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ARCHIVES ENTREVUE – Mort de Catherine Ringer: «Si on te dit que tu vas claquer, ta dernière volonté, c’est d’éviter de claquer», notre interview culte des Rita Mitsouko par Ardisson

Les Rita Mitsouko par Luc Choquer, photo publiée dans le numéro 17 d'Entrevue en 1993
Les Rita Mitsouko par Luc Choquer, photo publiée dans le numéro 17 d'Entrevue en 1993

Catherine Ringer est morte à l’âge de 68 ans. Avec Fred Chichin, disparu en 2007 à 53 ans, elle avait formé l’un des duos les plus singuliers du rock français, derrière Marcia Baïla, Andy, C’est comme ça ou encore Les Histoires d’A. Au moment de sa disparition, Entrevue ouvre ses archives. En 1993, à l’occasion de la sortie de l’album Système D, le magazine avait consacré plusieurs pages à Catherine Ringer et Fred Chichin, interviewés par Thierry Ardisson, qui leur avait soumis ses fameuses interviews à thème totalement décalées. En hommage et en souvenir, (re)découvrez ces interviews cultes des Rita Mitsouko dans Entrevue

Interview première fois

Thierry Ardisson : Première paye ?
Catherine Ringer : J’avais 15 ans, je travaillais à l’hôpital de Suresnes et j’étais payée 2 500 balles. J’ai menti, j’ai dit que j’avais 16 ans alors que j’en avais que 15.
Fred Chichin : J’étais apprenti staffeur, c’est mon père qui m’avait mis là-dedans, j’étais payé 1,10F de l’heure et quand j’ai vu la paye à la fin du mois, j’ai arrêté. Ça faisait 170F !

Première guitare ?
F. C. : C’était une merde. Mes parents ne voulaient pas m’en acheter une et, à l’école, il y avait un mec qui en revendait une et je lui ai dit : « Tu me la prêtes, il faut que je l’essaye. » Après, j’ai séché l’école et je l’ai jamais revu. Je lui ai piquée, en fait.

Premier amour ?
C. R. : C’était mon cousin, il ne voulait pas d’ailleurs, il disait que c’était incestueux.
F. C. : C’était une petite blonde qui n’était pas dans la même école que moi, et je me rappelle que je cavalais pour la voir passer. J’avais sept-huit ans, ça a duré comme ça pendant au moins deux ans et je n’ai jamais connu son nom, je ne lui ai jamais parlé.

Première dispute entre vous ?
F. C. : On ne se dispute jamais.

Jamais ?
C. R. : Non.

Premier voyage ?
C. R. : C’était en Espagne, j’avais trois ans et demi.
F. C. : Je suis parti au Maroc en stop.

Premier million ancien ?
C. R. : Mon premier million ancien, c’étaient les films porno que je faisais à 15 ans, et je revenais à la maison toute fière avec mon premier bifton.

Il ne le savait pas, ton père ?
C. R. : Si, il le savait.

Et qu’est-ce qu’il disait ?
C. R. : Il disait qu’il ne comprenait pas très bien pourquoi je faisais ça.

C’est tout ?
C. R. : Mes parents et moi, on discutait. Ils ne m’ont jamais tapé dessus, et ils ne m’ont jamais empêchée de faire ce que je voulais.

Tu arrivais à les embrouiller, à leur expliquer que ce n’était pas grave ?
C. R. : Ils sont pas cons. Ils le voyaient bien, que ce n’était pas grave, parce qu’en même temps, moi, je faisais plein d’autres choses à côté, comme de la danse. Le porno, je faisais vraiment ça en plus.

Premier procès ?
F. C. : Je me suis fait huit mois de taule pour une histoire de came.

Ta dernière volonté, ce serait quoi ?
F. C. : Si on te dit que tu vas claquer, je pense que ta dernière volonté, c’est justement d’éviter de claquer.
C. R. : Ma grand-mère avait dit à ses trois filles : « Quand je serai morte, je ne voudrais pas être enterrée ni brûlée, je voudrais que vous me mangiez pour rester dans la famille. » Comme elle est morte d’un cancer généralisé, tout le monde a hésité !

Interview vérité

Thierry Ardisson : Vous avez quoi de plus que les autres ?
Fred Chichin : On n’a pas le trac et on est culotté. Peut-être qu’on se creuse aussi un peu plus la tête.

Vous êtes rentrés dans le rock du premier coup. C’est quand même fou qu’on ait ça en France. Vous le savez, au moins ?
F. C. : Ça fait partie de ma culture. J’ai acheté mon premier album des Beatles à huit ans. Mais ma culture, c’est aussi Léo Ferré. Ce qui est marrant, c’est que je connais mieux les Beatles que les ingénieurs du son anglais.

Vous travaillez sur les clips avec Gauthier ou Mondino ?
Catherine Ringer : Oui, on est là de la conception jusqu’au montage.
F. C. : On va au restaurant, on discute pour savoir ce qu’on va faire. Ça se passe comme ça, en France, c’est toujours au restaurant !

C’est parce que ton père a été déporté que tu as écrit « Le Petit train » ?
C. R. : Je pense, oui. C’est-à-dire que lui, il est polonais, il est né à Auschwitz et quand les Allemands sont entrés, ils lui ont dit : « Tenez, vous qui êtes juif et qui êtes pauvre, si vous veniez dans les camps de travail ? » Et lui, il n’a pas été OK, il a construit Auschwitz et une fois que ça a été construit, il a été mis dedans et, au total, il s’est fait neuf camps de concentration.

Et il s’en est sorti ?
C. R. : Oui, il les a tous faits, je ne sais pas comment il a fait, il est resté très mystérieux là-dessus. Peut-être que ça a été un salaud !

Questions cons

Thierry Ardisson : Un jour, tu décides de faire un enfant et tu t’aperçois que tu ne peux plus en avoir. Tu cherches une mère porteuse et Mireille Mathieu te propose d’être ta mère porteuse. Est-ce que tu acceptes ou est-ce que tu refuses ?
Catherine Ringer : Déjà, je lui fais faire un test du sida et si c’est bon, oui.

Il n’y a pas de problèmes ?
C. R. : Bah non, pourquoi ?

À qui tu trouves le plus de circonstances atténuantes ? À un vieux qui se tape des petits garçons pour de l’argent ou à un petit garçon qui tape sur des vieux, toujours pour de l’argent ?
Fred Chichin : À aucun des deux.

Tu es très moral, finalement ?
F. C. : Oui.

Est-ce que tu serais prête à mourir subitement pour que l’Apartheid soit immédiatement supprimé en Afrique du Sud ?
C. R. : Non, je suis prête à mourir pour un truc qui touche toute la planète, pas pour un pays.

Imaginons maintenant que vous soyez tous les deux dans un chalet de montagne et lui il meurt et toi tu n’as rien d’autre à bouffer.
C. R. : Alors, je le mange.

Tu commences par quoi ?
C. R. : Je crois que je commence par la tête comme ça, au moins, je ne le verrai plus !

La cervelle ?
C. R. : Non, la figure. Avec une petite sauce gribiche.

Vous êtes morts tous les deux : vous préférez être réincarné en Stone et Charden, Yoko et John, ou Pierre et Marie Curie ?
C. R. & F. C. : Pierre et Marie Curie.

Vous êtes vachement sérieux, en fait.
F. C. : Arrête, t’as vu la tête de Yoko ?

Question con traditionnelle : la bombe arrive dans cinq minutes. Qu’est-ce que tu fais ?
F. C. : Je vais me taper un grand verre de Jack Daniels et je vais faire un grand baiser à Catherine. Ou je commence par le baiser, plutôt.
C. R. : Oui, parce que pour l’haleine, c’est mieux !

Juste avant de mourir, vous avez une solution pour vous en sortir. Virgin vous appelle avant que la bombe arrive et vous dit : « Des gens comme vous, on ne peut pas les laisser crever, on va donc vous mettre dans un vaisseau spatial, mais il y a une troisième place pour un troisième passager. Vous prenez PPDA, Guy Lux ou Sabatier ?
F. C. : Guy Lux, il est trop collant, PPDA, il est trop sérieux. Je crois que je prendrais Sabatier. Il a l’air assez fendard et en plus, tu peux jouer du xylophone avec ses dents !

Interview star by star

Fred Chichin : Si je te dis : « Tu penses à quoi ? », tu me réponds quoi ?
Catherine Ringer : Je pense à ma coupe de douilles, je suis assez angoissée là-dessus.

F. C. : Tu ferais quoi, si on ne s’était pas rencontré ?
C. R. : Je crois que j’aurais continué à être interprète, je ne sais pas…

F. C. : Qu’est-ce que tu crois que je ferais si on ne s’était pas rencontré ?
C. R. : Tu aurais trouvé quelqu’un d’autre.

F. C. : Tu veux dire un autre chanteur ou une autre chanteuse ?
C. R. : Oui, tu es très obstiné, toi. Beaucoup plus que moi.

F. C. : Ce n’est pas chiant de travailler toujours avec la même personne, d’être toujours avec en studio, sur scène, partout ?
C. R. : Sincèrement, je ne sais pas.

F. C. : Qu’est-ce qui t’énerve le plus chez moi ?
C. R. : Je ne suis jamais allée chez toi !

F. C. : On dit que la vie d’artiste est triste. C’est vrai ?
C. R. : Oh, il y a des hauts et des bas, c’est comme dans tous les métiers. Des fois, c’est terriblement triste, et des fois on s’amuse comme des petits fous.

F. C. : Tu crois qu’on va finir notre carrière ensemble ?
C. R. : Oui.

F. C. : Qu’est-ce que tu ferais si je te quittais ?
C. R. : Je te suivrais, fidèle comme une ombre.

F. C. : Et moi, qu’est-ce que je ferais ?
C. R. : Je ne sais pas…

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