, qui a dirigé le Yémen pendant 33 ans avant d’être contraint de quitter le pouvoir en 2012, puis assassiné par des rebelles houthis en décembre 2017.
Deux autres prévenus comparaissent dans ce dossier jusqu’à lundi : Mohamed A., un homme d’affaires yéménite proche de la famille, soupçonné d’avoir géré leurs avoirs en France pendant de nombreuses années, et la gérante de la société patrimoniale qu’il avait créée.
Pour étayer ses accusations, le PNF s’appuie sur les travaux du groupe d’experts sur le Yémen mandaté par l’ONU. Ce rapport évalue la fortune amassée par l’ancien dirigeant entre 32 et 60 milliards de dollars, « dont la majeure partie aurait été transférée à l’étranger sous de faux noms ou par l’intermédiaire de prête-noms ».
La présidente Fabienne Siredey-Garnier a résumé le fonctionnement décrit dans ce rapport : des commissions perçues par le clan Saleh sur chaque contrat conclu avec une entreprise étrangère, qu’il s’agisse du gaz, du pétrole, de la construction ou de l’armement. Les budgets alloués à l’armée, aux écoles et aux hôpitaux étaient délibérément surévalués, la différence revenant au dirigeant. Selon le témoignage d’un ancien dignitaire cité à l’audience, Saleh aurait même vendu des territoires yéménites à l’Arabie saoudite pour 10 milliards, « sans se rappeler si c’était en dollars ou en rials ».
Mohamed A., entendu à la barre avec l’aide d’une interprète, a décrit la position d’Ahmed Saleh, longtemps présenté comme le successeur désigné de son père et ancien chef de la Garde républicaine : « Il n’y a pas une personne qui n’avait pas peur d’Ahmed Saleh. C’était le numéro 2, on ne pouvait rien lui refuser. » Son frère Khaled est, lui, présenté comme la cheville ouvrière du dispositif de blanchiment à partir du moment où les avoirs d’Ahmed ont été gelés par l’ONU.
La défense des deux frères, assurée par Clara Gérard-Rodriguez et Pierre-Olivier Sur, conteste l’origine frauduleuse des fonds ayant servi aux achats immobiliers. Selon les avocats, c’est Jacques Chirac qui aurait encouragé leurs clients à investir en France, à une époque où les relations franco-yéménites étaient au beau fixe, notamment depuis l’installation du groupe Total dans le pays en 1996.
L’association Awtad, basée à Sanaa et constituée partie civile dans ce dossier, espère que les biens et les sommes confisqués par la justice seront restitués à la population yéménite.

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