SOCIÉTÉ Faits divers

Que se passe-t-il à la RATP ? Si on dénonce, on risque son emploi ?

Un enregistrement effacé, une parole contestée
Un enregistrement effacé, une parole contestée

Islem pensait faire ce qu’il fallait. Elle a parlé. Et c’est elle que la RATP veut sanctionner. Droguée à son insu, agressée sexuellement par un collègue, cette agent de 33 ans a aujourd’hui un pied dehors. L’entreprise l’accuse d’avoir volontairement consommé du cannabis sur son lieu de travail. Elle crie à l’injustice, et dénonce une manœuvre pour étouffer l’affaire. Tout commence en février, dans un local technique de la RATP. Une pause clope entre collègues. L’un d’eux lui tend un gâteau « fait maison ». Elle accepte, sans se méfier. Moins d’une demi-heure plus tard, Islem vacille, vomit, tremble. Elle demande de l’aide. En face, personne ne bouge. Un collègue l’isole, referme une porte. C’est là qu’il aurait commencé à se frotter à elle, à commenter son corps, à la toucher. Elle est à quatre pattes, incapable de se défendre. Ce n’est qu’après quatre heures de calvaire qu’elle reprend ses esprits, prend le volant, rentre chez elle.

« Si tu parles, tu tombes avec nous »

Plus tard dans la journée, son agresseur lui avoue : c’était un space cake. Du cannabis dans le beurre, volontairement dissimulé. Il ajoute, menaçant : « Si tu en parles, tu tombes avec nous. On est deux contre toi. » Malgré tout, le lendemain, Islem prend sur elle et alerte sa hiérarchie. Elle tait d’abord les agressions sexuelles, « par peur des conséquences sur son couple », dira-t-elle ensuite. Une enquête interne est déclenchée. Les deux collègues sont licenciés : l’un pour faute grave, l’autre pour non-assistance à personne en danger. Mais à la surprise générale, la RATP décide aussi de lancer une procédure disciplinaire contre Islem. Elle est reçue le 13 mai devant un conseil de discipline. La régie réclame sa révocation. Motif : consommation volontaire de substances illicites sur le lieu de travail.

Un enregistrement effacé, une parole contestée

Islem nie. Elle assure qu’elle ignorait tout. Un enregistrement audio, dans lequel le collègue reconnaîtrait qu’elle n’était pas au courant, aurait pu appuyer sa version. Il aurait mystérieusement disparu. « Ils veulent étouffer l’affaire », accuse-t-elle. Elle a porté plainte le 15 avril pour agression sexuelle. Des « bisous forcés », des « caresses sur la cuisse », un « léchage de cou »… Autant de comportements qui, selon elle, n’étaient pas isolés. Une nouvelle enquête a été ouverte, selon la RATP, pour faire la lumière sur ces accusations. Mais dans l’intervalle, la salariée reste menacée de licenciement. Ahmed Berrahal, référent harcèlement du groupe, dénonce des pratiques dissuasives : « Je n’ai même pas le droit d’accompagner les victimes lors des entretiens. Avec de telles méthodes, plus aucune femme n’osera parler. » De son côté, la régie assure qu’elle est « à l’écoute des victimes » et « engagée dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles ». Mais sur le terrain, la parole d’une femme semble peser bien moins qu’un rapport disciplinaire.

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